Après le fumier, les fertilisants bio sont de plus en plus utilisés par les agriculteurs dans la production agricole, surtout depuis que le gouvernement a fait part, il y a quelques mois, de son soutien à ce secteur dans le but d’accroître, dans le long terme, la production agricole bio à hauteur de 50% de la production nationale. « Nous avons fait des essais chez des planteurs de divers légumes et même de canne à sucre. Ces tests se sont avérés concluants. Je constate que les planteurs ont vite adopté ce type de fertilisants en vue d’améliorer leur production », déclare Shyam Bisnauthsing, directeur de Prathista Nutri (Mauri) Ltd.
Shyam Bisnauthsing, lui-même agriculteur de longue date et ancien cadre de l’Agricultural Research and Extension Unit (AREU), estime que le plus grand problème pour les agriculteurs qui souhaitent pratiquer le “bio-farming” demeure le manque de fertilisants et autres intrants bio à Maurice. « Quelques-uns sont à base de bactéries mais ont une durée de vie très courte. Les fertilisants bio produits grâce à la technologie de la fermentation, et qui contiennent toujours le NPK (azote, potasse et phosphore, Ndlr), les nutriments essentiels dont ont besoin les plantes pour grandir, durent plus longtemps », dit-il. Selon Shyam Bisnauthsing, ces fertilisants bio peuvent être appliqués directement aux plantes, en filière, à travers le système de la fertigation, et aussi le système d’irrigation goutte-à-goutte. « L’absorption de fertilisants par les plantes est plus rapide et le résultat est plus efficace. Le principe est simple : les produits bio nourrissent le sol qui, à son tour, aide les plantes à mieux grandir. » En utilisant régulièrement les produits bio, ces derniers remplacent ainsi, petit à petit, les produits chimiques utilisés auparavant dans le sol. Des produits bios pour contrôler les insectes et les maladies sont aussi disponibles.
Ces produits sont importés de Prathista Industries, en Inde, entreprise qui produit des fertilisants et autres intrants agricoles, selon la technique de fermentation industrielle. D’après une documentation fournie par cette entreprise, l’abus de l’utilisation de produits chimiques dans l’agriculture a eu des effets néfastes sur la santé du sol et a également pollué l’environnement. « Ils ont causé des dégâts énormes au sol, dont la fertilité, grandement affectée. » D’où sa démarche d’utiliser la technique de la fermentation pour produire des intrants organiques capables de fournir tous les nutriments essentiels aux plantes. « Grâce à ces intrants, la qualité du sol s’améliore, de même que la capacité du sol à retenir l’eau. Ainsi, la plante bénéficie d’une nutrition équilibrée, sa productivité s’améliore, de même que la qualité des produits », souligne cette entreprise. De plus, l’environnement et l’eau sont protégés contre la pollution.
Cette démarche suit celle du gouvernement, particulièrement du ministère de l’Agro-industrie, qui se dit « préoccupé » par l’utilisation abusive de produits chimiques dans l’agriculture à Maurice. Au Parlement, récemment, le ministre de tutelle, Mahen Seeruttun, a rappelé que la Food and Agriculture Research and Extension Institute (FAREI, ex-AREU), prélève des échantillons de légumes et de fruits au niveau des plantations sur une base hebdomadaire en vue de s’assurer qu’ils ne contiennent pas de résidus de pesticide au-dessus du niveau autorisé. « Les différentes initiatives lancées et les incitations accordées à la communauté agricole devraient encourager les planteurs à adopter des pratiques agricoles durables et les mettre sur la bonne voie de l’agriculture bio et de s’assurer, en même temps, que les produits vendus aux consommateurs soient sains et de qualité », a-t-il déclaré.