RAFAL (Royals & Friends Action Line)

Le magazine Géo de novembre 2018 (No 477) fait la part belle à Maurice sur une trentaine de pages (p.78-112), avec de superbes photos agrémentant les textes, et en couverture cette montagne emblématique qu’est Le Morne. Mais ce qui nous a surtout chatouillé les méninges, c’est la partie consacrée à Agalega.

D’après le reportage de Géo, sous la plume d’Olivier Piot, Agalega est « au cœur de la lutte d’influence à laquelle se livrent l’Inde et la Chine dans l’océan Indien ». Une belle photo, sur deux pages, de ce petit territoire mauricien (27 kilomètres carrés, 300 habitants) est accompagnée de ce texte: « Les deux îlots […] sont dépourvus des infrastructures et services publics les plus essentiels. L’Inde s’est proposé d’investir dans un aéroport et un port dignes de ce nom. Mais pas sans contrepartie. »

Ces derniers mots, si lourds de sens, doivent donner à réfléchir à tout Mauricien qui a un peu de fibre patriotique dans le sang. D’après les reporters de Géo, Agalega « se retrouve au cœur de la grande partie d’échecs disputée dans cette région depuis le début des années 2000 ». Une carte (p. 104) montre clairement la position stratégique de ce “caillou” dans l’océan Indien.

D’un côté, tout notre littoral est en train d’être bétonné et nos plages “publiques” se rétrécissent à vue d’œil. Il y a cette révoltante dégradation de la nature sur la côte de l’île Maurice avec les constructions qui s’activent un peu partout (Bel-Ombre, La Cambuse, Les Salines de Rivière-Noire, Pointe d’Esny, Pomponette, Roches-Noires…) et qui semblent bouffer nos plages – au nom du développement sacro-saint et de la création d’emplois !

D’après ce reportage de Géo, (p. 105), les gouvernements indien et mauricien ont déjà signé des accords: « Officiellement, il s’agit de transformer l’archipel en haut lieu de l’écotourisme…» Par ailleurs, le texte avance : « Mais le gouvernement mauricien est soupçonné d’avoir en réalité secrètement négocié avec l’Inde la construction d’un port militaire sur l’île du nord. »

Faisons ressortir que, quand la vice-Première ministre avait été interrogée au Parlement le 3 avril 2018 concernant une éventuelle base militaire et une piste d’atterrissage à Agalega, elle avait déclaré qu’elle ne pouvait rien dire sur la chose en cours. Ainsi, toutes les questions parlementaires sur l’avancement de ce projet sont restées sans réponse. Pourtant en octobre 2018, le Premier ministre a déclaré au Financial Times que des facilités seront mises à la disposition de l’Inde pour la construction au coût de Rs 3 milliards d’une piste d’atterrissage de 3000 mètres de long et celle d’une jetée afin de permettre aux navires (de guerre ?) d’accoster.  Ce projet, tout comme pour le Metro Express, sera exempt d’un EIA. Ainsi donc, les menaces, qui pèsent sur la flore et la faune indigène de l’archipel, aussi bien que sur les Agaléens eux-mêmes, ne figureront hélas pas dans cette équation géopolitique sournoise et absurde.

Après les Chagossiens qui, il y a une cinquantaine d’années de cela, furent expulsés de leur archipel pour laisser place à une base militaire américaine, sera-t-il maintenant au tour des Agaléens de se voir déporter de leur terre natale ? Les mauvaises langues prétendent que c’est un Diego Garcia à la sauce indienne qu’on serait en train de mijoter à Agalega. Et dire que le gouvernement de Maurice va pleurnicher sur le sort des Chagossiens aux Nations unies et revendique maintenant, devant la Cour internationale de justice à La Haye, sa souveraineté sur les Chagos! Quelle souveraineté ?!