Ainsi donc Pravind Jugnauth ratisse large. Il essaye de ramasser dans son panier tous les mécontents de ne pas avoir eu de postes et de tickets d’autres partis politiques pour renforcer le sien. Et comme ces mécontents n’attendent qu’une promesse de ticket pour, comme les carapates, changer de chien, ils se sont précipités en masse vers leur nouveau leader pour louer ses qualités.

En profitant au passage — c’était sûrement une condition du deal — pour régler leurs comptes avec leur ancien parti et son leader. C’est terrible ce qu’un politicien peut dire sur son ex-leader qu’il vient tout juste de quitter. Il l’accuse de tous les péchés, de tous les défauts du monde qu’il semble juste avoir découverts. Si le nouveau converti ne tarit pas de louanges et d’éloges pour son nouveau leader, il ne trouve aucune qualité à son ancien leader et à ses anciens camarades. Et puis le nouveau converti doit justifier sa décision en essayant d’expliquer son choix. Mais le problème c’est que plus il essaye de se justifier, plus ses explications semblent vides de sens, plus ses arguments ressemblent à de mauvaises excuses et plus les termes « valeurs », « convictions » et « intégrité », répétés en boucle, ne passent pas.

On n’arrive toujours pas à comprendre comment il peut se retrouver dans un parti où il a passé au moins les quatre dernières années, à dénoncer le leader et ses membres et leurs pratiques. Ceux qui sont restés ne sont pas en reste dans les phrases cinglantes et les qualificatifs insultants pour désigner ceux qui sont partis. Vendeur – lalit ou conscience au choix – transfuge, mercenaire, roder boutte : toutes les insultes politiques sont utilisées pour les condamner. Ces camarades qu’ils ont côtoyés pendant des années, dont ils partagé une bonne partie de la vie, avec qui ils ont mené des combats, monté des complots, partagé des secrets sont devenus, du jour au lendemain, des moins que rien, dont la moindre faiblesse et le moindre défaut sont dénoncés. Il n’y a rien de pire qu’un ancien ami devenu ennemi et qu’il faut à tout prix tenter de détruire.

C’est bien de vouloir agrandir son écurie avec de nouveaux convertis débordant d’enthousiasme, mais que pensent les fidèles du début, des temps difficiles et des traversées du désert de ces nouveaux venus qui veulent prendre beaucoup de place ? Sous les grands sourires de bienvenue se cachent un certain degré d’agacement. Certes c’est stratégiquement bon d’affaiblir l’adversaire en décimant ses troupes. Mais c’est une tout autre affaire quand les troupes débauchées viennent prendre des places déjà occupées.

On entend déjà des membres du MSM qui ne manquent aucune sortie du leader, aucune manifestation du parti pour se faire voir commencer à grincer des dents devant l’arrivée massive des nouveaux venus à qui, semble-t-il, les tickets tant désirés ont été déjà promis. Il est plus facile de faire démissionner des gens d’un parti que de les caser chez soi. Et si les promesses faites aux nouveaux venus n’étaient pas tenues ? Si au moment de d’attribuer le ticket la pression est tellement forte que le leader est obligé de privilégier un ancien du parti à un nouveau converti ? Que pourront faire tous ceux qui ont déjà fait allégeance, vanté les mérites du nouveau leader et du nouveau parti ? C’est une possibilité à ne pas écarter dans ce panier à crabes qu’est devenue la politique mauricienne, où le corrupteur n’a rien à envier au corrompu en termes de promesses non tenues. Et si Pravind disait à Steve et à Françoise à la veille de l’attribution des tickets : « Je dois tenir plus compte des exigences des membres du MSM que des réalités électorales mauriciennes » ?
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En dépit de sa cuisante défaite électorale, des enquêtes en cours et ses coffres-forts saisis, Navin Ramgoolam continue à se prendre pour un lion. Et pas n’importe lequel, mais carrément le roi de la savane. C’est en tout cas le message qu’il veut faire passer avec le clip actuellement diffusé sur internet. Intitulé « Le retour du roi lion », le clip reprend les images du générique du film de Walt Disney portant le même titre. Certaines images du générique ont été modifiées pour inclure la tête de Navin sur le corps du félin. Mais l’inclusion est tellement mal faite techniquement que le clip fait plus rire qu’autre chose et se situe bien loin du niveau de « Viré mam », qui contribua à la victoire de Lalians Lepep en décembre 2014. Est-ce qu’un clip – pas très bien réalisé techniquement – suffira-t-il pour faire oublier la mauvaise image et les casseroles que trimbale le leader du PTr ? Suffira-t-il d’utiliser le rugissement de la bande-son du film pour séduire les électeurs mauriciens ?

Affaires à suivre