Pendant des millénaires, l’agriculture était pratiquée sans l’apport des intrants chimiques, ce qui avait alors permis un épanouissement de la biodiversité et une meilleure espérance de vie par rapport à celle d’aujourd’hui. C’est l’avènement de l’agriculture industrielle, particulièrement intensive, avec l’exigence des rendements et des profits qui a suscité la mise à contribution, parfois même de manière abusive, des produits de synthèse avec toutes les conséquences que cela comporte pour l’environnement mais aussi et surtout pour la santé humaine. Et il va sans dire que la monoculture, pratique agricole malheureusement très répandue à Maurice, requiert une utilisation encore plus conséquente des produits phytosanitaires pour améliorer les récoltes. En effet, l’absence de la rotation des cultures, méthode non négligeable de l’agriculture biologique, entraîne inexorablement un appauvrissement des sols en micronutriments et matières organiques et favorise une accumulation des parasites et autres organismes pathogènes qui survivent pendant des années, voire des décennies, sous forme de spores, sclérotes ou hyphe. Et pour combattre les maladies et agents nuisibles qui attaquent les mêmes cultures chaque année et dont la virulence a toujours tendance à croître, de plus en plus de pesticides sont nécessaires avec des concentrations de plus en plus importantes. Des cocktails sont même effectués avec tous les effets possibles et imaginables sur les écosystèmes.
La distribution des composteurs par le ministère de l’Environnement est certes une décision fort louable visant à promouvoir l’utilisation des engrais bios mais il est temps de briser le mur de l’indécision et d’intensifier la campagne en faveur de l’agriculture organique d’autant qu’à Maurice les produits bios qui sont majoritairement importés ne sont pas à la portée de toutes les bourses et représentent un marché très restreint, ne touchant qu’environ 1% de la population. Un grand chantier nous attend donc dans ce secteur mais la volonté de sortir des sentiers battus n’est manifestement guère palpable. Dans beaucoup de cas d’ailleurs, les effets désastreux de la méthode chimique ne font qu’annihiler la bienfaisance de l’utilisation du compost. Dans ce contexte, l’on ne peut que s’interroger sur la pertinence du Smart Agriculture, concept introduit en février dernier, selon toute vraisemblance, uniquement pour suivre la tendance du moment.
Hormis le biocompost et les engrais verts, la rotation des cultures constitue une technique agricole importante pour la restauration de la fertilité et le maintien de la richesse des sols car elle permet justement d’éliminer les risques sanitaires induits par l’abus de tous les produits toxiques utilisés antérieurement. Toutes les informations nécessaires relatives à cette technique doivent être disséminées afin que les alternances culturales soient effectuées de manière convenable pour en tirer le maximum de bénéfices. Le maïs (Zea mays des Poacées), par exemple, provoque un appauvrissement des sols en azote alors que les légumineuses, plus précisément celles de la famille des Fabacées, ont la propriété de fixer l’azote de l’atmosphère par symbiose avec des bactéries Rhizobium sp. dans les nodules racinaires des plantes. En outre, la rotation des cultures contribue à rompre le cycle vital des organismes nuisibles qui sont souvent très spécifiques en ce qu’il s’agit de leur mode d’adaptation. C’est effectivement une telle spécificité qui requiert l’alternance appropriée des familles de cultures telles les céréales,  légumineuses, oléagineux, solanacées, etc. Ainsi, il n’est guère convenable de cultiver en succession la tomate, la pomme de terre ou l’aubergine qui, dans une grande mesure, partagent plusieurs pathologies communes tout comme le chou, chou-fleur ou brocoli car l’alternance entre eux ne fera qu’accentuer les foyers de maladies et parasites. D’autre part, l’influence des pathogènes ayant une large sphère d’action tels Rhizoctonia sp., Sclerotinia sp. ou encore ceux de la famille des Pythiacées, etc ne doit, en aucun cas, être négligée lors de l’établissement d’un programme de rotation.
Finalement, vu que l’utilisation abusive des produits chimiques dans les champs entraîne toujours la contamination des sols sur une longue période, l’agriculture organique nécessite, par conséquent, une succession des cultures sur plusieurs années avant de pouvoir se débarrasser de ces résidus. Comme dans presque toutes les activités de production dans le contexte économique actuel, tout se résume à une question de priorité, de choix. Choix entre les produits sains pour l’environnement mais surtout pour la santé humaine et la rentabilité à tout prix et dans le court terme sans aucun souci quant à la qualité des produits proposés.