Par deux fois, en 1996 et en 2013, les services d’Entomologie du ministère de l’Agriculture ont éradiqué l’Oriental Fruit Fly, qui cause des dégâts énormes à nos fruits. Cette mouche est de retour depuis quelques semaines déjà, et s’attaque aux vergers et aux arrière-cours dans l’ouest et l’est du pays. Krish Permalloo, du Service d’Entomologie, appelle les Mauriciens à ramasser les fruits qui tombent par terre, à les mettre dans un sac en plastique et à les jeter convenablement. De cette façon, estime-t-il, « le nombre de mouches va diminuer d’au moins 50 % ».
L’Oriental Fruit Fly, qui est venue s’ajouter aux huit autres mouches des fruits présentes à Maurice depuis quelque temps déjà, est concentrée actuellement dans l’Ouest, « où elle est sous contrôle », selon le Service d’Entomologie, et dans l’Est, à Quatre-Cocos, Camp-Ythier, Mare-La-Chaux, Isidore-Rose, Queen-Victoria et Bramshtan. « Il faut une bonne hygiène pour pouvoir contrôler ces mouches. Nos hommes sont sur le terrain et ramassent les fruits qui tombent par terre. Nous n’avons pas le choix, nous devons entrer dans les arrière-cours. Nous sensibilisons également la population mais malheureusement, nous ne trouvons que les aînés à la maison lors de nos visites. Ils ne peuvent ramasser les fruits. Les jeunes travaillent et n’ont pas le temps, ils rentrent tard à la maison », déclare M. Permalloo. La population, insiste-t-il, ne fait pas assez d’efforts pour ramasser les fruits qui tombent et pourrissent sur le sol. Ce service ramasse aussi des échantillons des fruits qu’il emmène au laboratoire pour vérifier si la mouche est entrée à l’intérieur. Outre l’hygiène, le Service d’Entomologie utilise aussi des appâts, dont la « male annihilation technique » pour attirer les mâles et les tuer.
Comment cette mouche est-elle entrée dans le pays ? Une hypothèse est qu’elle est arrivée dans les bagages de voyageurs, tant Mauriciens qu’étrangers et qui font fi des règlements à ce sujet. « Il se peut que des passagers aient introduit des mangues infectées à Maurice. Le monde est devenu un village global, les Mauriciens voyagent partout dans le monde, et ils rentrent avec des fruits », déclare M. Permalloo. Le scientifique explique que lorsqu’on amène un fruit de l’étranger, « on ne voit pas l’oeuf qui se cache sous la peau ». « En voyant que le fruit est en train de pourrir après quelques jours, on le jette dans la poubelle ou dans la cour. C’est ça qui fait proliférer la mouche des fruits », indique notre interlocuteur, en rappelant qu’une femelle de cette mouche pond environ 1 500 oeufs, dont environ la moitié sont des femelles qui vont pondre, à leur tour, 1 500 autres oeufs. « Faites le calcul. Ensuite, la mouche grandit normalement de l’oeuf à l’adulte en 30 à 32 jours mais avec la chaleur qui sévit dans le pays, elle ne prend qu’entre 20 à 22 jours pour devenir adulte », dit-il. M. Permalloo estime aussi que l’entrée de ces mouches dans des fruits tels que la mangue, dont la peau est dure, est facilitée par la chauve-souris qui leur ouvre la voie en s’attaquant en premier aux fruits. La tâche des mouches de pondre leurs oeufs dans les fruits abîmés devient alors plus facile, dit-il.
Krish Permalloo déplore que, malheureusement, l’Oriental Fruit Fly soit déjà entrée dans la mangue. « Notre plus grand souci maintenant est que si elle entre dans le badamier, qui est un wild host, ce sera fini pour ce fruit. Cette mouche-là s’attaque à tous, légumes et fruits. Elle peut aussi s’attaquer au letchi, au poivron, à la banane et même à l’ananas. Elle peut entrer dans n’importe quel fruit », fait-il ressortir, avant de souligner le danger pour l’exportation de fruits également. « Il nous faut prendre des précautions car les Européens peuvent cesser d’importer nos fruits. Comme ça a été le cas pour la mangue indienne, il y a quelques années », rappelle-t-il. Maurice, dit-il, a perdu sa « pêche locale », sa « bibasse », ainsi quelques autres fruits à cause de ces mouches, dont huit variétés existent à Maurice — quatre qui s’attaquent aux fruits et les quatre autres aux légumes. Krish Permalloo est d’avis que « si les Mauriciens veulent qu’on élimine les mouches, ils doivent tous participer à cette lutte ». Au cas contraire, il serait presque impossible de lutter contre elles.