De nouveau, des  résultats catastrophiques propulsent Air Mauritius au-devant de l’actualité. La question de son sauvetage se pose une fois encore avec  une acuité nécessitant un changement de tutelle ministérielle. Son  devenir est désormais et de nouveau  suivi par le Premier ministre, lui-même, ce qui, en passant,  en dit long sur les compétences prêtées à celui qui en avait la charge précédemment? Décelons-nous, là, les prémices d’une fissure au sein de l’alliance ? Ce retour au statu quo ante, ne modifiera en rien la problématique de la compagnie nationale car  un changement de chambre ne suffit pas à guérir un malade.  Air Mauritius a besoin d’une thérapie de choc, nécessitant  de l’avis des nombreux observateurs  qui se sont penchés sur son cas,  une intervention chirurgicale majeure tant de fois repoussée.
Dans cette perspective qui relève maintenant de la survie, il est à craindre que le transporteur national ne puisse plus faire l’économie, dans un premier temps, d’un plan social de grande ampleur. En effet, la seule variable d’ajustement  de ses coûts, dans l’immédiat, est une sévère réduction d’effectifs.  Air Mauritius n’ayant aucune ou peu de prise sur les autres gros postes de dépense que sont le coût du carburant, les frais de navigation, et de touchées, et les frais financiers  afférents à la location
ou à l’acquisition des avions.
Question : « Combien de personnes travaillent à Air Mauritius ? Réponse : environ la moitié d’entre elles !!!». