L’éducation secondaire à Agaléga ne s’arrête plus à la Form III depuis début 2016. Louable initiative des autorités dans le cadre de la réforme de l’Éducation de permettre aux jeunes Agaléens de poursuivre leurs études jusqu’à la Form V dans leur environnement familial et culturel. Mais l’enseignement à MEDCO Agaléga, opérationnel depuis 2008, ne se déroule pas dans des conditions propices. « Une situation chaotique et triste. Il y a beaucoup de choses qui nous ont révoltés », disent des représentants d’organismes publics et privés, qui étaient en mission dans l’archipel début juin. Nos interlocuteurs font état de plusieurs manquements par rapport à la gestion de l’établissement ainsi que des doléances des parents. D’où la décision des inspecteurs de la Private Secondary Schools Authority (PSSA) d’organiser des rencontres de Stakeholders du secondaire dans l’île du Nord et celle du Sud.
Une cinquantaine d’officiers d’organisations publiques et privés étaient à Agaléga du 30 mai au 8 juin. Outre plusieurs ministères étaient également présents les représentants de l’Outer Islands Development Corporation (OIDC), de l’Islands Council, de la PSSA, de MEDCO, de la NTA, de la police, du diocèse de Port-Louis et du CEB. Leurs missions ont relevé chacun de leur domaine respectif.
Un état des lieux de l’éducation secondaire dans l’archipel est paru nécessaire pour les autorités concernées, d’une part en raison de l’extension des études jusqu’à la Form V et, d’autre part, du fait des doléances répétées des habitants. MEDCO Agaléga se trouve dans le village 25, sur l’île du Nord, et valeur du jour, il n’y a que 27 élèves dans cette école, soit 15 dans le mainstream (de Form I à Form IV) et 12 en filière “Prevocational”. Aux dires de quelques employés de l’OIDC en poste dans l’archipel, contrairement à il y a une dizaine d’années, les parents, pour la plupart, sont de plus en plus intéressés par l’éducation de leurs enfants. « Ils sont soulagés que leurs enfants puissent continuer l’école à Agaléga après la Form III. Nepli bizin al rod enn plas dan Moris pou zot reste », transmettent ces employés de l’OIDC.
Le nombre limité d’élèves aurait dû donner lieu à plus de solidarité dans l’enseignement et dans l’apprentissage, d’autant que cette éducation secondaire dans l’archipel est dispensée avec des moyens limités, comparativement aux facilités au sein des écoles à Maurice et à Rodrigues. Mais c’est loin d’être le cas, aux dires des professionnels de plusieurs secteurs, qui étaient de passage dans l’île ces derniers jours. Selon eux, les parents seraient découragés et démotivés par « l’attitude peu avenante » de certains membres du personnel de l’école. Le responsable de l’établissement, disent-ils, n’a pas réussi son adaptation et, de ce fait, n’arrive pas à « communiquer correctement » avec les habitants.
« Zot bien dekouraze avek manier sa bann dimounn ki dan lekol », témoigne un des visiteurs. Un père de famille, qui se trouve à Maurice pour des démarches, lâche sur un ton amer : « Nou finn fatige dir bann otorite bann kitsoz ki pa korek dan sa kolez-la, me personn pa pran nou kont ! Se ki pase dan sa kolez-la demotivan pou bann abitant. » Soulignons que la dernière visite des inspecteurs de la PSSA dans ce collège d’Agaléga remonte à 2013. Entre-temps, la situation se serait détériorée à différents niveaux de la vie scolaire.
« Il y a de gros problèmes d’ordre relationnel dans ce collège », affirment plusieurs personnes, qui étaient dans l’archipel récemment. « On ne peut tolérer des attitudes qui ne correspondent pas à la vocation de l’école », ajoute un autre interlocuteur. Les relations sont tendues au sein même du personnel et entre les responsables du collège, les élèves et, par extension, leurs parents. Ces problèmes relationnels aboutissent, dit-on, à une mauvaise ambiance au sein de l’école. Et cette situation ferait partie des facteurs causant l’absence chronique des élèves. « Pena zis move letan ki fer zanfan pa al lekol. Bann zelev santi zot delese e zot pena okenn motivasion pou vinn lekol », rapporte un travailleur social.
Un professionnel de l’éducation dit pour sa part qu’« il y a beaucoup d’autres problèmes et c’est triste pour la communauté agaléenne, qui mise sur l’éducation ». Selon nos informations, ceux présents ont constaté un manque de rigueur par rapport à la gestion de base d’un établissement scolaire. À titre d’exemple, en l’absence d’un registre dans les normes, des feuilles volantes sont utilisées pour enregistrer la présence des élèves. Le plus grave est que les données de présence étaient incomplètes, « certaines feuilles volantes étant manquantes ». Mais il existe depuis quelques jours un livre de présence en bonne et due forme.
Autre fait qui a provoqué l’indignation de certains responsables de l’éducation sur place : l’absence d’une bibliothèque, alors que la PSSA accorde un « library grant » à l’établissement. L’espace qui avait été prévu initialement pour cette bibliothèque a été réquisitionné ces dernières années pour en faire un bureau administratif. Sur le champ, le nécessaire a été vite fait sur directive des autorités, et les élèves ont depuis quelques jours une salle de lecture à leur disposition.
Les autres observations de ceux qui ont visité le collège récemment : le manque d’espace, le mauvais état du bâtiment à plusieurs endroits, l’absence d’internet, le nombre insuffisant d’ordinateurs, l’indiscipline, le taux élevé d’absentéisme des élèves, l’absence de certaines facilités pour l’hébergement du personnel… On fait état également d’un manque d’équipements essentiels dans le contexte des travaux pratiques pour le volet du Food & Nutrition, qui figure dans la matière Home Economics (Form I à III). Des fourchettes et des couteaux ont disparu…
Les récents visiteurs sont catégoriques : les problèmes à MEDCO Agaléga découlent d’un manque de « contrôle systématique » de la PSSA. « Il faut une évaluation régulière de l’établissement, comme cela se fait pour les collèges privés à Maurice et à Rodrigues. Il faut au moins une inspection annuelle », insistent plusieurs interlocuteurs.
Par ailleurs, les réunions organisées par des officiers de la PSSA durant leur récente visite ont permis aux parents et au personnel de confier chacun leurs griefs. « Les habitants ont fait part de leurs souffrances », raconte un participant.
Soulignons que le manager de MEDCO Agaléga, Rana Swamber, faisait partie de la délégation de l’éducation qui était en mission dans l’archipel. Le Mauricien l’a sollicité hier pour une réaction par rapport aux manquements relevés dans la gestion de l’établissement ainsi que sur d’autres problèmes qui ont donné lieu à des discussions entre les Stakeholders dans l’archipel. Rana Swamber nous a répondu : « Je dois d’abord soumettre mon rapport au board avant de faire une déclaration à la presse. Je ne peux vous parler sans l’autorisation du board. »