À 30 ans, Aidan Ellis-Patterson, de Tasmanie, a déjà visité 162 pays. Il était à Maurice le mois dernier où il a passé quatre jours chez la famille Arjanee, à Rose-Hill. Dans une rencontre avec Le Mauricien, Aidan Ellis-Patterson, enseignant de formation, parle de sa passion pour les voyages et de son secret de pouvoir le faire avec un minimum d’argent, en soulignant que « le voyage est avant tout une rencontre humaine ».
Cela fait trois ans qu’Aidan Ellis-Patterson a quitté son île pour prendre la route à la découverte du monde, mais surtout de nouveaux peuples et de nouvelles cultures. Un voyage qu’il a démarré au Mexique, en Amérique centrale, et qu’il achèvera au Timor Oriental avant de regagner l’Australie pour rendre visite à son père. C’est à 20 ans qu’Aidan, désireux de connaître le monde, quitte l’Australie, où il a fait des études pour devenir enseignant, pour se rendre en Thaïlande, où il enseignera volontairement pendant trois mois. Si au départ, il ne se sentait pas destiné à devenir un grand voyageur, cette expérience changera complètement sa perspective de la vie. « Je suis tombé amoureux du monde et des voyages », affirme-t-il, en parlant du bonheur dont il a été témoin. « En Australie, on a tout : la télévision, de l’argent… Les gens travaillent, travaillent et travaillent. Ils sont stressés. En Thaïlande, les gens n’ont pas beaucoup d’argent, mais ils ont une bonne qualité de vie avec une nourriture délicieuse. Ils sont si heureux avec ce qu’ils ont. Ils ne se préoccupent pas du matériel. Après la Thaïlande, je suis retourné en Australie pour terminer mes études et j’ai décidé de repartir pour découvrir le monde. »
Gateway
Le jeune homme prend de l’emploi comme enseignant à Londres : « England was a gateway to see the world because Australia is so far away from everything. » Durant les deux années passées dans la capitale anglaise, il profite de ses week-ends, mais surtout de vacances scolaires pour visiter d’autres villes européennes avec des incursions en Afrique du Nord. L’Égypte, le premier pays africain qu’il a visité, lui a fait forte impression avec la chaleur et Le Caire, plus grand que « mon pays » où grouille du monde ; des marchands qui veulent vendre des tapis et des bijoux. « It was overwhelming but in a positive way », soutient notre interlocuteur. Le jeune homme découvrira aussi les safaris. Il visitera de nombreux pays africains durant ses multiples périples à partir de Londres. Par la suite, il décide de prendre une année de congé pour découvrir en sac à dos les pays du Sud-Est asiatique : l’Inde, le Sri Lanka, Hong Kong, la Chine, le Vietnam, Singapour, la Malaisie, l’Indonésie…
« I am a different traveller. Most people visit countries to see museums and parcs but what I enjoy most is meeting people, discovering what they eat, how they live, what are their musics… », souligne Aidan Ellis-Patterson pour qui « les musées, les parcs et les plages sont les mêmes partout ».
Hospitalité offerte
À Maurice, Aidan a passé quatre jours chez les Arjanee, à Rose-Hill, et une nuit à Tamarin. Comment connaissez-vous cette famille ? « À travers le site www.couchsurfing.org ». Aidan Ellis-Patterson et Yusuf Arjanee, ingénieur à la retraite, qui l’a d’ailleurs accompagné lors de cette rencontre au Mauricien, sont tous deux membres de cette communauté de voyageurs qui offrent également l’hospitalité à leurs hôtes. « There is no money involved », affirme notre interlocuteur. Ainsi, dit-il, avec l’argent qu’il peut dépenser pour un voyage en résidant à l’hôtel, il le dépense en un an en allant chez l’habitant.
