Ils disent avoir vu Florent Jeannot être agressé par Yatin Varma samedi dernier après que les véhicules de ces deux hommes ne furent entrées en collision à Sodnac. Mais par peur de représailles contre eux-mêmes et les membres de leurs familles, ces autres témoins ont préféré ne pas déposer à la police. Jusqu’ici, rien n’a été fait pour calmer leurs craintes et les rassurer. Et c’est précisément parce qu’ils affirment qu’il y a eu pression et tentatives de négociation vis-à-vis de leur famille et du témoin que les Jeannot ont écrit au Premier ministre à la fin de la semaine dernière pour lui demander de veiller qu’il n’y ait pas d’ingérence dans cette enquête. De son côté, Yatin Varma a affirmé qu’il n’a jamais agressé le jeune automobiliste. Les deux hommes ont été blessés : l’Attorney General dit s’être cassé la main lors de l’accident alors qu’un rapport médical au moins attribue les blessures de Florent Jeannot à une agression.
S’il ne s’agissait pas d’un ministre, il y aurait sans doute eu plus de témoins qui seraient venus de l’avant pour soutenir la version du jeune chauffeur et du témoin indépendant qui ont déposé depuis samedi dernier. D’autres personnes étaient en effet présentes sur les lieux au moment de l’incident survenu peu avant 7h30 au matin du samedi 4 mai au carrefour des rues Rosier et Trianon 2 à Sodnac. Ceux à qui nous avons parlé durant la semaine nous ont décrit l’altercation comme étant « violente. » Bouleversés, voire indignés par cette scène, ils préfèrent cependant garder le silence et se tenir loin de la police par crainte de représailles contre eux-mêmes et leurs proches. Ce qui expliquerait pourquoi un seul témoin a déposé jusqu’ici pour soutenir la version de Florent Jeannot, qui dit avoir été battu et insulté par Yatin Varma, qui nie ces allégations.
« Nous avons ici affaire à un ministre, je ne sais jamais ce qui pourrait nous arriver »
En sus du témoin Ravi Seenundun, au moins trois autres personnes étaient là à ce moment. Parmi un fonctionnaire qui roulait en compagnie de son épouse derrière la voiture du ministre au moment de l’accident et un autre témoin habitant aussi les lieux qui rentrait de la boutique. Mais aucun d’eux n’a l’intention de raconter ce qu’ils ont vu à la police, tandis qu’ils décrivent la scène de la même manière que le témoin et le jeune chauffeur. « Nous avons ici affaire à un ministre, je ne sais pas ce qui pourrait nous arriver à moi-même et ma famille si je vais de l’avant en racontant ce que j’ai vu à la police », nous a déclaré le fonctionnaire au début de la semaine. Ce dernier a expliqué qu’il avait été pris à partie par Yatin Varma quand il avait voulu s’interposer entre les deux hommes. « Le chauffeur lui présentait ses excuses. Mai il était devenu incontrôlable est agissait très violemment. J’ai essayé de lui parler pour lui dire de se calmer. Il m’a insulté et m’a sommé de ne pas intervenir dans cette affaire qui, disait-il, ne me concernait pas. »
Ce témoin et son épouse ont quitté les lieux avant l’arrivée de la police. Il nous a, par ailleurs, précisé, pour expliquer ses crainte : « Je ne déposerai pas à la police par peur de représailles contre ma famille et moi-même. Je suis fonctionnaire, mes proches aussi travaillent dans la fonction publique. » « Je veux bien témoigner dans les medias, mais pas à la police. Personne ne pourra me garantir qu’il ne nous arrivera rien si je vais de l’avant officiellement. »
Ce n’est pas non plus à la police que parlera l’autre témoin que nous avons rencontré vendredi. « En fonction de la manière dont cette affaire avancera, je viendrai déposer en cour si cela s’avère nécessaire. Mais je ne vais pas faire de déposition à la police parce que je n’ai pas confiance. On ne sait pas ce qu’il pourrait m’arriver en attendant que la cour ne prenne cette affaire. »
« Pressions et tentatives de négociation »
Selon les dires de Mario Jeannot, père du jeune Florent, ces craintes ne seraient pas injustifiées. Pendant au moins une semaine, explique-t-il, « il y a eu des pressions et des tentatives de négociations avec nous et le témoin. » Si les émissaires ont choisi un ton « amical » pour négocier le retrait de la déposition de Florent Jeannot, le ton aurait été différent à l’égard du témoin. Contacté par Week-End à ce sujet, Ravi Seenundun réfute l’information. Mais en fin de semaine, Mario Jeannot, sur les conseils de ses hommes de loi, avait opté de loger une déposition à la police pour prévenir que le témoin lui avait dit que des pressions était exercées sur lui-même et sa famille. « Il a été décidé que je ferais cette déposition afin que ce témoin soit protégé », nous a précisé Mario Jeannot, qui a changé de numéro de téléphone en raison des nombreux appels reçus relativement à cette affaire.
Dans la déclaration qu’il nous a faite, le témoin Ravi Seenundun a insisté qu’il ne comptait pas se désister, précisant : « Je maintiens ce que j’ai dit à la police la semaine dernière. » Habitant non loin du lieu de l’accident, son attention avait été attirée par un grand bruit ce matin-là. C’est là qu’il aurait vu Yatin Varma descendre de son véhicule, aller vers celle de Florent Jeannot, le sortir de derrière son volant pour le battre violemment au visage et l’insulter malgré les excuses répétées du jeune homme. Au volant de sa Honda, ce dernier avait débouché d’une rue secondaire où les indications avaient été effacées après de récents travaux sur la route. Il avait alors percuté le côtéavant gauche de la BMW du ministre, qui roulait en compagnie de son père et de ses deux enfants. Selon Yatin Varma, ce serait à ce moment-là que sa main droite se serait fracturée. Les témoins affirment qu’il n’était pas blessé quand il est sorti pour agresser Florent Jeannot. L’étudiant et les témoins ont aussi allégué que le ministre lui aurait saisi son téléphone des mains pour le projeter à terre quand il a voulu appeler ses parents.
Appel au Premier ministre
Malgré ses craintes publiquement évoquées, aucune garantie n’a été donnée aux témoins pour les rassurer et les encourager à agir dans l’intérêt de la justice. Bien au contraire, le silence des autorités face à leurs interrogations a renforcé les doutes et rendu la tension plus forte. C’est ce qui a convaincu Geneviève et Mario Jeannot d’écrire au Premier ministre pour lui demander de veiller que justice soit rendue et qu’il n’y ait aucune pression contre leur fils, la famille et le témoin. « We are appealing to you as our Prime Minister of the Republic of Mauritius to interfere in the present matter and to ensure that justice is done. We appeal to you honorable Prime Minister to ensure that no under influence is used to put pressure either upon my son, my family or the independent witness », demandent-ils dans la lettre dont des copies ont été envoyées à différentes instances du pays, à des députés et à l’opposition.