Les grosses pluies qui ont arrosé le pays ces deux derniers jours ont affecté les plantations des producteurs de légumes, surtout celle de la pomme d’amour et de la carotte, fait ressortir Éric Mangar, agronome et manager du Mouvement autosuffisance alimentaire (MAA). Il affirme cependant que les petits producteurs qui tiennent le coup se trouveraient dans une meilleure situation. « Les eaux de pluie n’ont pas causé autant de dégâts chez eux. Ils continuent à produire normalement, mais pas en quantité suffisante capable de satisfaire la demande des marchés », dit-il.
Selon Éric Mangar, les inondations ont causé des dégâts considérables dans les grandes plantations. « Le top soil a été complètement lavé, les plantes n’ont pas résisté après deux à trois jours de pluie. Les racines ne peuvent respirer et bon nombre sont morts. Il faudra attendre encore quelques jours pour voir si celles qui sont encore debout vont survivre », déclare-t-il.
Outre le souci de la terre fertile, le manager de la MAA constate qu’on ne peut capter l’eau et la stocker pour une utilisation future. Chez les petits producteurs, la situation est différente. Les plantes n’ont pas été affectées car elles sont cultivées sur de petites parcelles de terre qui sont très bien drainées. Du compost est aussi utilisé afin de renfoncer leur résistance.
« En fait, seuls les petits producteurs ont un contrôle sur leur production », affirme Éric Mangar. Un constat qu’il a fait à Batimarais, Riambel, Bois-Marchand et dans d’autres parties du pays.
Kripalou Sunghoon, secrétaire de la Small Planters Association (SPA), estime qu’entre 30 et 35 % des plantations de pommes d’amour, de carotte, de betterave et de légumes “filantes” ont été affectées par les averses. « Le soleil est de retour depuis ce matin. Nous allons maintenant savoir si les 70 % des plantes qui restent vont résister ou pas aux effets de la pluie, surtout à cause de inondations qui se sont produites dans un grand nombre de champs », déclare-t-il.
Selon Kripalou Sunghoon, les brèdes vont être disponibles sur le marché, mais pas la pomme d’amour, le piment et la calebasse. « Il n’y a pas de stock, sauf peut-être pour la pomme d’amour, mais le prix sera chaud et la qualité mauvaise », estime-t-il avant de conseiller aux consommateurs de ne pas acheter des légumes en grande quantité. « Li pa pou reste, li pou gate vit. »
Dans le Nord, à Plaine-des-Papayes, Shariff Nohur explique que les plantations de pomme d’amour et de concombre dans sa région ont été affectées à 75 %. Environ 50 arpents y sont sous culture. « Je devais récolter mes pommes d’amour dans quelques jours mais les grosses pluies ont tout abîmé », déclare-t-il.
Prembhoodass Ellayah, un planteur qui cultive en ce moment la pomme d’amour, le lalo, la patole et le margoze à Belle-Vue, compte attendre encore quelques jours avant de se prononcer sur la situation agricole après les pluies torrentielles. Mais toujours est-il qu’il faut construire, selon lui, davantage de drains dans les champs car les eaux peuvent difficilement sortir des plantations. « Il est clair que nous allons vers une perte financière car nous n’avons pu récolter tous nos légumes », conclut-il.