Les auditions des témoins de la poursuite dans le cadre du procès intenté à l’ancien étudiant en médecine, Yesudas Veeranah, pour l’assassinat de son épouse Nisha Veeranah le 5 novembre 2005, se poursuivent depuis deux semaines. Narayen Ramdawa, qui a produit les pièces à conviction présentées lors de l’enquête préliminaire, a été le premier à témoigner. La Cour d’assises a entendu les dépositions de plus d’une dizaine de témoins, avec le contre-interrogatoire du main enquiring officer, l’inspecteur Ranjitsingh Jokhoo, qui a duré trois jours. Lors des auditions, de nouveaux éléments ont été mis en exergue par la défense qui a évoqué la brutalité policière envers l’accusé et a contesté la cause du décès. La poursuite menée par Me Johan Moutou-Leckning, Senior Acting Assistant DPP, bouclera son cas dans quelques jours et la défense sera alors appelée à présenter ses témoins. Un récapitulatif des témoignages depuis le début du procès.
3 septembre
Le procès de Yesudas Veeranah, ancien étudiant en médecine à la SSR Medical School à Belle-Rive s’ouvre aux Assises. Il répond d’une accusation de manslaughter pour avoir assassiné son épouse Nisha Veeranah le 5 novembre 2005 et pour avoir illégalement inhumé son corps dans la tombe d’une autre personne au cimetière St-Martin. Yesudas Veeranah plaide non coupable et aussitôt le jury est constitué, composé de six femmes et trois hommes. Les jurés devront à la fin du procès déterminer la culpabilité de Yesudas Veeranah. Ces derniers ne sont pas isolés.
La poursuite menée par Me Johan Moutou Leckning fait son opening address pour exposer l’affaire aux membres du jury. La Senior Acting Assistant évoque les circonstances dans lesquelles la victime aurait perdu la vie et interpelle les jurés sur la violence domestique dont elle aurait été victime.
Une vingtaine de témoins de la poursuite ont été assignés dans ce procès. Appelé à déposer en premier, le District Clerk de Mapou a produit en Cour une série de pièces à conviction qui avaient été présentées lors de l’enquête préliminaire. Il a ainsi identifié les vêtements que portait la victime Nisha Veeranah au moment où son corps avait été retrouvé dans une tombe au cimetière St-Martin le 23 novembre 2005. Le District Court Officer, Kumar Heerah est par la suite venu témoigner. C’est lui qui avait enregistré toutes les dépositions faites en Cour par les témoins.
L’audition des témoins s’est poursuivie avec la déposition du photographe de la police, l’inspecteur Anthony, qui a produit en Cour une série de photos prises lors des reconstitutions des faits, montrant l’endroit où la victime avait été enterrée ainsi que la voiture dans laquelle elle aurait trouvé la mort après une violente dispute entre elle et son époux. Lors du contre-interrogatoire, Me Hurrangee l’a interrogé quant aux personnes présentes à la reconstitution des faits. L’inspecteur Anthony a indiqué que les enquêteurs, l’accusé, le draftman, des officiers de police et lui-même s’y trouvaient. Le PC Baramdoyal, le draftman qui avait rédigé les différents plans dans le cadre de cette affaire — notamment l’itinéraire qu’aurait emprunté le couple en quittant son domicile à Belle-Vue Maurel et le trajet de l’accusé pour se rendre au cimetière St-Martin —, a identifié les divers points mentionnés sur le plan. Il a également produit en Cour une carte du pays retraçant de façon plus détaillée le trajet de l’accusé ce jour-là. Lors de son contre-interrogatoire, il devait toutefois affirmer que le plan détaillé présenté en Cour n’a été rédigé que récemment après qu’il a reçu la convocation de la Cour pour témoigner dans cette affaire.
4 septembre
La séance s’est poursuivie avec le contre-interrogatoire d’un témoin clé de la poursuite, le Main Enquiring Officer de cette affaire, Ranjitsingh Jokhoo, par l’avocat de la défense. L’inspecteur a été interrogé à maintes reprises sur l’état de santé de l’accusé Yesudas Veeranah alors qu’il était en détention. Après sa comparution en Cour le 16 novembre 2005, il s’était plaint de problèmes respiratoires. Ce jour-là, il avait été conduit à l’hôpital où il avait été admis durant quatre jours car selon l’avocat de la défense, il souffrait de plusieurs blessures. L’inspecteur Jokhoo était revenu sur les différents aspects de l’enquête lors de l’interrogatoire menée par la poursuite. Le contre-interrogatoire de l’inspecteur Jokhoo a duré presque deux heures et a repris le lendemain.
