Dans deux jours, une page incontournable de l’histoire de New Mauritius Hotels Ltd (NMH), l’un des plus grands groupes hôteliers de Maurice sera tournée de manière irrémédiable. A 67 ans, Herbert Couacaud, Chief Executive Officer des Beachcomber Hotels et cheville ouvrière du rayonnement de ces établissements sur la carte touristique et hôtelière du monde, prend sa retraite. Tout un chacun, même ses plus coriaces détracteurs, reconnaîtra le parcours d’un homme d’exception, d’un visionnaire, d’un grand capitaine de l’industrie hôtelière et touristique mauricienne, et qui 40 ans durant, aura fait ce qu’est aujourd’hui le succès des hôtels de l’île.
En 1975, Herbert Couaucaud fait ses premières armes dans le secteur touristique et rejoint New Mauritius Hotels Ltd. A l’époque, les Mauriciens connaissent surtout le talent indéniable de ce fils du sol pour l’athlétisme et le tennis. Ses chronos au 400 mètres et ses coups de raquette qui résonnent sur les courts de tennis ont agrémenté à plusieurs reprises les pages sportives des journaux. Mais, très vite, ils découvrent un hôtelier hors pair, un homme animé d’une grande vision, et un chef d’entreprise profondément humain.
Sa longue et riche carrière est ponctuée de mise en place de projets hôteliers, qui ont largement contribué à donner un souffle nouveau à l’industrie touristique nationale et à faire de Maurice une destination incontournable. L’ouverture du Royal Palm en 1985 restera sans aucun doute parmi les réalisations les plus significatives d’Herbert Couacaud.
Premier hôtel 5-étoiles construit par un groupe mauricien, le Royal Palm devient dès son inauguration le porte-drapeau de l’industrie hôtelière en matière de luxe. Ce sera en toute logique que subséquemment, le Royal Palm, lieu de villégiature des plus importantes VVIP du monde lors de leur séjour à Maurice, deviendra le premier établissement du pays à intégrer le club très select  des «Leading Hotels of the World».
En 1990, Herbert Couacaud laissera encore une fois ses empreintes indélébiles avec un autre tournant de l’histoire du tourisme mauricien et celle de NMH. La fermeture du Chaland, le plus ancien hôtel balnéaire de l’île,construit en 1961, et l’ouverture du Shandrani le 20 août 1991 marque la fin d’un cycle et le début d’une nouvelle ère pour l’hôtellerie. Trente ans séparent l’ouverture du Chaland à celle du Shandrani. Avant-gardiste, NMH, sous l’impulsion de son CEO, vient répondre aux attentes nouvelles de la clientèle touristique et de consolider les ambitions de Maurice sur la mappemonde touristique.
Contribution immense
Les années 90 verront l’agrandissement du parc hôtelier de NMH, avec le rachat de l’ex-Pullman, transformé en Le Mauricia, la reprise de l’ex-Mariya, devenant Le Victoria, et l’acquisition de l’hôtel Le Canonnier. En 2001, le Dinarobin, huitième hôtel du groupe ouvre ses portes sur la Péninsule du Morne.
Herbert Couacaud carbure aux défis, disent ses proches collaborateurs. Elu en 2001, «Entrepreneur de l’année», il a toujours plusieurs longueurs d’avance sur les autres. L’ouverture en 2002 de Sainte-Anne Resort & Spa, premier hôtel du groupe hors des côtes mauriciennes et plus récemment, celle du Domaine Royal Palm Marrakech, au Maroc, en décembre 2013, en témoignent. Le groupe New Mauritius Hotels Ltd représente aujourd’hui 10 hôtels et pas moins de 2000 chambres.
«Je salue très haut et très fort sa contribution immense tant pour NMH que pour le tourisme mauricien. Pendant quarante ans il a conçu et construit l’édifice qu’est NMH aujourd’hui, avec ses joyaux «, déclarait Hector Espitalier-Noël, chairman de NMH, en mars dernier à l’annonce du départ à la retraite du CEO du groupe.
