Sanjeev Nunkoo, meurtrier présumé de Hélène Lam Po Tang, âgée de 60 ans, tuée de plusieurs coups d’armes tranchantes le 14 octobre 2010 en son domicile au Morcellement Swan, Baie-du-Tombeau, a été déféré en fin de matinée aux Assises. Cette décision est intervenue à la fin de l’enquête préliminaire, qui s’est déroulée devant le tribunal de Pamplemousses, présidée par la magistrate Maryse Panglose-Cala. De son côté, l’accusé, qui n’était pas représenté en Cour ce matin par ses conseils légaux, dont Me Rama Valayden, a fait un plaidoyer en vue de retrouver la liberté conditionnelle, le temps que son procès aux Assises soit instruit par le Directeur des Poursuites publiques (DPP).
« From the evidence adduced, there are sufficient reasons which raised a probable and strong suspicion of his guilt (in Hélène Lam Po Tang’s murder », a déclaré la magistrate dans son Ruling lu en Cour de Pamplemousses en fin de matinée en déférant l’accusé aux Assises dans ce meurtre où deux principales zones d’ombre attendent encore d’être élucidées, notamment l’identité du complice du meurtrier présumé sur les lieux du crime ou encore l’arme du crime. Le mystère plane toujours à ce sujet jusqu’ici.
Poursuivant, la magistrate du tribunal de Pamplemousses a fait comprendre au meurtrier présumé que suite à cette décision de la Cour, la balle se retrouve maintenant dans le camp du Directeur des Poursuites publiques, Me Satyajit Boolell, Senior Counsel. Profitant du fait que la magistrate Panglose-Cala ait fait mention de motion de remise en liberté conditionnelle, l’accusé s’est adressé à la Cour à ce sujet.
« Ziskaler, mo pas ine gagn kosyon. Mo ti anvi konné ki la polis énan kont mwa pou refiz mwa kosyon », s’est demandé Sanjeev Nunkoo. Se disant conscient du fait qu’avec le développement du jour, il devra affronter un procès aux Assises, il a ajouté que « mo ti a kontan gagn mo liberté kan mem ». Sanjeev Nunkoo, qui avait été arrêté par la police le 28 octobre 2010, est resté en détention depuis cette date.
Dans le cadre de l’enquête menée par la Major Crimes Investigation Team (MCIT) sur le meurtre de Hélène Lam Po Tang, dont le cadavre gisant dans une mare de sang avait été retrouvé à son domicile le vendredi 15 octobre 2010 par des proches, deux autres prévenus ont été interpellés à des fins d’enquête.
L’époux de la victime, Gary Lam Po Tang, qui était en voyage d’affaires en République populaire de Chine, au moment des faits, est encore en liberté sous caution en attendant une décision du DPP sur la base des faits versés dans le dossier à charge. Kim Him Chue Kee Cheung, alias Ah-Kim, ami de jeu de Gary Lam Po Tang, a été également d’un intérêt pour les limiers de la MCIT sous la supervision de l’assistant commissaire de police, Yousouf Soopun.
Gary Lam Po Tang, qui était rentré à Maurice durant le week-end du 16 octobre 2010, avait été appréhendé et placé en détention provisoire suite à des confessions de Sanjeev Nunkoo selon lesquelles l’époux de la victime lui avait donné des instructions pour se débarrasser de son épouse pendant son déplacement en Chine en octobre 2010.
Entre-temps, le DPP devra décider de ce qu’il adviendra du sort de Gary Lam Po Tang suite à des dépositions consignées par Sanjeev Nunkoo que ce soit lors de l’enquête policière ou celle se déroulant devant le tribunal de Pamplemousses.
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Vendredi 15 octobre 2010
Le corps sans vie de Hélène Lam Po Tang, 61 ans, est découvert dans sa maison sise à l’avenue des Roses, Morcellement Swan, Baie-du-Tombeau. C’est son beau-frère et sa soeur qui font la macabre découverte. L’autopsie effectuée par le Dr Sudesh Kumar Gungadin révèle que la sexagénaire a eu le corps lardé de plus de 30 coups d’arme tranchante. L’époux de la victime, Gary Lam Po Tang, se trouve alors en voyage en Chine.
