Les appels de détresse fusent de toutes les régions de Maurice — de Salazie à Montagne-Longue, de l’Avenir à St-Pierre, du sud à l’ouest de l’île. Pour cause : les mouches à fruits attaquent et détruisent les récoltes. Elles étaient, jusqu’à tout récemment, huit espèces de bactrosera dorsalis à vivre dans la nature. Mais voilà que les autorités confirment l’existence d’une neuvième espèce, qui dévore tant les fruits que les légumes. Au grand dam des agriculteurs.
En octobre 2015, le Service d’Entomologie a découvert pour la troisième fois, après 1996 et 2013, une nouvelle espèce de mouche à fruits à Beau-Bassin et ensuite à Flacq. « Nous avons immédiatement appliqué notre programme de lutte intégrée pour essayer de l’empêcher de se propager et de l’éradiquer », relate Preaduth Sookur, du Service d’Entomologie. Les “sprayermen” avaient alors été dépêchés pour appliquer des insecticides, installer des pièges et placer des blocs de bois trempés dans du pesticide. Il y avait en sus un programme d’assainissement, qui consiste à ramasser les fruits abîmés et tombés par terre, avant de les détruire. « Nous avions pu éradiquer cette espèce les deux premières fois au même endroit. Mais elle est récemment revenue », ajoute Preaduth Sookur.
Une neuvième espèce a en effet fait son apparition et s’est répandue dans plusieurs régions de l’île. Pour lutter contre ces neuf types de bactrosera dorsalis qui vivent dans l’île depuis un certain nombre d’années, 125 personnes sont présentes sur le terrain au quotidien. Cinq véhicules sont mis à contribution et environ 250 à 300 litres d’insecticides sont utilisés tous les jours dans cette lutte. « Il nous faut protéger notre goyave de Chine, car l’insecte s’est déjà répandu jusqu’à Rivière-Noire. Nous le savons grâce à nos 1 200 pièges installés à travers l’île », indique Preaduth Sookur. Le Service consacre actuellement tous ses efforts sur cette neuvième espèce de mouche à fruits, car « elle paraît être la plus dangereuse du fait qu’elle peut s’attaquer à la goyave et à l’avocat ».
Éviter de transporter des fruits d’une région à l’autre
Puisque ce nouvel insecte se trouvait uniquement à Beau-Bassin, les officiers du Service d’Entomologie ont cherché la collaboration des marchands de fruits. Ils leur avaient conseillé de ne pas transporter d’une région à l’autre les fruits achetés des vergers avoisinants. « Nous les avions conseillé de les vendre sur place ou de les transformer avant de les receler aux consommateurs », relate Preaduth Sookur. Ces directives n’ont cependant pas été suivies, ce qui fait qu’actuellement, les trois-quarts de l’île sont infestés par les mouches à fruits. D’où l’alerte lancée par les agriculteurs de toutes les régions.
Cette fois-ci, le Service d’Entomologie sollicite la collaboration du public dans ce combat (voir hors-texte). En sus de la lutte intégrée, le Service d’Entomologie a lancé un nouveau plan d’action. Celui-ci consiste à élever cet insecte en laboratoire, l’irradier pour le rendre stérile et le relâcher par la suite dans la nature. Le programme prévoit donc l’élevage de 20 millions d’insectes stériles par semaine, destinés à être libérés. « Ces bestioles ne vivent qu’entre sept à dix jours, le temps de s’accoupler avec une femelle et de rendre ses oeufs infertiles. La femelle ne pourra jamais pondre des oeufs fertiles et cette population ne se renouvellera pas », estime Preaduth Sookur. La mise en oeuvre de ce programme est annoncée pour juin.
Effort commun requis
Si les Mauriciens veulent récolter des fruits locaux de bonne qualité pour la consommation, le Service d’Entomologie estime qu’il faut qu’un effort commun soit consenti en vue de les préserver. L’une des meilleures techniques de protection est celle du “bagging” (voir hors-texte).
En outre des moyens de lutte, Preaduth Sookur recommande une grande collaboration entre les planteurs de toutes les régions. « Il faut qu’ils s’organisent en groupe et traitent la région dans un ensemble afin de pouvoir réduire le nombre de ces insectes en l’espace de trois semaines. Si un planteur abandonne son champ, l’insecte migrera chez le voisin. Les insectes stériles ne résoudront pas le problème si les planteurs ne collaborent pas. La solution se trouve entre leurs mains », fait-il ressortir.
Du côté du FAREI, l’entomologiste Lalini Unmole a essayé un nouveau piège qui serait dix fois plus efficace que l’ancien. « Nous utilisons une nouvelle substance qui attire tant les mâles que les femelles et les tue. Nous allons faire des démonstrations bientôt auprès des planteurs », annonce-t-elle. L’entomologiste insiste malgré tout sur l’assainissement, qui est « primordial », car, « si nous laissons les fruits abîmés sur le sol, l’insecte sort du fruit et entre dans le sol pour émerger une semaine plus tard. C’est un nouveau foyer qui commence ».
Un planteur de Montagne-Longue paraît, lui, ne plus savoir vers qui se tourner. « Ena boukou, boukou, boukou mem dan mo karo ek pa kone kouma pou fini zot. Mo pe nek ponp pestisid dan mo karo », lance-t-il. Cet agriculteur estime à environ 30 % les pertes encourues jusqu’à l’heure à cause de ces insectes, qui sont entrés à Maurice, semble-t-il, pour y rester.