5 septembre
L’inspecteur Jokhoo est longuement interrogé sur les entrées dans le Diary Book de la police. La défense tentera d’établir que les enquêteurs n’ont pas enregistré des entrées importantes et remet en question la façon dont l’enquête a été menée. L’inspecteur Jokhoo donne des détails sur ces entrées.
6 septembre
Le contre-interrogatoire de l’inspecteur Jokhoo se poursuit. Revenant toujours sur les entrées dans le Diary Book de la Major Crime Investigation Team, l’avocat de la défense, Me Hurrangee a longuement questionné sur certaines entrées qui n’ont pas été enregistrées, dit-il, à des moments importants de l’enquête. La défense l’a aussi interrogé sur le nombre de fois que l’accusé était en présence des officers de la MCIT alors qu’il n’était pas censé donner sa déposition. Me Hurrangee a ainsi évoqué la brutalité policière lors de l’enquête menée par la police. « The accused was forced to give a Tailor-Made declaration », a-t-il avancé. L’inspecteur Jokhoo devait répondre que l’accusé « was well treated ».
9 septembre
Parmi les autres témoins qui ont déposé ce lundi, la Senior Court Officer de la Cour de district de Mapou, Leelah Gunsham, a déclaré que la victime avait le 20 octobre 2005 fait une demande de protection order contre Yesudas Veeranah et ses beaux-parents, motivant sa demande par les problèmes qu’elle rencontrait avec son époux, qui l’insultait et lui reprochait de le tromper. À la suite du interim protection order, la victime et l’accusé étaient attendus en Cour le 3 novembre 2005, soit deux jours avant le drame. Toutefois, comme ils ne s’y sont pas présentés, la demande a été rejetée.
Par ailleurs, d’autres officiers qui avaient assuré la garde au cimetière St-Martin après l’exhumation du cadavre, notamment le PC Lothun et le PC Doobhoree, ont témoigné. La représentante du Forensic Science Laboratory, Mme Boodur a également déposé. Elle a présenté son rapport sur les brins de cheveux retrouvés dans la voiture de l’accusé ainsi que les cendres qui ont été retrouvées à son domicile. Elle a indiqué n’avoir pas été en mesure d’établir à qui appartenaient ces cheveux car elle n’avait pas eu un échantillon de ceux de la victime en vue d’établir une comparaison. La défense a alors soutenu qu’il y a eu un manque de sérieux dans la façon dont les analyses ont été effectuées.
11 septembre
Autre déposition qui a duré plus d’un jour : celle de l’ex-chef du département médico-légal, le Dr Abdool Khalick Mohungoo, qui avait conclu que la victime avait succombé à une « compression of the neck ». Lors de son contre-interrogatoire mené par Me Ashley Hurrangee, le médecin a été confronté au fait que plusieurs éléments importants manquaient au rapport d’autopsie. Le Dr Mohungoo devait répondre que lorsqu’il avait reçu le rapport d’analyse des échantillons du laboratoire, il a cru que toutes les informations y étaient. Me Hurrangee a ainsi soutenu que le témoin s’était basé sur les informations données par la police pour rédiger le rapport d’autopsie. La défense a une fois de plus maintenu que la cause du décès ne pouvait être due à une « compression of the neck ».
12 septembre
Le contre-interrogatoire de l’ex-chef du département médico-légal, le Dr Abdool Khalick Mohungoo, a repris. L’avocat de la défense a poursuivi ses interrogations quant aux analyses qui ont été effectuées en vue du rapport d’autopsie. Le Dr Mohungoo s’est dit satisfait de son rapport et a déclaré à la Cour qu’à aucun moment, il n’y a eu un manque de sérieux ou des lacunes dans son travail. À une question des membres du jury sur la possibilité que l’alcool relevé dans le sang de la victime pourrait laisser entendre qu’elle en consommait, le Dr Mohungoo a fait ressortir que cela pouvait aussi être dû à la décomposition.
Autre témoin appelé à la barre des témoins : le PC Potié de la MCIT, qui a enregistré les « aveux » de l’accusé. Il a nié avoir brutalisé Yesudas Veeranah pour le forcer à donner sa déclaration. Confronté lors du contre-interrogatoire par la défense au fait qu’il aurait usé de la violence sur l’accusé malgré le fait que son homme de loi avait interdit aux enquêteurs de prendre une quelconque déposition en son absence, le PC Potié a à maintes reprises soutenu que c’est Yesudas Veeranah qui s’est confié de son plein gré.
13 septembre
Le contre-interrogatoire du PC Potié qui devait reprendre a été reporté à lundi, la défense souhaitant du temps additionnel pour finaliser les déclarations de l’accusé quant au traitement qu’il avait reçu du PC Potié.