L’affaissement dans la nuit de dimanche à lundi d’un pan de mur de 10 m de haut a confirmé les craintes depuis longtemps émises par les habitants de Morcellement Hermitage à Coromandel. Dans un article intitulé Inquiétudes sur le terrassement d’un terrain situé sur la pente d’un ravin, publié dans notre édition du 24 juin dernier, certains habitants du quartier faisaient déjà état des risques potentiels. Si l’on peut s’estimer heureux que la chute de ce pan de mur sur la rue Maxime Boodoo n’a fait aucune victime, hormis les dégâts causés aux câbles téléphoniques, les riverains craignent toujours, et avec raison, pour leur sécurité. D’autant que la municipalité de Beau-Bassin/Rose-Hill reste vague dans ses propos quant aux actions qu’elle compte entreprendre.
Les travaux de « nettoyage » du terrain de Rooplall (Hans) Beerjeraz effectués par des bulldozers — comme déjà indiqué dans ces mêmes colonnes — menacent toujours les maisons situées en haut de la pente du ravin terrassé. Et face à l’absence de sanctions prises et au manque de communication de la municipalité de Beau-Bassin/Rose-Hill, les habitants de ce morcellement ont du mal à dormir tranquille.
Depuis la visite des lieux effectuée mercredi par le maire Norbert Froget et le Chief Executive Officer de la municipalité, M. Mulloo, tous deux accompagnés de leurs ingénieurs, des officiers du ministère de l’Environnement, de la Police de l’Environnement et des haut cadres du poste de police de Coromandel, ni les poursuites éventuelles à l’encontre du promoteur, ni les procédures qui seront établies pour remédier aux dégâts n’ont été clairement définies. Face à la presse mercredi, le maire de Beau-Bassin/Rose-Hill ne cachait pourtant pas ses inquiétudes :  » La sécurité des habitants avant tout. Si un pan du mur a cédé, tout le reste aussi le peut.  » Ainsi indiquait-il également que la collaboration « de tout un chacun » serait sollicitée, notamment celle de la Special Mobile Force (SMF), afin de déblayer la route.
Norbert Froget envisageait même la possibilité d’opter pour une demande de démolition. Mais si la démolition du mur est une bonne initiative, il faut néanmoins, disent les habitants, prendre tout aussi bien en compte les dégâts causés par le terrassement.
En effet, depuis que Hans Beerjeraz a entrepris le terrassement de son terrain de 12 arpents, divisé en trois sites distinctifs pour la construction prochaine d’un morcellement, les maisons situées en haut de la pente semblent dans une position fort périlleuse. « Qu’en est-il des dégâts qu’il a causés avec sa pelleteuse ? Cela fait 20 ans que nous habitons là, et c’est bien la première fois qu’on craint un glissement de terrain en raison de l’irresponsabilité et de l’inconscience d’un propriétaire « , a fait ressortir une habitante au maire.
Cela fait plus de deux mois que, à travers une pétition datée du 2 juin, suivie de nombreux appels téléphoniques à la municipalité de Beau-Bassin/Rose-Hill, les habitants de ce quartier de Coromandel attirent l’attention des autorités sur les risques provoqués par les travaux en cours. Ils ont fait état de leurs craintes et de leurs interrogations quant au procédures suivies par le promoteur. En effet, les travaux sur le site commençaient dès l’aurore pour se terminer au crépuscule. De plus, aucun panneau n’était affiché, selon les habitants, pour indiquer la nature des travaux, et aucune précaution n’avait été prise pour prévenir les nuages de poussière que produisait l’épierrage.
Les habitants avaient réclamé un « assessment » de la situation car ils craignaient un glissement de terrain. Malgré l’arrêt momentané des travaux, les habitants avaient demandé que des mesures correctives soient prises pour éviter l’affaissement des terres et dans un deuxième temps éviter la fragilisation de leurs terrains et maisons parce que, « nous craignons un glissement de terrain, et pire que ça en cas de pluie. Par ailleurs, lorsque les pelleteuses s’attellent à des travaux de destruction de rochers près des maisons, celles-ci tremblent. Nous craignons des dommages structurels aux maisons et des risques de glissements de terrain sachant que le morcellement Hermitage est considéré par l’État comme une région à risques pour ce genre de catastrophe ».
« Il y a des procédures à suivre. Nous devons demander un avis légal », dit Norbert Froget. Il rappelle qu’un Stop Order avait été délivré à Rooplall Beerjeraz, le 22 juin par la municipalité. « La construction de ce mur a été fait à l’insu de la municipalité », indique-t-on dans les milieux concernés. Mais l’attitude des employés de la municipalité, y compris le maire et son Chief Executive, M. Mulloo envers la presse présente au cours de la visite de mercredi était pour le moins ridicule : ricannement intempestif quant on les interroge, se renvoyant les questions les uns aux autres. Bien plus, contacté par Week-End, vendredi matin, au téléphone Norbert Froget a soutenu « faire le nécessaire pour résoudre ce problème » et nous a accusés de le « harceler ». « Je n’ai rien à vous communiquer. J’ai été suffisamment gentil avec vous. Vous faites comme si dirait (sic) vous êtes de la CID », devait-il marteler avant de raccrocher le téléphone. Mercredi, le Chief Executive a déclaré que toute communication désormais se ferait entre légal advisors et qu’aucun détail ne sera donné à la presse.
Pour rappel, d’un constat de visu des officiers de la municipalité de Beau-Bassin/Rose-Hill, d’un officier du Prevention Pollution Control (PPC) de l’Environnement, et de la Police de l’Environnement, en juin dernier, il en ressortait « qu’un glissement de terrain n’était pas à exclure en ces lieux », d’autant qu’un guide du Government Information Service (GIS) publié dès décembre 2009 et ayant trait à ce phénomène (glissement de terrain), plaçait Coromandel sur la liste des zones à risques du pays.
Une Stop notice devait être émise le 22 juin dernier, tandis que le ministère de l’Environnement avait conseillé la mise en place de geo-textile nets pour absorber la poussière. De plus, Rooplall Beerjeraz devrait alors faire une application en vue de l’obtention d’une Environment Impact Assessment (EIA) licence en sus d’un Environment Monitoring Plan (EMP) avant de poursuivre ses travaux. A cet effet, le promoteur avait déclaré à Week-End qu’il n’était nullement au courant d’une quelconque visite des autorités et que son architecte déposerait un plan de construction pour entamer l’érection de ses villas.
Après le Stop order émis par la municipalité, du temps avait été accordé à Rooplall Beerjeraz pour présenter ses autorisations pour la concrétisation de son morcellement puisqu’il ne disposait pas d’un Building & Land Permit. Entre-temps une enquête menée par le Département des Bois et Forêts a révélé de muliples infractions commises par le promoteur entre autres, dépôt illégal de masses de pierres et de terre sur la berge gauche de la Grande-Rivière-Nord-Ouest (GRNO) ; que le terrain sur lequel se fait le nivellement mécanique est privé. La section 41 du Forests & Reserves Act, selon le Département, a été enfreint puisqu’une aucune autorisation écrite n’a été délivrée au promoteur. Ce dernier jouant aux abonnés absents, le département des Bois et Forêts a dû, à un moment donné, solliciter la présence de la Police pour le verbaliser. Hans Beerjeraz est demeuré injoignable malgré nos tentatives répétées de le joindre au téléphone.
Après l’écroulement du pan de mur, les habitants s’attendent maintenant à ce que la municipalité agisse promptement pour éviter une catastrophe d’une plus grande envergure.