Il y a longtemps, la plante de “brède mouroum” fleurissait dans tous les arrière-cours, tant en milieu rural qu’urbain. Les Mauriciens, riches, de la classe moyenne ou pauvres, consommaient les feuilles et les “bâtons mouroum” toutes les semaines. Puis, avec l’industrialisation et le développement immobilier, cette plante a commencé à disparaître de notre paysage, tant et si bien qu’elle est rare de nos jours, même en milieu rural. Le retour de cette plante aux mille et un bénéfices est annoncé.
La plante de “brède mouroum” a commencé à disparaître à partir des années 90, se souviennent des planteurs de Triolet. Ils racontent qu’à cette époque, dès qu’une personne avait besoin d’espace dans sa cour pour construire sa maison en béton ou une nouvelle maison pour ses enfants, c’est le “brède mouroum” qui en faisait les frais, avant les cocotiers ou les manguiers. « Il est dommage qu’on ne pouvait faire autrement », indique Rajesh, la soixantaine, qui a « boukou manz bred mouroum kan mo ti tipti ». Mais, ses cinq enfants connaissent peu ou pas cette plante. Il est heureux, ajoute-t-il, d’entendre parler de “brède mouroum” à nouveau. Cela lui rappelle quelques bons souvenirs tels que plusieurs familles se partageaient les “brèdes” ou le “bâton mouroum” à partir d’un seul arbre qui se trouvait dans le voisinage.
Louable initiative
C’est au Food and Agricultural Research Extension Institute (FAREI) et au Mouvement Autosuffisance Alimentaire (MAA) que revient cette initiative. Les deux distribuent actuellement ces plantes au grand public et à tous ceux qui veulent en obtenir pour la planter dans leurs arrière-cours. Sur une plus grande échelle, le FAREI peut aussi en fournir aux planteurs qui veulent en cultiver sur de plus grandes superficies. « Il y a quelque temps, nos officiers sur le terrain ont ramassé diverses variétés de graines et autres boutures de mouroum à travers l’île. Nous les avons cultivées et aujourd’hui, nous avons une certaine quantité de plantules à notre disposition que nous pouvons distribuer aux Mauriciens qui sont intéressés », indique Ramesh Rajcoomar, directeur de l’Institut. « On ne consomme pas les feuilles de cette plante que comme brède toufé ou bouillon, on peut aussi en faire une tisane appelée “moringa tea” et en forme de soupe, tant pour le marché local qu’étranger », fait-il ressortir.
Il n’y a pas que le FAREI qui s’intéresse au “brède mouroum”. Il y a aussi le Mouvement Autosuffisance Alimentaire (MMA), Ong engagée dans la sécurité alimentaire, qui s’est joint à cette démarche en propageant cette plante dans les écoles primaires. « Nous touchons les élèves parce qu’ils n’ont jamais vu ni connu cette plante. Ils ne savent rien de son histoire ni de ses bénéfices », déclare Éric Mangar, manager du MAA. Il ajoute que le MAA apprend aux enfants à cultiver cette plante. « Nous fournissons deux plantes par école dans les 45 écoles où nous avons lancé le school-bac gardening pour être cultivées dans la cour de l’école. Nous allons en distribuer, par la suite, à toutes les écoles de Maurice », dit-il. Selon lui, entre 30 à 40 % des enfants à l’école primaire viennent des communautés pauvres et défavorisées et « il est important qu’ils aient le goût du brède mouroum pour qu’ils puissent convaincre leurs parents à cultiver cette plante chez eux. »
Satisfaire toutes les demandes
Éric Mangar indique que le MAA est prêt pour satisfaire les demandes d’où qu’elles viennent, de la part du grand public et des petits, moyens et grands planteurs. Étant résistant face à la sécheresse, ajoute notre interlocuteur, le “brède mouroum” peut être cultivé dans toutes les conditions climatiques. « On peut avoir une ou deux plantes dans toutes les arrière-cours de Maurice. Elles peuvent être taillées à hauteur de trois ou quatre pieds et tout naturellement, elles vont continuer à nous donner des feuilles. Il n’est pas nécessaire de les laisser grandir et on peut même en cultiver en allées et mettre des légumes entre les allées », dit-il.
Selon Éric Mangar, il y a actuellement un certain engouement pour cette plante parmi les Mauriciens. Ils sont nombreux à la découvrir pour la première fois. « Le brède mouroum est devenu très important, comme un légume, et c’est là que nous pouvons montrer la relation qu’il existe entre l’agriculture, la nutrition et la santé et aussi la sécurité alimentaire. Nous devons pouvoir faire ce lien pour l’avenir de nos enfants », souligne-t-il, avant d’indiquer que le MAA a déjà distribué une centaine de ces plantes. Il en a au moins 300 en stock. Ceux qui sont intéressés à la cultiver chez eux peuvent contacter cette organisation. Le “brède mouroum” étant accessible à nouveau, et ce, gratuitement, il est temps, selon Éric Mangar, « ki nou pran li kont » et que « nous changions notre regard par rapport à cette plante. »