L’Institut de recherche de l’industrie sucrière (MSIRI), opérant sous l’égide de la Mauritius Cane Industry Authority (MCIA), est bien avancé dans sa démarche de produire du bioplastique à partir de la paille de la canne à sucre, jusque-là abandonnée dans les champs après la récolte. Cette démarche sera confirmée sur un plus grand volume dès cette année, avant que la méthodologie ne soit mise à la disposition d’éventuels industriels intéressés par ce projet à partir de l’année prochaine. Ce projet a été réalisé dans le cadre d’un programme de recherches sous l’ACP Sugar Research Programme financé par l’Union européenne.
Salem Saumtally, directeur du MSIRI, souligne que la canne à sucre a un rôle multifonctionnel, avec son utilisation principale pour produire du sucre, de la bagasse, de la mélasse, de la vinasse et de l’éthanol. « Nous pouvons valoriser tous les sous-produits de la canne sans toucher au sucre », dit-il, en rappelant que la bagasse est déjà utilisée dans la production de l’électricité. La paille de la canne reste, elle, aux champs où elle empêche la pousse des mauvaises herbes et conserve l’humidité. D’où l’idée d’en faire du bioplastique avec la paille qui est un sous-produit sans grande valeur économique comparée à l’éthanol ou au sucre, par exemple, qui sont utilisés pour produire du bioplastique ailleurs dans le monde.
Gunshiam Umrit, Research Officer (Agricultural Chemistry), indique que le bioplastique est produit par des bactéries qui transforment le sucre simple produit par hydrolyse à l’aide des enzymes. Ces bactéries, souligne Seelavarn Ganeshan, Research Manager (Crop Protection), viennent du Brésil. « En fait, nous avons travaillé sur une cinquantaine de bactéries trouvées localement mais elles ne sont, malheureusement, pas assez productives. Celle qui vient du Brésil l’est plus, mais nous continuons à chercher à Maurice même », dit-il.
Le but de ces recherches est d’obtenir un plus grand volume de bioplastique avec le moins de paille possible. « Nous estimons, ainsi, que nous pouvons produire 25 kg de bioplastique avec 150 kg de paille. Ce raisonnement est basé sur un volume de 150 kg de paille qui reste aux champs après la récolte d’une tonne de cannes. Au Brésil, on utilise 3 kg de sucre pour produire un kilo de bioplastique », souligne notre interlocuteur. Le bioplastique est un nouveau produit qui comporte plusieurs applications (secteur alimentaire, emballage, pharmaceutique et cosmétique) mais sa production est limitée à cause de son coût de production assez élevé. « Le bioplastique connaît un intérêt grandissant parce qu’il est respectueux de l’environnement. En sus d’être biodégradable, il est renouvelable », fait ressortir M. Umrit. Le bioplastique peut être produit, selon les scientifiques, avec le maïs, le blé ou la pomme de terre également mais ce sont des produits alimentaires de grande valeur économique. Or, la paille de la canne à sucre, elle, reste, aux champs. Pour l’instant, la méthodologie reste au niveau du laboratoire. La prochaine étape des chercheurs est le scaling up, mais, toujours au niveau du laboratoire, en vue de confirmer son efficience.  
S’agissant de l’impact de ce projet sur l’environnement du pays, il est positif dans tous les sens, selon les chercheurs. Le bioplastique est un produit qui remplace le plastique conventionnel produit avec du pétrole qui est néfaste à l’environnement. Il génère beaucoup moins de CO2 et est biodégradable, c’est-à-dire qu’il disparaît en quelques mois, comparé à une centaine d’années pour le plastique et il n’a aucun impact néfaste sur la biodiversité. Les chercheurs du MSIRI travaillent aussi sur l’aspect économique de ce projet. « Le point de départ de ce projet est de produire du bioplastique avec une matière première de moindre valeur économique pour obtenir un résultat à grande valeur économique », indique M. Umrit.
Le bioplastique, selon les chercheurs du MSIRI, peut être produit à partir d’autres matières premières également. Ailleurs dans le monde, on en fabrique avec du maïs, du sucre, de l’huile de palme. À Maurice on peut en faire avec des légumes, des feuillages et d’autres biomasses.  Mais la technologie doit être “fine tuned” dans chaque cas. Le MSIRI travaille aussi sur la vinasse mais elle ne serait pas viable pour soutenir une industrie du bioplastique. Une combinaison de paille de canne à sucre et de vinasse serait possible et plus rentable.