Le discours-budget 2017-18 prononcé par le ministre des Finances, Pravind Jugnauth, vient confirmer le développement prochain d’Agaléga qui fait partie d’une enveloppe d’aide financière conséquente accordée par l’Inde au gouvernement mauricien. L’aide indienne représente un montant total de Rs 35,2 milliards. Le discours-budget décrit la situation inacceptable qui perdure à Agaléga en ces termes: « Agalega has been experiencing major deficiencies in terms of sea and air infrastructure which have caused enormous inconveniences to the inhabitants and have also blocked its development potential. » Le budget annonce deux principales mesures, à savoir, « a new runway as well as a jetty will be constructed » (para.331) et « some 10 Megabits per second satellite bandwidth capacity will be made available shortly in Agalega » (para.332). Ces mesures sont les fruits des revendications des habitants depuis belle lurette. Elles ont pris tellement d’années pour se concrétiser qu’elles nous sont présentées par le gouvernement en poste dans ce énième discours-budget comme « a historic decision to come up with a major development programme for this island ». Disons tant mieux. Mieux vaut tard que jamais. C’est évident que ces deux mesures en elles-mêmes ne peuvent constituer « a major development programme for this island ». C’est pourquoi il faut prendre les réactions actuelles suscitées jusqu’ici par l’acceptation de l’offre d’aide de l’Inde par le gouvernement mauricien et les placer dans un cadre beaucoup plus large. La question centrale est : quel développement pour Agaléga ? What to develop ? Who develops ? How to develop ?  
Agalega Special Report (2012)
L’histoire d’Agaléga est une histoire qui se lit et se raconte selon le nom du Village 25, qui doit son appellation au nombre de coups de fouet que recevaient les esclaves. Aussi, le métier de commandeur existait toujours jusqu’au vingtième siècle. Aussi, on a toujours la Grande Case qui est le centre administratif de l’OIDC. C’est dire que c’est une île qui a une histoire riche pour la République de Maurice. Le rapport de la Commission Justice et Vérité (2009) décrit la singularité de l’île. D’abord ce qui la distingue de Maurice : « Agalega is different to Mauritius in many respects. The environment and living conditions are specific. Money does not make a man happy. There is a feeling of unsatisfaction among the small population of 300 inhabitants. Nevertheless, they are passionate about their islands and leaving it is not easy. » (p.341). Puis, il y a la présence de l’Église catholique : « Following the wreckage of SS. Wajao in 1933, Port Sainte Rita, in the South, was transferred to the North during the same year. This port was blessed by Mgr. James Leen in 1936, and is named Port St. James. » Grâce à mon lien de sang avec l’île, j’eus l’occasion, en 2012, de m’y rendre avec le Frère Franciscain Gianni pour le Diocèse de Port-Louis. J’y étais pour organiser un Youth Forum. L’objectif : motiver les jeunes à prendre en main leur destinée. C’est lors de mon passage sur l’île et à mon retour sur le Mauritius Pride que j’écris un rapport (Agalega Special Report – The Green Jewel in the Maritime Republic of Mauritius), dénonçant les abus des officiers mauriciens en poste et en visite sur l’île. Le danger pour tout dirigeant politique et surtout quand il est au pouvoir, c’est d’attraper le virus PP (“pense-petit”). Ainsi, prenant le rapport comme un blâme au lieu d’une dénonciation pour agir, un ancien puissant du jour me qualifie, lors de sa visite officielle dans l’île, de « ninport ki maron dan legliz ekrir rapor ». Ironie de la situation, le contenu du rapport fut repris lors d’une des séances de l’Assemblée nationale à l’époque et il est régulièrement téléchargé depuis sur Internet par des universitaires et autres. Le Haut-Commissariat de l’Inde m’en avait aussi fait la demande pour une copie. Ce qui m’a permis de tisser mes toutes premières relations avec  les officiers de l’Ambassade. Finalement, c’est dire que tout projet de développement passe la rampe si la culture y est prise en compte. C’est la gageure de la future relation Inde-Agaléga.
La culture compte
Qui est Vijayendra Rao ? Vijayendra Rao est “Lead Economist in the Development Research Group of the World Bank”. Il a publié abondamment sur les sujets suivants : « Dowries and domestic violence in India, the economics of celebrations, sex work in Calcutta, participatory development, village democracy and deliberation, and inter-disciplinary approaches to public policy. » Les publications qui doivent retenir notre attention: Culture and Public Action, and History, Historians and Development Policy (2004), World Development Report on Equity and Development (2006). Plus récemment, il a été co-auteur avec Ghazala Mansuri du World Bank’s Policy Research Report: Localizing Development: Does Participation Work? Pour Rao, la culture est au centre des relations, d’equality of agency et du développement. Dans cette perspective, le développement durable doit être à la fois inclusif et respectueux de l’environnement pour faire reculer la pauvreté, promouvoir une prospérité partagée et répondre aux besoins des générations futures. Aujourd’hui, pour les pays, il ne s’agit pas de savoir si le développement doit être durable, mais comment faire pour qu’il soit durable. Le développement conduit par les communautés consiste à donner à celles-ci le pouvoir de contrôler les décisions et les ressources relatives à leur développement. Cette approche fait partie des principaux outils stratégiques déployés depuis dix ans dans leurs programmes par la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) et l’Association internationale de développement (IDA). Pour cela, donnera-t-on le pouvoir nécessaire à l’Agalega Island Council ? Quel sera le rôle de l’Outer Islands Development Company Ltd ? A-t-elle toujours sa raison d’être ? Quelle place donnera-t-on aux natifs d’Agaléga comme cadres dans l’administration de l’île ? Enlèvera-t-on le glass ceiling ? Quelle place fera-t-on à la culture et l’histoire d’Agaléga ? Et l’éducation sur l’île, qui se penche réellement dessus ?