Le Food and Agricultural Research and Extension Institute (FAREI) mène des essais sur la culture d’aubergine sous serre depuis l’année dernière à sa station agricole de Réduit. Les résultats sur trois variétés – appelées “Brigitte”, “Sharapova” et “Angela” – sont prometteurs, selon Amoordalingum Ellapen, research scientist au FAREI.
L’aubergine est une plante qui aime la chaleur. Rapportant peu en hiver, elle est le plus souvent cultivée sous serre dans de nombreux pays, comme au Canada, en Afrique du Sud et en Égypte, qui ont sans doute été charmés par son rendement important en fruits, sa croissance rapide et sa qualité gustative améliorée grâce à un tel mode de culture.
Au coeur d’une serre d’une superficie de 200 mètres carrés à la station agricole de Réduit, Amoordalingum Ellapen dirige des essais sur sept variétés d’aubergines, dont les semences ont été importées des Pays-Bas. Ce research scientist au FAREI s’exerce sous la tutelle de la principal research scientist Rita Nowbuth, de son assistante, Nema Cahoolessur, et du nurseryman Tapesh Mohabeer. Une centaine de plantes sont actuellement cultivées et composent un éventail de couleurs, allant du mauve foncé au blanc, en passant par le mauve clair.
« L’aubergine est un délicieux légume ou fruit, qui est incontournable dans nos assiettes », affirme Amoordalingum Ellapen. « Elle est cultivée dans les régions chaudes de Maurice comme à Palmar, Belle-Mare et du côté de Trou-d’Eau-Douce. On en retrouve aussi un peu dans le sud, en des variétés traditionnelles longues et rondes. » L’aubergine est disponible abondamment en été, où son prix baisse jusqu’à moins de Rs 10 le demi-kilo. En hiver toutefois, sa production chute et résulte à une augmentation du prix, qui oscille entre Rs 50 à Rs 60 la livre.
Culture sous serre
Plusieurs pays ont donc développé des variétés spécifiques d’aubergine en vue d’être cultivées sous une serre hydroponique. Le FAREI s’y est également intéressé. « Nous nous sommes dit pourquoi ne pas introduire ces variétés à Maurice pour permettre une meilleure production d’aubergines en hiver, tout en améliorant sa qualité et en faisant baisser son prix en faveur des consommateurs », indique le research scientist.
Cultiver l’aubergine dans une serre est nouveau à Maurice. Le FAREI a tenté l’expérience en 2016 et, au vu des bons résultats obtenus, la recherche s’est poursuivie cette année. « Cette deuxième évaluation nous permet d’affirmer que c’est une culture prometteuse. La qualité des aubergines est améliorée, au même titre que le goût », explique notre interlocuteur. L’aubergine obtenue de ce type de culture pèse environ 400 grammes. Une plante rapporte environ 15 à 20 fruits par récolte, lesquels renferment de minuscules graines. Des fois, il n’y en a presque pas. Lorsque l’aubergine est coupée en deux et laissée à l’air, elle ne change pas de couleur, contrairement aux variétés traditionnelles.
Détaillant les caractéristiques de cette plante, Amoordalingum Ellapen soutient que, comme pour les autres fruits et légumes, l’aubergine également compte deux parties dans sa fleur : les côtés mâle et femelle. Cependant, elles sont plus prononcées dans cette variété de plante. La pollinisation des fleurs est certes effectuée par les insectes mais « elle intervient beaucoup plus par le vent ». Il ajoute : « Puisqu’il n’y a pas d’insectes dans une serre, une personne est chargée de frapper légèrement, tous les matins, les fils qui retiennent la plante dans la serre. C’est ainsi que le travail de pollinisation est accompli. Le pollen tombe et est capté par la partie femelle des fleurs. » Le research scientist insiste sur le fait qu’on « n’a pas besoin des insectes à des fins de pollinisation dans la serre ». Il nuance malgré tout : « Nous allons toujours avoir besoin des insectes, mais on en aura besoin de moins en moins dans la serre grâce à l’avancement génétique moléculaire, qui aide au développement de beaucoup de variétés de légumes. Outre l’aubergine, il y a aussi le concombre et le cornichon, qui n’ont aucunement besoin d’insectes pour la pollinisation. »
Plein champ
Traditionnellement, les agriculteurs cultivent l’aubergine, aussi appelée “bringelle”, en plein champ. Ils sont maintenant appelés à essayer de le faire sous serre avec les trois nouvelles variétés recommandées par le FAREI. « Nous avons vu que certains planteurs sont en train de cultiver ces variétés d’aubergine en plein champ, ayant obtenu des échantillons de leurs semences auprès des importateurs. Nous allons devoir les aider », observe Amoordalingum Ellapen. « D’où la formation que nous offrons à nos officiers d’extension à partir de la semaine prochaine pour qu’ils puissent, à leur tour, se rendre chez les agriculteurs pour les sensibiliser aux bonnes pratiques qui entourent l’aubergine », ajoute-t-il.
Les planteurs seront eux aussi invités, d’ici à la fin de l’année, à connaître ces nouvelles variétés d’aubergine, qui poussent plus rapidement à haute température sous serre. La recherche assure aussi une meilleure qualité de ce légume, dont « des variétés prometteuses ont été obtenues grâce à un croisement naturel ».