Fervent partisan du tourisme durable, Herbert Couacaud croit fermement que le développement touristique doit s’appuyer sur cette démarche. «Il s’agit de l’héritage qu’on laissera aux générations futures, à nos enfants et petits-enfants», ne cessera-t-il de répéter à chaque fois qu’il en a eu l’occasion. Au sein du groupe, cette philosophie a fait de Beachcomber un véritable catalyseur de développement durable.
Le No 1 de Beachcomber est aussi connu pour l’importance attachée aux clients. C’est d’ailleurs, là, un des principaux socles du succès de NMH. Comme il aime le dire : «Celui qui soigne son client gagnera de l’argent, mais celui qui ne pense qu’à faire de l’argent n’aura pas de clients.» Cette devise fait que dans les hôtels Beachcomber, chaque détail est passé en revue pour surpasser les attentes des vacanciers. Des investissements majeurs sont réalisés de manière continue dans des travaux de rénovation, démolition-reconstruction La reconstruction de l’hôtel Trou-aux-Biches en 2010, la rénovation majeure du Royal Palm l’an dernier, ou encore celle en cours actuellement au Paradis en sont des exemples probants.
Le CEO de NMH est également un chef d’entreprise profondément humain, qui sait favoriser l’épanouissement personnel et professionnel de son équipe.
«Il n’y a de richesses que d’hommes»
Malenn Oodiah, directeur de communication des Beachcomber Hotels, et qui est un de ses proches collaborateurs depuis 1990, rappelle que, «Herbert Couacaud a l’art de laisser exprimer ses collaborateurs. Il a su développer chez tous et imprégner à tous une culture Beachcomber faite de simplicité et de fortes valeurs humaines».
Le bien-être du personnel du groupe a été toujours au centre de ses préoccupations, car dans l’Hospitality Business, le sourire de l’employé doit être sans fard et toujours rayonnant. En 1997, le groupe sous la houlette de son Chief Executive Officer, introduit le système de participation aux profits, qui permet aux employés de bénéficier de la croissance et des profits de la compagnie. Cette initiative part d’une idée chère à l’hôtelier : «Il n’y a de richesses que d’hommes». En décembre 2007, les employés des hôtels du groupe ont obtenu dans le cadre du Profit Sharing Scheme, un boni de productivité record, équivalent à 3,2 mois de leur salaire de base mensuel, en plus du treizième mois prescrit par l’Etat. Ces dernières années, en dépit de l’environnement difficile de l’industrie, le personnel a reçu un boni d’au moins un mois de leur salaire de base.
Le social ne l’a pas laissé de marbre, car le tourisme ne peut être conçu comme un îlot de luxure dans un océan de pauvreté. Herbert Couaucaud, c’est aussi l’homme derrière la création en avril 1999 de la Fondation Espoir Développement. NMH devenait ainsi le premier groupe à Maurice à mettre en place une structure pour assumer et assurer sa responsabilité sociale. Capitaine émérite de l’industrie touristique, l’hôtelier croit également dans la responsabilité de l’entreprise à contribuer à la lutte contre la pauvreté.
Pour le CEO de NMH en partance, le CSR ne se résume pas à débourser un pourcentage de ses profits. «Le commitment dans la CSR ne peut se résumer à un chiffre, car nous parlons d’espoir, d’espérance, d’empowerment, de solidarité, de dignité humaine», dit-il dans un entretien accordé au Mauricien en 2009.
Le 30 juin, Herbert Couacaud tirera sa révérence des Beachcomber Hotels, et à ses quelque 4000 employés. Il pourra davantage se consacrer à son épouse, ses quatre enfants et son petit-fils. Mais, comme il l’a promis, l’hôtelier restera proche de Beachcomber. Il agira en tant que consultant auprès de la compagnie jusqu’au 31 décembre prochain et demeura aussi membre du conseil d’administration.