La présidence de la République va ouvrir ses jardins à dix à quinze artistes plasticiens, pour une expérience inédite à Maurice, qui consiste à y créer des oeuvres éphémères qui s’intègrent parfaitement à ces espaces verts historiques en donnant libre cours à l’expressivité. S’il ne s’agit pas tout à fait de land-art dans le sens qu’a pu avoir ce mouvement à ses origines dans les années 60, la démarche en est proche mais elle est ouverte à tous les artistes résidant à Maurice quel que soit leur médium habituel d’expression. Soumis à un jury étranger, les projets proposés devront être soumis avant le 1er mars.
The edge of the world est le titre de l’exposition d’art contemporain que la Présidence de la République ambitionne d’organiser dans ses jardins du 19 au 29 mai. Reprenant le nom de la partie de ses espaces verts la plus impressionnante avec ses dénivelés, cascades et arbres majestueux, le thème de cette exposition offre aussi métaphoriquement aux artistes une occasion de méditer sur cette expression, à laquelle toutes sortes de signification ont pu être données à travers la planète et le temps.
La présidente Ameenah Gurib-Fakim, qui a présenté ce projet à la presse mercredi, bénéficie du soutien financier de la délégation de l’Union européenne, dont la représentante a réaffirmé le motto « no future without culture », ainsi bien sûr de l’appui du ministère des Arts et de la culture. Au sein du comité d’organisation, les commissaires d’exposition et concepteurs sont des professionnels de Maurice et d’Europe, à savoir l’artiste-architecte Salim Currimjee, qui a lancé l’an dernier la Fondation d’art contemporain de l’océan Indien (ICAIO), la galeriste et elle-même artiste mauricienne Charlie d’Hotman qui anime Imaaya depuis plus de sept ans, l’artiste et architecte en résidence à Maurice depuis quatre ans Jirina Nebesarova, ainsi que le peintre et enseignant d’arts plastiques Khalid Nazroo.
Après avoir insisté sur l’importance de l’art, comme le seul ciment, l’expression suprême du vivre ensemble qui transcende les clivages de toute société, la présidente de la République a souligné le voeu que The edge of the world soit « un événement de très haute qualité » ouvert à l’international. Pour la sélection des projets artistiques, le comité organisateur s’en remettra à l’expertise des trois commissaires d’exposition étrangères que sont Béatrice Binoche, actuelle directrice du Fonds régional d’art contemporain (FRAC) à La Réunion, Zasha Colah qui nous viendra de Bombay ville d’art et de cinéma par excellence et Kabelo Malatsie qui travaille à Johannesburg, ville bien connue pour son Joburg art fair, une des vitrines internationales de l’art contemporain pour l’Afrique.
Qui dit land-art dit souvent chantier à gros moyens à l’image de l’immense jetée en spirale de Robert Smithson sur le grand lac salé ou encore des parasols jaune et bleu de la côte californienne de Christo et sa compagne… Mais ce grand mouvement d’expression qui a contribué lui aussi à sortir les artistes des galeries et des cadres se conçoit aussi à travers des oeuvres moins interventionnistes où l’humain ne cherche pas obligatoirement cette forme spectaculaire de confrontation au paysage.
Avec cette exposition d’art éphémère, les organisateurs semblent attendre une approche du land-art qui pourrait par exemple amener tout artiste, quel que soit son médium habituel, à concevoir une oeuvre dans le prolongement de sa création, réalisée avec des matériaux qui ne porteront pas atteinte à l’environnement dans lequel ils vont s’insérer, supportant aussi les possibles intempéries, l’essentiel étant qu’elle fasse sens dans cet espace vivant profondément humain qu’est l’un de nos plus beaux jardins nationaux…