La banane a été introduite à Maurice il y a environ 410 ans, mais ce n’est que maintenant qu’une usine de transformation de ce fruit a été créée à La Flora, dans le sud de l’île, à l’initiative d’un agro-entrepreneur, Ved Lutchmun. Depuis vingt ans, ses « banana chips » font le tour des supermarchés locaux et de certains en Europe. Aujourd’hui, il donne de la valeur à ce fruit en encourageant les agriculteurs, grands et petits ainsi qu’à ceux qui ont des jardins potagers chez eux, à cultiver la banane : il lui en faut de grandes quantités pour faire tourner son usine.
Quelque 50 000 tonnes de bananes annuellement : c’est ce dont le marché local a besoin, alors que la production n’est que d’un peu plus de 10 000 tonnes. Il y a, donc, de la place pour de nouveaux agriculteurs et pour ceux qui abandonnent la culture de la canne à sucre. « Je vous demande tous de cultiver la banane. Je vous les achèterai toutes. Il n’y aura pas de problème de transport des fruits vers notre usine », devait lancer Ved Lutchmun aux agriculteurs de sa région mais aussi de toute l’île, lors de l’inauguration de son usine Foods Worth Ltd, autrefois appelé Maubon Foods, jeudi dernier.
En vingt ans, Ved Lutchmun a su maîtriser la technologie agricole idoine, après des formations suivies lors de voyages à l’étranger. Sa matière première, la banane verte, provient de différentes régions de l’île. Elle est épluchée et lavée sur place avant d’être transférée dans une pièce à l’étage où elle est coupée en tranches, frite dans de l’huile végétale à température contrôlée, puis laissée à refroidir avant d’être mise dans des sachets de 40 et de 140 grammes. Les chips sont enfin mises dans des boîtes en carton pour la distribution.
Livré auparavant en plastique, le sachet de la banane frite est maintenant en aluminium, dans une boîte en plastique qui lui donne un nouveau cachet, plus pratique et moderne. Ce qui a plu aux consommateurs car les ventes des banana chips ont augmenté : de deux tonnes de bananes vertes par mois il y a dix ans, la production requiert quinze tonnes actuellement. « Cet emballage tient aussi le consommateur informé de la provenance du produit et de ses valeurs nutritives », indique Ved Luchmun, qui emploie une vingtaine de personnes actuellement.
Pour M. Lutchmun, les Mauriciens n’apprécient pas assez l’importance de ce fruit dans leur espace alimentaire. « Nous ne la cultivons que pour la consommer mûre et un peu pour en faire du vindaye chez soi. Il est temps pour nos planteurs de se lancer dans cette culture à grande échelle en vue de fournir notre usine car il y a une très grande demande pour les banana chips à l’étranger. Nous avons donc besoin de grandes quantités de bananes vertes ». Il dit constater que de grandes superficies de terre, autrefois sous culture de canne à sucre, sont abandonnées par leurs propriétaires pour diverses raisons. « On peut les utiliser pour la culture de la banane. Je suis disposé à signer des contrats avec les planteurs pour leur assurer que j’achèterai leur production », poursuit-il.
Pour le ministre de l’Agro-industrie, Satish Faugoo, Foods Worth Ltd peut devenir une vitrine de la transformation des produits primaires, pas seulement de la banane mais aussi d’autres fruits locaux. « Le potentiel est énorme dans le secteur de la transformation. Les agriculteurs ne doivent pas s’arrêter aux produits primaires mais aller plus loin en ajoutant de la valeur à leurs produits », déclare-t-il. Le ministre rappelle qu’il y a vingt ans M. Lutchmun et son épouse cherchaient un emploi. Aujourd’hui, ils emploient une vingtaine de personnes. Aux agriculteurs qui souhaiteraient suivre l’exemple de M. Lutchmun, le ministre leur rappelle le soutien offert par le gouvernement à travers l’Agricultural Research and Extension Unit (AREU) et les nombreux plans de financement lancés récemment à l’intention des agriculteurs.