Les habitants d’Agalega, d’habitude de nature très calme, montrent depuis le début de l’année des signes de nervosité. Ils se préparent à manifester lundi devant la “Grande Case” (l’administration de l’île) contre ce qu’ils qualifient d’« indifférence » des autorités à leurs problèmes quotidiens depuis le passage du cyclone Dumile. Il n’y a qu’un seul générateur en service depuis 18 jours, perturbant ainsi la fourniture d’électricité aux maisons. La population est aussi privée depuis plusieurs jours d’émissions de télévision et radio de la MBC, les seules qu’elle arrive à capter gratuitement à moins de disposer de chaînes satellitaires payantes. Elle fera aussi entendre sa voix lundi sur d’autres revendications.
« Ne pli kapav rest trankil ! Ena tro boukou problem. Ena inpe tansion. Nou finn al get Resident Manager zedi pou dir li ki bann Agaleen pe manifester lundi », a confirmé hier au Mauricien Arnaud Poulay qui fait partie du groupe qui a initié ce mouvement de mobilisation.
L’Outer Islands Development Corporation (OIDC) a été avertie durant la journée d’hier par le Residential Manager Tristan Carver de ce mouvement de protestation. Ses responsables n’y accordent cependant pas grande importance. « Pa pou ena nanyen », assurent certains d’entre eux au Mauricien.
En revanche, Laval Soopramanien, président de l’association Les Amis d’Agalega et membre du Islands Council, suit avec attention les démarches des habitants de l’île. « Je suis au courant de la colère de la population. Se zot ki pe viv sa bann problem-la ek mo pa kapav anpes zot exprim zot. Lotirite santral bizin pran desizion ki bizin », réagit-il.
Arnaud Poulay et le petit groupe d’organisateurs comptent sillonner les trois villages de l’île – La Fourche et Village 25 dans le Nord ainsi que Village Sainte Rita dans le Sud – durant le week-end pour mobiliser l’ensemble de la population à la manifestation de lundi qui se tiendra devant le quartier général de l’administration de l’île et qui est connu sous le nom “Grande Case”.
Le cyclone Dumile qui est passé très près d’Agalega a fait quelques dégâts à l’environnement et a laissé quelques traces qui perturbent la vie quotidienne des habitants même si dans l’ensemble, l’île a été épargnée. Les habitants sont déçus que l’OIDC n’ait pas jugé utile d’envoyer une délégation comprenant des techniciens de plusieurs domaines, dont la santé, l’environnement et les infrastructures publiques, pour faire un constat de la situation après le cyclone. « Nou dan enn lanvironman natirel kot ena boukou zarb. Nou finn gagyn bokou lapli ek ena bokou moustik. Sa kapav provok maladi si pa pran prekausion ki bisin. Si bann ofisier lasante ti vini zot ti kapav dir popilasion ki bizin fer pou evit bann maladi », laisse entendre Arnaud Poulay.
L’autre motif de mécontentement à Agalega est la coupure d’électricité de 6 h à 18 h à cause d’une panne survenue à l’un des deux générateurs qui alimentent les deux îles. Depuis le 1er janvier, un seul générateur est en service. En attendant la réparation, l’administration fournit de l’électricité aux familles que pendant 12 heures. Des habitants affirment que cette situation leur cause beaucoup d’inconvénients, notamment pour ce qui est de la conservation de la nourriture. « Manze gate ek nou bisin zete », relatent-ils.
Une autre panne prolongée ajoute à la colère les habitants, soit celle concernant l’antenne principale de la MBC située au Village 25, les privant ainsi des émissions de radio et de télévision de la station nationale. « Nou pa gagyn oken informasion ek nou pa kone ki pe pase dan Moris ek dan lezot pei, nou koupe konpletman avek lemond. Ou kroir ki tou dimoun ena kas pou met parabol », s’indigne une mère de famille. L’OIDC a déjà informé la MBC de cette panne et un technicien de la MBC doit impérativement faire le déplacement pour régler ce problème technique qui s’avère assez sérieux.
Les habitants à Agalega manifesteront aussi lundi contre un service de santé « inadéquat » et qui oblige les Agaléens à faire le déplacement jusqu’à Maurice pour tout type de soin même pour des problèmes bénins et qui auraient pu être traités sur place. En revanche, ils reconnaissent qu’un déplacement est nécessaire en cas de problème grave.
Les hésitations des autorités pour la construction d’une piste d’atterisage, selon Arnaud Poulay, sont aussi une autre source de mécontentement dans l’île. « Sa osi nou pou dir lindi », indique-t-il. Selon lui, si les Agaléens ont accepté aujourd’hui de prendre les devants pour réclamer des changements, c’est parce qu’ils se sentent encouragés, dit-il, par le témoignage de solidarité des amis à Maurice.