Aloe vera, ayapana, noni, thym, menthe… À Chemin Grenier, une vingtaine de femmes transforment chaque jour une grande variété de plantes en tisanes. La vente de « Secrets de Grand-mère », tisanes conditionnées en sachets, se révèle être une activité rentable: elles sont commercialisées dans des supermarchés, des foires nationales et internationales à un public de plus en plus friand de produits naturels. Ce projet a été créé en 2006 par l’association APEDED pour développer l’entrepreneuriat féminin et promouvoir l’autonomie financière de ces femmes en situation de chômage.
Les recettes de tisanes de grand-mère sont issues d’une longue tradition. À Maurice, les végétaux offrent un potentiel inépuisable d’actifs naturels capables de soulager nos troubles fonctionnels, de rééquilibrer nos systèmes organiques, de nous défendre contre les agressions, de restaurer notre énergie vitale.
Nous connaissons tous les bienfaits du thym pour la toux ou encore ceux de l’ayapana pour les problèmes digestifs. D’autres recettes nous ont été transmises par nos aînés pour stabiliser le diabète, soigner les maux de tête. Il existe aussi des remèdes naturels pour traiter les infections des yeux, la goutte ou les infections urinaires. Feuilles, écorces, racines des plantes constituent la substance pour la préparation d’une tisane.
Chaque jour, à l’étage de l’école pré-primaire Minikeums à Chemin Grenier, une vingtaine de femmes concoctent des recettes de grand-mère avec des plantes qu’elles cultivent dans une serre où grandissent bigarade, ayapana, romarin et les mettent en sachet pour les proposer à la vente.
Cette serre a été construite et mise à leur disposition en 2007 par l’Association pour l’Education des Enfants Défavorisés (APEDED). Cette ONG qui, dans le même local, offre gratuitement les classes de maternelles aux enfants de milieu défavorisé a aussi voulu venir en aide à ces mères qui ont perdu leur emploi à la fermeture de l’usine de la localité. «J’ai voulu aider ces mères qui ont perdu leur emploi à avoir un revenu», nous dit Anuradha Pooran, fondatrice et présidente de l’association. Ainsi, elle les prend sous ses ailes et lance le projet « Green House » de plantes médicinales avec l’aide de l’UNDP GEF Small Grants Programme.
Cela fait maintenant sept ans que ces femmes s’adonnent à cette activité. Une activité qui les occupe tout au long de l’année, de la plantation à la cueillette, en passant par le tri, le lavage/désinfectage, la déshydratation, le mélange et l’emballage. Ces habitantes du sud fabriquent ces mélanges à partir de recettes de tradition ancestrale.
Au moment où beaucoup d’entre nous cherchent à renouer des liens avec la nature, la marque, « Secrets de Grand-mère » propose une gamme d’une vingtaine de tisanes ayant chacune des vertus spécifiques et adapté aux différents maux. Ainsi, on y trouve des tisanes pour la toux, le cholestérol, les maux de tête, le manque de sommeil, l’hypertension, les brûlures d’estomac, le diabète, l’influenza, les problèmes circulatoires, les ballonnements, les douleurs, l’inflammation de gorge, les infections des yeux, la goutte, les infections urinaires. La gamme comprend aussi quatre variétés de thé vert.
On retrouve dans les compositions l’association de plusieurs plantes. Ainsi, l’écorce de « Mouroum » associée à la verveine et la menthe aide à lutter contre le manque de sommeil. Certaines plantes comme l’ortosiphon, la menthe ou le tulsi servent aussi à soulager les ballonnements. L’association thé vert, persil et l’ortosiphon abaisse le taux de graisse dans le sang. Le romarin, le Lilas de perse et le thym améliorent la circulation sanguine. La papaye associée à des graines de café et thé vert agissent comme brûleur de graisse. Anuradha Pooran qui connaît le dosage, étant détentrice d’un diplôme en phytothérapie, prévient: «Il ne suffit pas de mélanger les plantes. L’une des plantes prédomine dans la composition. Il faut savoir laquelle et connaître le dosage», dit-elle.
Aucun traitement chimique ni pesticides
Outre les plantes médicinales et thé herbal qui sont vendus à Rs 50 dans des points de ventes, ces femmes commercialisent aussi les graines et les plants. À part celles qu’elles cultivent à Chemin Grenier, elles s’approvisionnent en matières premières chez d’autres femmes à travers l’île qui cultivent des plantes à domicile et les vendent à l’association. «L’association aide aussi des femmes indirectement à travers le Buy back Leaves System. Une cinquantaine de femmes cultivent des plantes médicinales à travers l’île et nous les achetons avec elles pour la préparation. À travers ce système, celles-ci perçoivent un salaire régulièrement», dit l’entrepreneuse sociale.
Ces plantes sont cultivées selon les méthodes de l’agriculture biologique, c’est-à-dire qu’elles ne subissent aucun traitement chimique ni pesticides. «Cette année, nos produits seront certifiés par l’organisme de contrôle et de certification Ecocert», nous dit-elle.
Après différentes étapes pour leur élaboration, les plantes sont conditionnées en sachets pour une vente dans plusieurs points de vente ou dans les foires. «Généralement, les gens cherchent à soigner les petits maux du quotidien comme les problèmes d’insomnie, de douleurs abdominales, sans avoir recours aux médicaments. Néanmoins, si quelqu’un suit un traitement conventionnel, il ne faut pas qu’il arrête ce traitement. Il peut aussi demander l’avis de son médecin avant l’usage des plantes médicinales», dit-elle.
L’Association pour l’Education des Enfants Défavorisés (APEDED) produit environ 3000 à 4000 tisanes par jour. Une partie est exportée vers divers pays: l’Inde, la Chine, La France, la Guadeloupe, la Réunion.