Huit espèces de mouches, quatre qui s’attaquent aux légumes et les autres aux fruits, causent des dégâts énormes à nos cultures, estimés à environ Rs 160 M annuellement. Devant ce constat, le ministère de l’Agro-industrie, avec l’aide financière de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), a acheté un irradiateur pour lutter contre ces mouches. L’appareil a été inauguré lundi matin à Réduit.
Selon le ministre de l’Agro-industrie, Mahen Seeruttun, l’absence de mesures appropriées de contrôle constitue un facteur qui limite l’expansion et le développement d’une industrie agricole et diversifiée avec pour résultat l’importation d’un grand volume de fruits. « Ce qui limite aussi les exportations mauriciennes de fruits et de légumes », fait-il ressortir, avant d’estimer que les pestes et les maladies ont un impact direct sur la production agricole et les revenus des planteurs, menaçant parfois la sécurité alimentaire. La production de cucurbitacées est de 24 000 tonnes annuellement à Maurice. Sans les mouches des fruits, elle devrait atteindre les 32 000 tonnes.
C’est ainsi qu’un irradiateur a été acquis au coût de 163 000 euros pour irradier les mâles qui rendront stériles les femelles en s’accouplant avec elles. A aussi été acquis un digesteur, au coût de 75 000 euros, pour la production de protéine qui est aussi utilisée dans la lutte contre ces mouches. Ce digesteur produira chaque semaine environ 2 000 litres de protéine qui est actuellement importée à grands frais. Il est prévu que cette protéine sera vendue aux cultivateurs à un prix minimal afin de les encourager à l’appliquer dans le contrôle des mouches des fruits dans leurs plantations.
Outre le ministère de l’Agro-industrie qui utilisera l’irradiateur pour la stérilisation des insectes et la reproduction des plantes, cet appareil sera également utilisé par différentes autres institutions, dont le ministère de la Santé pour la stérilisation des moustiques, l’Université de Maurice pour la stérilisation des semences et autres matériaux utilisés à des fins de la recherche, et le Mauritius Sugar Industry Research Institute (MSIRI) dans la reproduction des variétés de cannes à sucre.
Par ailleurs, l’Université de Maurice a lancé lundi un « Regional Postgraduate Certificate Programme in Sterile Insect Technique for Fruit Fly Management », d’une durée de quatre mois, dans le but de renforcer les capacités de Maurice et d’autres pays africains à gérer les mouches des fruits.
Selon l’Université de Maurice, la base de cette formation concerne la technique pour lâcher des mouches stérilisées dans la nature, lesquelles s’accoupleront avec des femelles non-stérilisées dans les plantations et les vergers, les rendant stériles à leur tour. La finalité est une réduction de la population des mouches des fruits. « Cette technique est « economically sustainable, environmentally friendly and socially acceptable » car elle aide à réduire l’utilisation des insecticides pour contrôler ces insectes », indique-t-on à l’Université, en rappelant la nocivité de l’abus des pesticides synthétiques. La « Sterile insect technique » fait partie du concept de l’agriculture bio et naturelle qui est encouragé par le gouvernement dans le but d’offrit une alimentation saine à la population, protéger les cours d’eau, le sol, l’air et la faune et la flore, aider également dans la création d’emplois et mitiger les effets du changement climatique.
Ce programme, dont les étudiants viennent de plusieurs pays africains – Botswana, Burkina Faso, Ghana, Kenya, Madagascar, Maroc, Namibie, Nigeria, Seychelles, Soudan, Tanzanie, Ouganda et Zambie –, est financé par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA). L’Université de Maurice compte accueillir d’autres étudiants venant d’autres pays durant les trois prochaines années.
Le ministre de l’Agro-industrie souligne qu’il y a un millier d’espèces de mouches des fruits en Afrique. Bien que la plupart d’entre elles soient endémiques au continent africain et aux autres îles de l’océan Indien, certaines ont été introduites accidentellement d’autres régions, particulièrement d’Asie. « Ce problème doit être résolu sur une base régionale à cause, premièrement, de la nature transfrontalière des insectes engagés et, deuxièmement, la nécessité d’harmoniser toutes les détections et les interventions », souligne-t-il.