Le leader du MMM, Paul Bérenger, qui s’adressait samedi à des délégués de l’aile jeune du MMM, a avoué qu’avec le recul le plus grand regret de sa carrière politique a été ce qui s’est passé en 1982. Il a toutefois précisé qu’il n’entretient aucune haine pour personne bien qu’il n’oublie rien et est toujours prêt à s’engager dans la lutte politique contre ses adversaires. Il a également invité les jeunes à garder une dose d’idéalisme tout en précisant que le MMM « qui sera dans le gouvernement dans quelque temps bizin pratike ».
C’est en réponse à la question d’un jeune délégué qui lui demandait quel était son plus grand regret dans sa carrière politique qu’il a répondu : « 1982 ». « J’aurais pu vous dire que je regrette tous ceux qui ont perdu la vie dans le cadre de la lutte au sein du MMM depuis 1969 avec une pensée spéciale pour Azor Adélaïde et Fareed Mathur, mais je pense que c’est ce qui s’est passé en 1982 que je regrette le plus».
Le leader du MMM est revenu sur la cassure du MMM « par la faute de Sir Anerood Jugnauth » en premier lieu mais aussi d’autres personnes qu’il a préféré ne pas mentionner. Cette cassure, a-t-il expliqué, devait déboucher sur les élections de 1983 qui ont donné lieu à une des campagnes les plus racistes, menée en particulier contre sa personne. « Lors d’une conférence de presse donnée ce matin, j’ai fait une sortie contre Sir Anerood Jugnauth qui selon mes informations s’est engagé dans une campagne et tient en langage comparable contre ma personne », a-t-il ajouté. Il a toutefois ajouté que « fodé pas verse dans la haine ».
S’agissant du rôle de SAJ au sein du MMM, Paul Bérenger qui répondait à une autre question a rappelé que Sir Anerood avait déjà une longue carrière dans la politique après avoir élu député en 1962. Il avait déjà servi comme ministre et avait participé aux négociations constitutionnelles en 1963 en tant que membre de l’IFB. « Pour des raisons qu’il est le seul à connaître il n’avait pas participé aux élections de 1967 pour devenir magistrat ». Il a rappelé que SAJ s’est joint au MMM en 1971 alors que la répression la plus dure s’abattait sur les dirigeants du parti. Même s’il n’avait pas l’âme militante parce qu’il était plus âgé que le reste des militants, a expliqué Paul Bérenger, il est resté au sein du parti dans les moments les plus difficiles qu’à connu le MMM alors que ses dirigeants étaient en prison. En 1976, le MMM avait compté beaucoup sur son expérience d’autant que la majorité des Militants n’avaient aucune idée de la gestion du pouvoir. Après les élections il est devenu le leader de l’opposition puis Premier ministre à la suite des élections de 1982, a poursuivi Paul Bérenger.
Parti de centre-gauche
Paul Bérenger a expliqué aux jeunes présents à la municipalité de Port-Louis comment au départ le MMM était un mouvement radical et révolutionnaire pour devenir un parti de centre gauche à l’instar du Parti socialiste français. Pour lui, le MMM est d’abord un mouvement, ce qui fait toute la différence avec les partis politiques traditionnels. Il fut un temps où le MMM comprenait plusieurs tendances actives. « Maintenant c’est un parti démocratique où tout un chacun, à l’exemple de la récente assemblée des délégués, peut s’exprimer librement ».
Depuis 1969, a-t-il expliqué, le combat du MMM a deux dimensions, l’une locale et l’autre internationale. Sur le plan local, la lutte du MMM s’inscrit dans l’histoire du pays dont les deux soubassements sont la lutte contre l’esclavage et celle menée contre l’engagisme. De la même manière que les esclaves ont résisté contre leur situation jusqu’à l’abolition de l’esclavage en 1835, les coolies n’ont jamais baissé la tête.
Selon Paul Bérenger, à sa création en 1969, le combat du MMM était d’abord axé sur la lutte contre le communalisme, contre toute forme d’abus de pouvoir et pour la justice sociale. Il rappelle que le pays a été bouleversé par des bagarres raciales à deux reprises en 1965 et en 1968 à la veille de l’accession du pays à l’indépendance. Il a aussi évoqué la « politique dominère » menée par le gouvernement de l’époque dès 1969. Avant la création du MMM, les élections générales avaient été renvoyées. Il a aussi évoqué la campagne de terreur menée par le PMSD et PTr d’alors.
Syndicats professionnels
Au chapitre de la lutte syndicale, Paul Bérenger a parlé des syndicats professionnels qui opéraient à l’époque. « En plus de leurs patrons, les travailleurs se retrouvaient sous le contrôle de syndicalistes professionnels portant la cravate », a-t-il lancé. « Une des réalisations du MMM a été de donner le pouvoir syndical aux travailleurs dans tous les secteurs économiques du pays ». Ce qui avait nécessité des actions syndicales systématiques dont les grèves. Le MMM, dit Paul Bérenger, a donné aux travailleurs la dignité grâce à ses actions comme l’avait fait le PTr en 1937 et 1938. « Aujourd’hui on appelle ces actions syndicales des grèves sauvages », a-t-il déploré.
Paul Bérenger observe qu’aujourd’hui le MMM milite pour l’unité dans la diversité, la consolidation de la démocratie à travers, entre autres, la réforme électorale. Il a insisté sur le rôle joué par la commission électorale et le commissaire électoral. Il mène également un combat contre la corruption, pour le développement d’un « friendly environment », la justice sociale et la lutte pour le retour des Chagos dans la souveraineté mauricienne. « Nous sommes un parti de centre gauche de gouvernement dont l’objectif est de changer la société en respectant les réalités économiques ».
Sur le plan international, le MMM a depuis ses débuts milité contre la guerre au Vietnam, symbole de politique dominère, contre l’apartheid, pour l’indépendance de l’Érythrée, pour l’indépendance du Timor, pour le désarmement nucléaire et la sécurité nucléaire. Le changement climatique constitue également un sujet important et Paul Bérenger a souligné l’importance du sommet de Paris sur l’environnement prévu en décembre prochain. Maurice et les Seychelles sont appelées à jouer un rôle de premier plan. Parmi les autres sujets qui intéressent le MMM sur le plan international figurent la réforme du conseil de sécurité des Nations unies, la lutte du peuple palestinien pour la création d’un État tout en respectant l’État d’Israël. Il a aussi fait mention de son intérêt personnel pour les peuples opprimés. Il a cité le cas du Sahara Occidental, de la Papouasie-Nouvelle Guinée, de la Casamance. Paul Bérenger a également évoqué plusieurs grands moments de l’histoire du MMM dont l’assassinat d’Azor Adélaïde et l’année passée en prison.
Un des principaux conseils donnés aux jeunes présents est la nécessité de ne pas développer l’arrogance au pouvoir.