Le procès dans l’affaire de l’agression à l’acide du Dr Krishan Malhotra reprend en Cour intermédiaire demain devant les magistrats Renuka Dabee et Vijay Appadoo. La victime, par l’entremise de son homme de loi Me Rishi Pursum, avait informé la Cour qu’il ne rentrerait au pays qu’en juillet alors que son témoignage est attendu ce mois-ci. Soutenant que le problème majeur dans ce procès a été le retard accumulé, l’avocat de la défense, Me Nuvin Proag, y avait objecté, insistant qu’il soit en Cour au plus tard à la fin de ce mois-ci. Me Pursum fera connaître la décision de son client demain.
Attendu depuis plus d’un mois en tant que témoin dans cette affaire, le Dr Malhotra a fait savoir lors de la précédente séance le 8 mai dernier par l’intermédiaire de Me Pursum qu’il ne sera pas au pays avant juillet. Il a demandé à ce que l’affaire soit repoussée au mois de juillet, période durant laquelle il pense pouvoir voyager, car il ne peut le faire pour l’instant en raison de problèmes de santé. Ce à quoi a objecté la défense, qui a soutenu que le principal problème de cette affaire est le retard accumulé. Me Proag a fait ressortir qu’il y a déjà eu violation de l’aspect de « reasonable time » dans ce procès et que ses clients ne peuvent être encore pénalisés. Il a expliqué que ses clients sont dans l’attente d’un dénouement dans leur procès depuis trop longtemps et que la poursuite n’a pu satisfaire la cour et les parties défenderesses s’agissant du délai.
L’article 10 (1) de la Constitution stipule que « where any person is charged with a criminal offence, then, unless the charge is withdrawn, the case shall be afforded a fair hearing within a reasonable time by an independent and impartial court established by law ». Le représentant du bureau du Directeur des Poursuites publiques (DPP), Me Nataraj Muneesamy, State Counsel, a indiqué que c’est à la cour de trancher sur le délai raisonnable. Il a toutefois soutenu que la cour n’est pas forcée d’arrêter les procédures et peut user de sa discrétion au moment de l’énoncé du verdict si les prévenus sont jugés coupables. Vu que la Cour avait retenu plusieurs dates ce mois-ci pour entendre cette affaire, la magistrate Renuka Dabee a demandé à Me Pursum de demander au Dr Malhotra de s’arranger pour l’une de ces dates. Me Pursum fera connaître sa décision demain, quand d’autres témoins seront aussi entendus.
Les faits remontent à mars 1998. Le Dr Krishan Kumar Malhotra, alors directeur de la clinique MedPoint et gendre de sir Anerood Jugnauth, est abordé par un homme accompagné qui avait un colis en main. Ils sont entrés dans le bureau du médecin pour discuter. Peu après, le visiteur quitte l’enceinte de la clinique précipitamment. Les employés de l’établissement privé sont ensuite alertés par les cris de leur directeur. Le Dr Malhotra avait reçu un jet d’acide sulfurique concentré au visage, créant la panique chez les employés. Interrogé par la police, Neerunjun Ramdin n’a pas nié qu’il se trouvait à la clinique le jour de l’agression à l’acide mais a insisté que sa présence sur les lieux n’était que pure coïncidence. Il clame toujours son innocence et nie toute implication dans cette agression. Quant aux brûlures à son bras, il a affirmé s’être brûlé alors qu’il faisait frire du poisson chez Kissunkumar Hazareesing. Le Dr Satish Boolell, ancien chef du département médico-légal, avait expliqué lors du premier procès que la brûlure a été causée par une substance corrosive et non pas par de l’huile chaude.
Dix ans après les faits, soit le 21 août 2008, le magistrat Pritviraj Fekna (NdlR : maintenant juge) de la cour intermédiaire condamne Neerunjun Ramdin et Kissunkumar Hazareesing à six ans de prison chacun. Le 10 décembre 2010, les accusés font appel du jugement devant la Cour suprême. Ramdin et Hazareesing avaient donné 21 voies de recours pour contester le jugement de la cour intermédiaire. Ils ont notamment affirmé ne pas avoir eu un fair trial. Les juges Asraf Caunhye et Nirmala Devat ont statué qu’il y avait des irrégularités dans le procès en nommant les articles 10 (1), 10 (2), 10 (3), 10 (9) et 82 de la Constitution. La sentence de six ans de prison a été annulée par la Cour suprême qui a ordonné « a fresh hearing of the charges by a differently constituted bench of the Intermediate Court ».