Durant toute notre existence, il est indéniable que nous avons tous été amenés à « aider » une ou plusieurs personnes et il est indubitable que nous l’avions tous fait de notre plein gré et à coeur ouvert. Afin de bien comprendre l’objectif du présent article, nous nous limiterons au caractère gratuit de l’« aide » tel qu’elle est interprétée par le commun des mortels – soit « aider » sans aucune contrepartie.
La décision d’« aider » comme nous le savons, commence par une prise de connaissance du problème qui elle-même est suivie d’une « offre » – l’offre peut être soit de la part de l’aidant (celui qui fournira de l’aide) soit de la part de l’aidé (celui qui a besoin d’aide). Toutefois, il importe peu que l’offre soit de l’aidant ou de l’aidé car seule une « acceptation » aura des conséquences sur chacune des deux parties. En d’autres termes, dans l’hypothèse où l’« aide » est refusée par soit l’aidant ou soit l’aidé cela n’affectera nullement la situation de l’un ou de l’autre. Ainsi, seule l’acceptation d’aider ou l’acceptation de recevoir de l’aide entraîne indirectement une série d’obligations et cela majoritairement à la charge de l’aidant et celui-ci a donné son aval en connaissance de cause. Pour ainsi dire, il y a donc un contrat entre l’aidant et l’aidé et c’est un contrat dit de « bienfaisance ». L’article 1105 du Code Civil Mauricien définit « le contrat de bienfaisance » comme celui dans lequel l’une des parties procure à l’autre un avantage purement gratuit.
Malheureusement, dans bien des cas, en voulant apporter son aide matérielle/technique/financière, l’aidant, pour une raison quelconque, finit par être pointé du doigt pour avoir apporté son aide et cela par l’aidé lui-même. La question qui se pose est donc de savoir si le contrat de bienfaisance implique indirectement une soumission de la part de l’aidant à l’aidé du fait pour le premier d’avoir accepté de fournir de l’aide et pour le second d’avoir accepté d’en recevoir.
Dans l’affirmative, il n’y aura aucune différence entre le contrat de bienfaisance et le contrat d’adhésion lequel par définition est déséquilibré (ex. le contrat d’assurance où l’assuré peut rarement négocier les clauses contractuelles imposées par son assureur). Or, l’essence du contrat de bienfaisance est fondée sur l’intention libérale de son auteur animé lui-même par un esprit de gratuité. Ainsi, le caractère libéral d’une « aide » exonère l’aidant de toute obligation et/ou soumission à l’égard de son cocontractant, l’aidé. De ce fait, il s’avère que le contrat de bienfaisance apparaît in fine comme un contrat unilatéral car l’aidant a consenti à fournir son aide et cela sans aucune contrepartie.
D’autre part, nonobstant le caractère gratuit de l’« aide », celle-ci est souvent interprétée par l’aidé comme régissant une obligation de résultats qui est à la charge de l’aidant. Autrement dit, l’aidé se fonde sur sa situation de détresse pour imposer sur l’aidant l’obligation de lui fournir une aide sur mesure et l’aidé se donne aussi le droit d’exiger que l’aidant adopte un comportement spécifique. Or, il est impératif de souligner que l’intention libérale et la gratuité ne peuvent encourager un assujettissement de l’aidant à l’égard de l’aidé – il n’y a aucun lien de dépendance entre les deux. Ainsi nous serions tous d’accord que l’« aide » volontairement proposée par l’aidant est en définitive à prendre ou à laisser par l’« aidé » car l’aidant, par définition, agit en toute bonne foi et uniquement du fait qu’il croyait pouvoir apporter son soutien à l’aidé.
Eu égard à ce qui précède, nous ne pouvons que conclure que nous devons tous aider notre prochain en toute bonne foi et en toute sincérité ; cependant, « aider » a ses limites et il incombe à l’aidé de les respecter et à l’aidant d’assurer qu’elles sont bel et bien respectées – l’encadrement de l’« aide » en soi est très important avant toute décision relative à l’acceptation de l’aide ou à la demande d’une aide et j’estime personnellement que l’aide offerte par l’un et reçue par l’autre dispose en soi d’un caractère sacré que seul l’aidant peut en donner l’interprétation une fois que l’« aide » en question a été apportée.
Considérant le titre de mon texte, je ne peux résister au plaisir de terminer par l’anecdote suivante qui avait eu lieu quelques secondes avant le début d’une épreuve écrite dans l’amphithéâtre d’une université :
Le Surveillant : « Vous pouvez commencer – Vous avez une heure et demie – Bonne chance ! Chacun pour soi et DIEU pour tous ! »
Imaginez bien le silence religieux dans tout l’amphithéâtre – le calme est angoissant. Alors que tout le monde s’apprêtait à écrire, un étudiant lance tout sourire au Surveillant :
« Aide Ton Prochain et DIEU t’aidera ! ».