Jeudi dernier, le Mauritius Pride a levé l’ancre pour Agaléga. Ceux qui s’y sont rendus pour la première fois rentreront sans doute conquis par cet archipel à la beauté captivante, sinon envoûtante, composé de deux îles : Nord et Sud. C’est un petit paradis qui ne peut que séduire les amoureux de la nature.
Isolé dans l’immensité de l’océan Indien, l’archipel d’Agaléga, situé à 1,000 km au nord de Maurice, semble avoir délibérément oublié le temps… Il suffit d’un premier contact, au débarquement à La Fourche, pour s’en rendre compte. Là-bas comme ailleurs, les vagues s’écrasent allègrement sur d’interminables plages blanches, bordées de palmiers, omniprésents sur l’île. Carte postale vivante, Agaléga offre des clichés qu’on ne peut ? et qu’on ne veut ? effacer de la mémoire. Dans les îles Nord et Sud, la densité de la flore et les plages au sable fin qui font face à une mer sublime confèrent à l’atoll une allure éternellement vierge.
Le pays du coprah s’est pourtant laissé séduire par les atouts du modernisme. Même à petites doses, il a pénétré ses foyers. Dans les deux principaux villages d’Agaléga, Vingt-Cinq et Ste Rita (dans l’île du Sud), les antennes paraboliques plantées sur les toits des maisons ouvrent une fenêtre sur le monde. Le vrombissement de grosses cylindrées fait la fierté des hommes. Les femmes, elles, apprécient l’efficacité des appareils ménagers qui facilitent leurs tâches.
Discrétion
Agaléga, si près de nous et si loin à la fois… Certains voudraient rester plus longtemps que les quelques jours imposés par les fréquences du voyage. Pour voir ce bout de paradis qui ne connaît pas encore l’internet, il faut d’abord passer deux nuits en mer. Une fois sur l’archipel, le séjour de ceux qui n’y habitent pas dépendra du temps que prendra le débarquement des marchandises du Mauritius Pride. C’est-à-dire une semaine. Ou un peu moins…
Mais les hommes ne sont pas les seuls à décider du retour sur Port-Louis. La nature demeure la maîtresse absolue. Si elle est de mauvaise humeur et que la mer se démonte, le bateau ne lèvera pas l’ancre, car il sera impossible d’embarquer les passagers. Agaléga, pas plus grand qu’un confetti, est disposé à se dévoiler discrètement et silencieusement en une semaine.
Agaléga n’est pas exubérant, n’affiche pas sa culture et son histoire. Pour connaître et comprendre son passé, sa cuisine et ses coutumes, le visiteur doit se frayer une place chez l’habitant. Les trois cents âmes d’Agaléga se contentent de peu. D’une école primaire, d’un collège, d’un hôpital, de services essentiels, d’une boutique, d’une boulangerie, d’un bureau administratif, d’un van qui assure le transport (gratuit) des Agaléens… 
Activités et quiétude
Les tracteurs qui font le va-et-vient entre le village Vingt-Cinq et La Fourche ne sont jamais vides. Mobiliers et autres produits achetés à Maurice embelliront la cinquantaine de maisons dans l’île du Nord. La quasi-totalité des hommes, levés en même temps que le soleil, est alors réquisitionnée pour le débarquement et le stockage des marchandises. Les femmes, celles qui travaillent, poursuivent normalement leurs activités dans les plantations, à l’administration, et éplucheront et trieront davantage de noix de coco destinées au marché mauricien.
Pendant ce temps, des fonctionnaires dépêchés dans l’île feront le suivi des projets en voie d’être lancés ou établis dans différents secteurs : agriculture, communication, aviation, santé… En novembre dernier, des enseignants du primaire et du secondaire, ainsi que des infirmiers, ont pris la relève de leurs collègues, qui rentraient à Maurice après un an dans l’île.
Lorsque le Mauritius Pride tournera le dos à La Fourche, l’île se retranchera à nouveau dans sa quiétude.
—————————————————————————————————————————————————Comment visiter Agaléga
Pour visiter Agaléga, il est préférable de se faire héberger par un hôte ou des proches. Car cela détermine le coût du voyage. En effet, le tarif oscillera entre Rs 4,000 et Rs 7,500 (si vous n’êtes pas accueilli par des connaissances).
Agaléga ne dispose d’aucune facilité pour l’accueil des visiteurs, qui peuvent aussi, s’ils ont de la chance, être hébergés dans la maison d’hôtes de l’administration. Il faudra alors prévoir un coût supplémentaire pour l’hébergement et le repas. Les visiteurs ne trouveront pas de restaurants, pas de boutiques d’artisanat, et ne rentreront pas à Maurice avec des souvenirs autres que du poisson frais ou salés et des noix de coco.
Pour aller à Agaléga, les visiteurs n’ont d’autre choix que la voie maritime, desservie par le Mauritius Pride. En novembre dernier, le bateau offrait des conditions de voyage déplorables aux passagers de la classe loisirs. Le voyage en mer dure deux nuits à l’aller et il faut compter la même durée pour le retour. La piste d’atterrissage n’étant pas encore prête, seul le Dornier se rend à Agaléga pour des raisons spécifiques, et non pour le transport des touristes. D’ailleurs, l’île n’est pas une destination touristique. Le Mauritius Pride s’y rend deux fois par an : généralement, en février et en novembre. L’archipel étant géré par l’Outer Islands Development Corporation, les réservations et le paiement des billets doivent être effectués au bureau qui se trouve à Port-Louis.