Poursuivis dans une affaire de harcèlement sexuel, l’ancien magistrat Joy Ramphul et Soodesh Mohabeer ont comparu devant la cour intermédiaire. Le Senior Assistant DPP Me Rashid Ahmine a terminé son réquisitoire. Selon lui, la plaignante Swarn Moorli « n’aurait jamais pu inventer une telle histoire ». Les magistrates Véronique Kwok Yin Siong Yen, Wendy Ramgan et Asha Ramano-Egan décideront du sort des deux hommes le jeudi 31 mai.
Dans le procès initié par le Directeur des poursuites publiques (DPP) contre l’ancien magistrat Shaheel Kumar Joy Ramphul et Soodesh Kumar Mohabeer dans une affaire de harcèlement sexuel, la poursuite a complété son réquisitoire. Le Senior Assistant DPP Me Rashid Ahmine n’avait pu le poursuivre vendredi en raison de l’heure tardive.
L’ancien magistrat est accusé de fraudulent alteration of public document, d’agression et de harcèlement sexuel respectivement sous les articles 107, 230 (1) et 254 (1) du Code criminel. L’on reproche à Soodesh Mohabeer d’attempt at hindering public officer en vertu des articles 2 et 45 de l’Interpretation and General Clauses Act et l’article 3 (1) (a) et (2) de la Public Officer’s Protection Act.
Le Senior Assistant DPP a fait état de la réaction de la victime présumée, Swarn Moorli, avant qu’elle ne porte plainte. Joy Ramphul lui aurait fait comprendre à Forbach qu’il avait le pouvoir de la condamner. L’ancien magistrat lui aurait dit : « Se sa plim-la ki pou desid to lavenir […] Swa to al fer enn semenn Beau-Bassin to al fer kamarad laba, swa to sorti san nanie. » Il aurait alors pris la main de la jeune femme avant de l’embrasser.
Me Ahmine a déclaré que la victime présumée était choquée par la proposition de Joy Ramphul et avait dû faire preuve de courage pour le dénoncer. Il a expliqué que le jugement était en délibéré et que c’était à l’accusé de décider du sort de la jeune femme. Le prévenu lui aurait également proposé de l’accompagner dans un hôtel à Grand-Baie pour « passer quelques heures » en sa compagnie.
L’avocat du parquet a affirmé que contrairement à ce qu’avance la défense, Joy Ramphul a agi en tant que magistrat. Il a soutenu que ce sont les pouvoirs qui lui ont été conférés qui ont été utilisés afin de faire pression sur la victime présumée. Selon lui, Swarn Moorli était en plein dilemme et avait contacté son avocat qui lui a fait comprendre qu’il ne pouvait pas l’assister dans cette affaire. « If he was not a magistrate would he have been able to threaten her ? No ! » a-t-il affirmé. « C’est ce que tout le monde aurait fait », a déclaré Me Rashid Ahmine. Le cousin de Swarn Moorli, Shruty Dev Pelladoah, avait par ailleurs accompagné la victime présumée à la rencontre de Joy Ramphul sur l’aire de stationnement du centre commercial de Shoprite à Trianon le 29 mars 2008. « Elle était dans une situation délicate et voulait avoir un témoin avant d’aller à la police », a expliqué l’avocat du ministère public. Il est d’avis que la façon d’agir de la victime présumée « makes a lot of sense ».
Selon le Senior Assistant DPP, il est très rare que les allégations d’un plaignant soient aussi bien soutenues par les itemized bills. Il a aussi ajouté que les preuves avec l’International Mobile Equipment Identity (IMEI) sont claires. Ce numéro permet à l’opérateur du réseau d’identifier le téléphone mobile d’où les SMS ont été envoyés. Il a ensuite fait référence aux dires de la plaignante en cour. « Le magistrat m’a donné rendez-vous à Shoprite », a-t-elle affirmé précisant qu’elle n’avait aucune autre raison d’être sur les lieux ce jour-là.
S’agissant de Soodesh Kumar Mohabeer, Me Rashid Ahmine a soutenu qu’il répond d’une charge d’attempt to hinder but fail independently of his will. Au téléphone, il aurait demandé à la plaignante – qu’il a connue lorsqu’elle travaillait dans un magasin de meubles – de ne pas aller de l’avant avec cette affaire.
Joy Ramphul et Soodesh Mohabeer ont plaidé non coupables des charges reprochées. Les magistrates Véronique Kwok Yin Siong Yen (présidente de la division criminelle de la Cour intermédiaire), Wendy Ramgan et Asha Ramano-Egan rendront leur jugement le jeudi 31 mai.
Joy Ramphul est représenté par le Queen’s Counsel sir Hamid Moollan et le Senior Counsel Me Ivan Collendavelloo. Soodesh Mohabeer est, lui, défendu par Me Ritesh Sumputh. La poursuite est menée par Mes Rashid Ahmine (Senior assistant DPP) et Madeven Armoogum (State Counsel).