La magistrate Meenakshi Gayan-Jaulimsing, siégeant au tribunal de Port-Louis, a infligé, jeudi après-midi, une cinglante gifle judiciaire à la police. La cour a remis en liberté sur parole le député Showkutally Soodhun malgré une objection formelle de la police. Par ailleurs, lors d’un point de presse hier, le leader du MSM, Pravind Jugnauth, a dénoncé « une atteinte à la démocratie et une interférence systématique dans les institutions censées indépendantes. »
Les responsables de l’enquête dans le scandale MedPoint au Central CID avaient cru suivre à la lettre les directives du CP’s Circular No 12/2008 portant sur la remise en liberté sous caution. Au terme du Bail Act, tout prévenu sous caution ne peut bénéficier de la liberté provisoire pour des délits subséquents et la police est appelée à loger une objection formelle lors de la comparution en cour.
Après son inculpation jeudi pour le délit de complot contre le gouvernement, le député Soodhun fut présenté en cour de Port-Louis en fin d’après-midi. Il est encore sous le coup d’un précédent délit de rassemblement illégal. De ce fait, l’objection de la police intervient. Mais les hommes de loi du prévenu, Mes Mooloo Gujadhur, Ravi Yerrigadoo et Roubina Jaddoo, contestent la démarche de la police.
La magistrate accepte d’entendre les arguments des deux parties malgré l’heure tardive. Premier coup dur pour la police. Le deuxième allait se présenter sous forme de l’absence d’un représentant du State Law Office pour présenter les grounds of objection. L’inspecteur Rughoonund n’a d’autre choix que d’assumer cette responsabilité devant le tribunal.
Après analyse des faits, la cour maintient que « there is nothing on record to suggest that Showkutally Soodhun would have an overriding pattern of behaviour to induce him to commit a breach of provision of bail should he be released on bail. There is no serious danger that he would commit another offence ». Elle fait également état de « the overriding duty on the Court to perform a balancing exercise between the right to freedom and the need to safeguard the interests of the society ».
Showkutally Soodhun est remis en liberté sur parole. Mais il quittera l’enceinte du tribunal sur une civière pour passer la nuit à la clinique suite à un malaise.
De son côté, le leader du MSM, entouré de son état-major politique, à l’exception de Showkutally Soodhun, a condamné hier les atteintes à la démocratie et à la liberté aussi bien que les ingérences dans les institutions. « Nous sommes témoins d’une dérive totalitaire extrêmement dangereuse. La dictature s’installe, l’état policier s’instaure et la liberté d’expression est bafouée », a-t-il dit.
Pravind Jugnauth a critiqué de manière sévère l’Independent Commission against Corruption, présentée comme un instrument politique entre les mains du gouvernement, aussi bien que « certains au sein du Central CID ». Il a également fait état d’une nette détérioration de la situation du Law and Order dans le pays.
L’ancien vice-Premier ministre et ministre des Finances est revenu sur son interrogatoire à l’ICAC dans l’affaire MedPoint. Il affirme n’avoir nullement confiance dans la commission. Preuves à l’appui, il a soutenu que les conditions imposées dans le Judge’s Rule pour les interrogatoires n’ont pas été suivies dans son cas. Il a confirmé son intention de saisir la Cour suprême pour avoir accès aux Minutes of Proceedings de la réunion du conseil des ministres du 18 juin 2010.
« La publication de ces documents ne remet en danger en aucune façon la sécurité de l’État. En rendant publics ces documents, l’enquête sera grandement facilitée et la vérité éclatera. C’est dans l’intérêt public. Si péna nanyen pou kasyet, kifer pa piblié sa ?! » a-t-il déclaré.
« J’avais décidé de ne pas verser de caution lors de mon inculpation par l’ICAC. Ena bann dimoune dan gouvernma finn koz ar mwa personnellement et finn dir mwa pa fer sa. Zot finn dir mwa guet ki finn arivé dans sa zafer vol dan campement Premye minis-là », a soutenu Pravind Jugnauth au sujet de sa remise en liberté sous caution et en s’interrogeant sur le suicide d’un détenu dans une cellule policière.