Dans un jugement qu’elle a rendu hier, la juge Saheeda Peeroo a rejeté la plainte qu’ont logée Alain Gordon-Gentil et Harish Chundunsing, deux anciens journalistes du défunt magazine hebdomadaire Le Mag, contre l’ancien Commissaire de Police Raj Dayal à la suite de leur arrestation en octobre 1994. Les deux plaignants avaient chacun réclamé à l’ex-CP des dommages s’élevant à Rs 11 millions. La juge a trouvé que le défendeur jouissait alors de l’immunité que lui conférait la Public Officers Protection Act.
Respectivement rédacteur en chef et rédacteur à l’information de l’ancien magazine hebdomadaire Le Mag, Alain Gordon-Gentil et Harish Chundunsing avaient publié un article intitulé « Portrait d’un général manqué », dans lequel des critiques ont été formulées contre Raj Dayal. Référence a été faite à un document classifié Top Secret, « Functional Directive for Special Mobile Force of Mauritius Police », ce qui a entraîné leur arrestation.
Dans leur plainte, les deux anciens journalistes du défunt magazine hebdomadaire ont allégué que l’ancien Commissaire de Police (CP) Raj Dayal avait commis une faute personnelle lorsqu’il a ordonné leur arrestation pour avoir publié des informations secrètes.
D’emblée, la juge note que l’action des plaignants est dirigée contre le défendeur en son nom personnel, alors que les reproches touchent ses fonctions de CP. « The plaintiffs purported to show that the defendant was actuated by malice and that he ordered that the plaintiffs be arrested and detained when they should not have been arrested, and that in so doing the defendant, as “l’homme, avec ses faiblesses, ses passions, ses imprudences”, committed a “faute personnelle” and thereby lost the immunity given to him in law as a public officer. The action is resisted by the defendant who denied that he was prompted by any personal motives and pleaded in limine that he and his officers had acted within the legal framework applicable to the Official Secrets Act and the plaintiffs are debarred from proceeding with the present action », observe la juge.
La question, fait remarquer la juge, est de savoir si le défendeur était protégé par l’article 4 de la Public Officers Protection Act (POPA), ou s’il a commis une faute personnelle hors du cadre de ses fonctions. L’article se lit ainsi : « 4. (1) Every civil or criminal action, suit, or proceeding by any person, other than the State, for any fact, act or omission, against a – (a) public officer in the execution of his duty; (b) person engaged or employed in the performance of any public duty; or (c) person acting in aid or assistance of the public officer or person, mentioned in paragraphs (a) and (b), shall under pain of nullity be instituted within 2 years from the date of the fact, act, or omission which has given rise to the action, suit, or other proceeding. (2) (a) No civil action, suit or proceeding shall be instituted, unless one month’s previous written notice of the action, suit, proceeding and of the subject matter of the complaint, has been given to the defendant. (b) No evidence shall be produced at the trial except of the cause of action as specified in the notice. »
La juge Peeroo rappelle qu’elle avait noté dans son jugement interlocutoire rendu en 2003 sur la motion présentée par le défendeur que des preuves doivent être fournies afin qu’elle puisse décider si les plaignants ne peuvent aller de l’avant avec leur action pour n’avoir pas observé la POPA. Elle souligne que Le Mag avait en fait repris l’information déjà publiée en mai 1993, à l’époque où le défendeur était encore le Commanding Officer de la SMF. Ce premier texte parlait de la lettre écrite par le Premier ministre d’alors dans laquelle il avait été rabroué pour les titres qu’il s’était affublés.
Citant Me Sanjay Buckhory, l’avocat des plaignants qui a rejeté la thèse de la jouissance sous la POPA de l’immunité, la juge souligne qu’elle a argué que l’ancien CP « “avec ses passions et ses faiblesses” acted outside the scope of his duties and has committed a “faute personnelle” when he, acting maliciously, ordered the arrest of the plaintiffs and was therefore not covered by the immunity given to him by the POPA ».
La juge rappelle toutefois ce que dit la Police Act à l’article 9 : « “9. Duties of the Police Force (1) The duties of the Police Force shall be to take all lawful measures for (a) preserving the public peace; (b) preventing and detecting offences; (c) apprehending persons who have committed, or who are reasonably suspected of having committed offences; … » Elle insiste sur le fait que « section 10 of the Official Secrets Act makes it clear that prosecution under the Act can only be instituted by or with the consent of the Director of Public Prosecutions though an arrest, detention or release on bail may be done notwithstanding that his consent for the institution of prosecution for the offence had not yet been obtained. Section 16 further provides that any person who is reasonably suspected of having committed an offence under the Act may be arrested without a warrant ».
Pour Mme Peeroo, le défendeur avait agi en tant que Commissaire de Police.