« Africa, Yesterday, Today and Tomorrow » – thème retenu pour la conférence commémorant l’Africa Day, vendredi dernier, à la municipalité de Port-Louis. Le centre Nelson Mandela pour la Culture africaine visait à rendre hommage à mère Afrique. Mais l’événement devait faire écho à une Afrique oubliée…
« Mo bien bien an koler. Mo bien bien an koler… Ek mo pa le servi enn lot mo pou “an koler” ». Vijay Makhan laisse libre cours à son courroux. L’Africa Day, commémorée vendredi dernier dans la salle de conseil de la municipalité de Port-Louis, ne devait réunir, à tout casser, qu’une vingtaine de personnes. « Li pa posib le 25 mai, nou vinn selebre Africa Liberation Day, ena sa tigit dimounn-la ! », a affirmé le diplomate de carrière. Et de poursuivre : « Bizin met inpe la vian lor sa lezo la ! ».
Le Nelson Mandela Centre for African Culture (NMCAC) organisait une conférence ayant pour thème : « Africa, Yesterday, Today and Tomorrow ». Mais au vu du nombre de personnes présentes, il ne serait pas indiscret d’affirmer que l’Afrique peine à faire l’actualité à l’île Maurice. Ceci dit, le contenu de la conférence avait du mordant, bien de « la vian lor lezo ».
Les orateurs – le père Filip Fanchette président du NMCAC, Amédée Darga de Straconsult, Vijay Makhan et Patrick Mookeenah, travailleur social jouissant d’une expérience pointue du continent et de sa gestion civique – devaient évoquer la manière dont le continent africain se trouve « sous-estimé » sur le plan mondial.
Or, l’Afrique, selon les orateurs, n’est ni « aussi pauvre que cela », ni « aussi arriérée que cela », ni « aussi dangereuse que cela », entre autres. Et l’avertissement tombe : ne pas s’enliser dans certains clichés qui freinent le progrès du continent. « Ena 8 eta indiens ki pli pov ki tou pei afrikin. Me nek koz lafrik mem » souligne le père Fanchette.
Amédée Darga a abondé dans le même sens. « Anou servi enn bref zimaz, propose-t-il, imazinn enn sityasyon ki ena 4/5 fami res lor enn gran terin, lakaz mal fouti, zenfan pa pe gagn manze… Me letan al get pre, nou dekouver ki lakaz-la pa koumsa, fami-la enn bokou later fertil… » Pour M. Darga, c’est cela l’Afrique : un continent en proie à un traitement médiatique défavorable. Ironie du sort. Il semblerait que l’Afrique peine à occuper la scène médiatique en Afrique même, à l’exemple de l’indifférence dont serait victime l’événement à Maurice. Les responsables : communication défaillante ? l’Afrique ne passionne-t-elle pas ? Sens de l’appartenance pauvre ? Il est difficile de discerner.
Pourtant, selon M. Darga, « l’avenir de Maurice est en Afrique » En effet, pour ce qui est de l’industrie touristique, « nou pena ankor enn flo de touris afrikin ». « Ena bokou dimounn ki ena le moyen pou deplas zot ziska Maurice ; me nou bizin pre pou resevwar zot », affirme-t-il.
Par ailleurs, afin que l’édition 2013 soit un succès, Amédée Darga suggère que les étudiants africains soient intégrés à la célébration et qu’une foire africaine soit organisée, notamment. « Al rod enn group afrikin fer li sante, pa ve dir develop people-to-people ». Vijay Makhan a, quant à lui, suggéré qu’un timbre commémoratif soit imprimé l’année prochaine. Selon lui, « vulgariser l’événement » constitue une priorité.
L’Africa Day rappelle le 25 mai 1963. À cette date, l’initiative de l’empereur Hailé Sélassié réunit des dirigeants de 32 pays africains indépendants à Addis Abeba, en Éthiopie. L’Organisation de l’Unité Africaine voit le jour. Elle deviendra l’Union africaine le 9 juillet 2002.