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Les principales dates de l’affaire Lam Po Tang
Vendredi 15 octobre : Découverte du cadavre de Hélène Lam Po Tang dans une mare de sang à son domicile alors que son époux Gary Lam Po Tang est en déplacement d’affaires à l’étranger. La Major Crimes Investigation Team (MCIT) se charge d’une enquête laborieuse.
Jeudi 28 octobre 2010 : Sanjeev Nunkoo et Gary Lam Po Tang sont arrêtés, le premier sur la base d’informations selon lesquelles il se trouvait sur les lieux du crime à un moment donné. Gary Lam Po Tang, patron de Nunkoo, est arrêté par les limiers de la MCIT peu après son retour de voyage de Chine. Selon la teneur des « aveux » de Nunkoo, ce serait Gary Lam Po Tang qui aurait commandité la mort de son épouse. Mais Nunkoo se rétractera par la suite et niera en bloc son implication dans le meurtre. Un troisième suspect Ah Kim Chue Kee Chung, ami de Gary Lam Po Tang, est aussi arrêté suivant les « r?v?lations » de Nunkoo.
Vendredi 29 octobre : Nunkoo prend part à une reconstitution des faits sur les lieux du crime.
Samedi 30 octobre : La police retrouve un couteau sous le pont Colville Deverell. Selon les aveux « contest?s » de Nunkoo, il avait balancé le couteau par-dessus du pont après avoir tué Hélène Lam Po Tang.
25 f?vrier 2011 : Gary Lam Po Tang est libéré sous caution des suites d’une décision des juges Premila Balgobin et Hajee Abdoula, siégeant en cour Suprême. Pour ce faire, il a dû fournir une caution de Rs 200 000 et deux cautions de Rs 300 000, soit Rs 800 000 au total.
Lundi 10 octobre 2011 : Pratiquement un an jour pour jour après le meurtre de Hélène Lam Po Tang, l’enquête préliminaire démarre en cour de Pamplemousses devant la magistrate Maryse Panglose-Cala. Cette enquête préliminaire concerne cependant uniquement Sanjeev Nunkoo, accusé provisoirement de Murder. Un des premiers témoins à être entendus, l’assistant-surintendant de Police (ASP) Daniel Monvoisin, révèle que quand il avait « put the charge to the accused » (NdlR : Sanjeev Nunkoo), ce dernier lui aurait affirmé que « mo patron ti dir mwa ale rod enn parcel ». La défense, dirigée par Me Rama Valayden, contre-attaque en faisant ressortir qu’elle fera du « physical impossibility of committing the crime » son cheval de bataille. Elle évoque, pour ce fait, l’acte de décès officiel de Mme Lam Po Tang sur lequel est inscrit « 13 octobre 2010, 23 h ». Cette controverse autour de la date et l’heure du décès dominera de nombreux débats de l’enquête préliminaire.
Vendredi 2 d?cembre 2011 : Un des principaux témoins à être entendus est appelé à la barre. Il s’agit du Dr Sudesh Kumar Gungadin, n° 1 du département médico-légal de la police. Il fait état de la teneur d’une conversation avec l’accusé, durant laquelle ce dernier aurait avoué avoir tué Hélène Lam Po Tang.
Jeudi 22 d?cembre : Après pratiquement trois mois de travaux, l’enquête préliminaire prend fin avec l’audience du dernier témoin, celui de la défense, en l’occurrence le Dr Amah Charya Gujjalu, Forensic Pathologist. Cet ancien médecin-légiste de la police, souscrit aux Findings du Dr Gungadin et affirme que l’heure et la date inscrites sur l’acte officiel du décès, soit le 13 octobre à 23 h, sont corrects. La magistrate Panglose-Cala réserve son Ruling pour le jeudi 5 janvier 2012.
Jeudi 5 janvier 2012 : La nouvelle est officielle. Sanjeev Nunkoo aura à répondre de la mort de Hélène Lam Po Tang en cour d’Assises.