Ici, Aidan a pris du plaisir à écouter le séga et à découvrir les marchés locaux en citant son expérience à Arab Town, à Rose-Hill, où il a dégusté des chanapuri, des gâteaux piments et des poutous. Manger dans la rue ne lui fait pas peur. « I don’t think I am going to get sick. I believe it is more a psychological battle within yourself. I just go and eat. Street food are fresh food which many people are eating whilst in hotels, you hardly see anyone eating », dit-il. Il poursuit : « Ce qui est remarquable, c’est que je paie seulement le billet d’avion. J’ai ma carte de crédit sur moi et un peu d’argent pour bouger dans le pays ou pour acheter des choses. Je mange dans la rue comme le peuple. Je rencontre toujours quelqu’un qui m’aide à trouver un lieu où dormir. Je voyage léger – tout au plus 12 kg plus un petit sac pour mettre mes objets de valeur – car souvent, par exemple, je trouve de bons vêtements à meilleur marché dans les pays que je visite. J’ai aussi un iPad, mon téléphone portable, un appareil photo et un disque dur externe pour transférer mes photos dès que j’ai l’occasion. Sinon, je fais aussi de l’auto-stop. »
« Je vis avec les locaux »
L’expérience humaine lorsqu’il va à la rencontre de l’autre est ce qui compte le plus pour Aidan. « When you meet someone telling you : wow, you came here only to see me, that’s a great feeling. » Il est d’avis qu’« il ne faut pas juger un pays par ce qu’on voit sur les brochures touristiques » et ajoute qu’il y a toujours des choses à découvrir dans un pays.
Aidan reconnaît toutefois qu’il peut être plus difficile de se rendre dans certains pays. Et là encore, la communauté des “couchsurfers” entre en jeu. « Je ne prendrai pas de risque car je ne veux pas être kidnappé. Je connais des gens sur place, mais en même temps, ce qu’on voit dans les médias n’est pas toujours la réalité. Tous les pays ont leur côté dangereux. Quand je me rends dans un pays, je vis avec les locaux, je m’habille comme eux et j’écoute leurs conseils. Ils connaissent mieux leur pays et je me sens en sécurité. Je ne me baladerai pas avec mon appareil photo autour du cou ou des lunettes de soleil à Johannesburg, par exemple », explique Aiden, qui a visité tout le Moyen-Orient. Et de préciser que le site internet est sécurisé et les gens faisant partie du réseau “couchsurfing” sont fiables. « I trust them », dit-il en avouant qu’au début, il était hésitant, mais qu’avec l’expérience, la relation et la confiance avec les autres se sont consolidées.
Le gestuel
Notre interlocuteur indique aussi que « je possède un des meilleurs passeports au monde (NdlR : le passeport australien), me permettant de prendre mon visa d’entrée dans la plupart des pays une fois sur place ». Mais, dans certains cas, comme en Afrique de l’Ouest, il doit présenter un certain nombre de documents pour y accéder. Quant à la durée du séjour, cela dépend souvent de la taille du pays et des moyens de déplacement qu’il a à sa disposition.
Pour ce qui est de la communication avec les locaux, l’anglais étant à la fois sa langue maternelle et une des langues les plus parlées au monde, il trouve toujours quelqu’un qui la maîtrise, facilitant ainsi son séjour. Cependant, dans certains cas, il a recours au gestuel. « Cela fini par forger votre caractère », dit-il.
Aidan est le cadet d’une fratrie de trois. Ses deux frères travaillent en Australie. « Il ne s’agit pas de voyage uniquement, mais de profiter de la vie. Le monde est un endroit spécial et on n’est pas là pour longtemps. Je veux que les gens soient heureux. » Après avoir connu le monde et rencontré des gens issus de divers milieux, notre voyageur tasmanien affirme : « Ce sera difficile de retourner à la vie d’avant. » Il reste encore une trentaine de pays pour Aidan à visiter, après quoi, il souhaiterait travailler avec des migrants, car, dit-il, « je voudrais aussi aider les gens qui voyagent comme on m’a aidé ».
Notre interlocuteur jette toutefois un regard triste sur ce que le monde devient avec les sentiments anti-musulmans, anti-migration, les idées de Donald Trump ou encore le Brexit. « It is sad. I am a white man. Everywhere I have been people welcomed me and I am not going to ask them to go away when they come to my country. »