« D’ici cinq ans, nous devons pouvoir produire environ 50 % de notre consommation nationale en légumes à partir de source bio. Nous avons pris la bonne direction et je suis confiant que nous allons réussir ». Propos du ministre de l’Agro-industrie et de la Sécurité alimentaire, Mahen Seeruttun, hier à St-Pierre, lors d’un atelier de travail sur l’agriculture bio organisé, à l’intention des planteurs, par Prathista Nutri (Mauri) Ltd, importatrice de fertilisants et autres intrants bio de l’Inde.
« Notre pays est menacé par un grand danger venant des produits chimiques qui détruisent notre environnement et notre santé », affirme Mahen Seeruttun. « C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de promouvoir l’agriculture bio, et les nouvelles méthodes de pratiquer l’agriculture, raisonnée, organique, bio pour essayer de résoudre les problèmes auxquels nous sommes en train de faire face. Si on ne fait rien, la situation s’aggravera. Nous sommes en train d’agir ».
Mais, précise le ministre, « encore faut-il que nous ayons des produits alternatifs à proposer aux agriculteurs, car comment leur demander de cesser d’utiliser les fertilisants chimiques, insecticides et autres pesticides ». Il souligne qu’il existe aujourd’hui des produits bio aussi efficaces que les produits chimiques. De cette façon, dit-il, « on va se rapprocher des pratiques du passé, quand les agriculteurs ramassaient des déchets ménagers pour en faire du fumier ». Les pratiques culturales, rappelle Mahen Seeruttun, ont par la suite changé avec l’arrivée des produits chimiques. Il demande aux agriculteurs d’écouter les experts avec attention afin d’apprendre comment « produire des légumes sains et de qualité ».
Pour sa part, Shyam Bisnauthsing, directeur de Prathista Nutri (Mauri) Ltd, a souligné le problème du manque de produits bio à Maurice. « Il y en a quelques-uns qui sont à base de bactéries, mais qui ont une vie très courte. Les fertilisants bio produits grâce à la technologie de fermentation et qui contiennent toujours le NPK (l’azote, potasse et phosphore), les nutriments essentiels dont ont besoin les plantes pour grandir, durent plus longtemps dans le sol », dit-il. Son entreprise offre une variété de fertilisants bio qu’on peut appliquer directement aux plantes, en folière, à travers le système de fertigation et l’irrigation goutte-à-goutte. Sans oublier des intrants pour contrôler les insectes et les maladies, des produits intégrés pour les légumes aussi bien que les fruits et la canne à sucre. « L’absorption des fertilisants par les plantes est plus rapide et le résultat est plus efficace », dit-il.
De son côté, Prem Kanoosingh, un agriculteur d’Union Park, présent à ce séminaire, et qui pratique l’agriculture bio depuis cinq ans, a confié au Mauricien qu’on parle de ce projet depuis très longtemps « mais sans faire grand-chose ». « On est moins de 1 % à pratiquer l’agriculture bio. Avec cette manière de procéder du gouvernement, ça prendra 300 ans pour convertir les planteurs mauriciens en agriculteurs bio », dit-il, avant d’estimer que « le chiffre de 50 % avancé par le ministre comme production bio au niveau national d’ici à 2020 est irréalisable ». Pour lui, « bann planter nek ekoute e sa sorti par lot zorey ».
Prem Kanoosingh déplore l’utilisation abusive des produits chimiques par un grand nombre de planteurs, tout en relevant que « le gouvernement ne prend aucune sanction contre eux ». « Pourtant, les résultats des tests montrent ces abus. Ils utilisent ces produits de manière exagérée, mais il n’y a jamais de sanction. Le ministère doit agir contre ces criminels », laisse-t-il entendre.