Hier après-midi, Lakaz A/Groupe A de Cassis a tenu son AIDS Candlelight Memorial, en son siège dans la capitale. L’occasion pour son responsable, Cadress Rungen, d’exprimer son ras-le-bol : « Des millions de roupies sont injectées dans la lutte contre le sida. Chaque semaine, chaque mois, il y a des conférences et autres événements qui se tiennent dans les grands hôtels. Mais malgré tout, les patients, ceux qui sont censés être les principaux bénéficiaires de ces sommes, sont encore et toujours maltraités ! »
« J’étais venu avec l’intention de prononcer un discours très positif », affirme Cadress Rungen. Cependant, le témoignage de Marie-Jeanne, dont l’une des filles est porteuse du virus (PVVIH), ajouté au fait que, quelques minutes avant qu’il n’arrive à Lakaz A, un patient également porteur du virus a été renvoyé de l’hôpital et déposé au siège de l’ONG par les autorités policières, « ont eu raison de ma bonne humeur ! » dit-il.
Le travailleur social a donné libre cours à sa colère. « Combien de temps encore est-ce que les patients vont continuer à faire les frais du manque d’égards de certains dans le milieu hospitalier ? » Pour Cadress Rungen, « l’hôpital aurait pu nous appeler, nous mettre au courant qu’il y a un problème avec ce patient, et comme il n’a pas d’endroit où il peut passer la nuit, nous demander que faire pour son hébergement. Au lieu de cela, ils l’ont mis dehors. Heureusement, la police lui est venue en aide, en le déposant devant la porte de notre maison d’accueil ! »
Quelques minutes avant, c’était une mère éplorée et inconsolable qui disait sa douleur. Marie Jeanne, mère de six enfants, a déjà perdu un fils de 40 ans, emporté par la drogue. Actuellement, l’une de ses filles, elle aussi mère de plusieurs enfants, et PVVIH, est « très malade ». Marie Jeanne peine à rester sobre en parlant de sa fille. Elle raconte comment, il y a quelques semaines, sa fille a eu « un gros accès de fièvre ». « Samem li ganye touletan. Senn fwa la, linn al lopital ek linn apel nou pou dir nou zot finn gard li ». L’après-midi, Marie-Jeanne, accompagnée de ses autres enfants, se rend à l’hôpital pour rendre visite à sa fille. « Kan nou finn ariv dan lasal kot li ti dir nou li ete, nou finn rode, rode, pa trouv limem. Lerla, kan nou finn demann enn nurse, li reponn nou ala li laba. Guet dan kwin… »
Marie Jeanne fond en larmes. Elle n’arrive plus à contrôler le flot de sanglots qui étouffe sa voix. « Quand nous avons trouvé ma fille, elle était dans un coin, sans soins et livrée à elle-même. Kouma dir enn pake salte finn zete dan enn kwin… » La mère ne peut plus réprimer sa douleur : « Mo dir zot kifer zot tret mo tifi koumsa ? Nurse la reponn mwa : “Ou pa kone ki malad li gagne ? Ou pa kone li ena sida ?” » Sur ces mots, explique Marie Jeanne, sa fille aînée n’a pu se contenir. « Elle a réprimandé les infirmiers et on a eu des problèmes avec l’administration de l’hôpital. Mais ce n’est pas une façon de faire ! Ce n’est pas ainsi qu’on traite un malade ! »
« Le regret que j’ai, c’est qu’autant d’argent soit constamment versé dans la lutte contre le sida, sans que rien ne soit fait concrètement pour améliorer le sort de ces personnes vivant avec le virus », affirme Cadress Rungen. « Il n’y a pas une semaine ou un mois qui passe sans qu’on entende parler d’un séminaire ou d’une conférence dans tel ou tel hôtel. Nek manze, bwar… Kisannla pe get patients ? »
Un autre “accueilli” de Lakaz A, Vijay, toxicomane « pendant plus de 20 ans » et PVVIH, a également lancé un vibrant appel « a tou dimounn pou zot sanz zot regar ». « Aret ziz nou ! Nou pa ti vinn lor later drogue, ni ek sida, ni voler. Plis ki viris la, se zot regar ki fer nou dimal ».
Ragini Rungen, également responsable de Lakaz A, rappelle que « cette année, le thème choisi pour le AIDS Candlelight Memorial est la santé et la dignité des PVVIH ». « Ce thème n’a pas été choisi au hasard. Mais quand on voit ce qui arrive aux patients et à leurs proches, comment rester insensible ? » Cadress Rungen ajoute que « tous les médecins et membres du personnel soignant ne sont pas insensibles et sans égards. Nombre d’entre eux font bien leur travail, et nous les saluons ».
La UN resident Leyla Tegmo-Reddy, ainsi que Paul Mercier et Priscilla Ravaton, du Non State Actors du PNUD, étaient également présents à la cérémonie.