Alors que le monde entier ainsi que Maurice observe, ce dimanche 19 mai, l’AIDS Candlelight Memorial, rendant hommage aux personnes vivant avec le VIH (PVVIH), l’ONG PILS (Prévention, Information et Lutte contre le Sida) déplore « trop d’aberrations dans le système » qui résulte en « des décès de patients, hors des structures hospitalières » et le « nombre grandissant de patients “perdus de vue” ». PILS, par le biais d’une lettre ouverte au Premier ministre, qui préside le NAC (National AIDS Committee), reproche au gouvernement le fait que « la sphère politique ne s’implique plus dans la réponse nationale contre la maladie ! »
La situation, décrie, d’emblée Rachel Constantin de Sousa-Neto, présidente du Conseil d’administration de PILS, « est alarmante, inacceptable ! » Dans la lettre ouverte de l’ONG au Premier ministre, il est fait établi que « des patients décèdent, hors des structures hospitalières, affaiblis et isolés. D’autres sont condamnés à l’amputation par l’hôpital, soignés et guéris par PILS. Des traitements sont délivrés sans étiquettes ni posologie. Des switchs intempestifs dans les molécules et des ruptures de stock sont constatés. Des Day Care Centres qui n’ont de Day Care que d’appellation, sans lits et sans possibilité de soins ambulatoires », constituent, parmi tant d’autres éléments, les principaux dysfonctionnements du système, estime PILS. « La plus grande aberration, relève encore l’ONG, étant l’absence de coordination des soins entre les médecins référents et leurs collègues, d’autres spécialistes qui continuent à refuser, dans certains cas, de traiter les patients séropositifs ! »
Stigmatisation, discrimination, non-respect des droits humains et de la confidentialité du statut sérologique du patient, mauvais traitement dans certains services hospitaliers : des problèmes maintes fois déplorés par les travailleurs sociaux engagés dans la lutte contre le sida. « C’est contre le virus que nous nous battons, pas contre ceux vivant avec ! », n’a pas arrêté de seriner Nicolas Ritter, directeur de PILS et premier Mauricien à avoir admis sa séropositivité, pendant des années.
Si, avec l’arrivée du Global Fund, des progrès notables ont été réalisés, dans la lutte contre la maladie, en revanche, il faut reconnaître qu’en matière de prise en charge et encadrement des patients, entre autres, « il y a un énorme vide ! », dénoncent les travailleurs sociaux. À ce titre, PILS écrit : « Les patients semblent être laissés pour compte ; la prise en charge est parcellaire ! » À maintes reprises, Nicolas Ritter n’a pas cessé de dénoncer « une politique qui n’est pas suffisamment adéquate en matière de prise en charge des patients ; souvent parce que la plupart de ces derniers sont des ex-toxicomanes, ou des Usagers de Drogues Intraveineuses (UDI) actifs ! » Cela ressemble même « à une forme d’ostracisme envers cette communauté, qui comprend également les travailleuses du sexe », rappellent les travailleurs sociaux.
Dans sa lettre ouverte, PILS reproche également au Premier ministre, Navin Ramgoolam, qui préside le National AIDS Committee (NAC), « organe suprême dans la réponse nationale, de ne plus se réunir ! » Et regrette, également, que « le suivi des personnes séropositives se résume à quatre médecins référents pour plus de 5 000 patients ». L’ONG tire, à nouveau, la sonnette d’alarme sur « le nombre grandissant de patients “perdus de vue” », de même que « la qualité des services offerts ». PILS rappelle que « la situation dans les prisons demeure catastrophique malgré nos appels de détresse ».
N. Ritter maintient que « nous ne pouvons pas, en 2013, toujours continuer à enregistrer des cas de patients maltraités dans certains services hospitaliers ! Il y a un problème quelque part ». Et de féliciter « ces quatre médecins référents qui s’occupent de plus de 5 000 patients, sans oublier les infirmiers et personnel paramédicaux qui se donnent sans compter dans ce domaine. Mais à défaut d’encouragement, nous allons aussi les perdre ! »
Ce week-end, l’AIDS Candlelight Memorial sera observé par différentes associations et ONG dans plusieurs quartiers du pays. Maurice est, après le Nigeria, le deuxième pays au monde qui enregistre le plus grand nombre de commémorations pour cette cause.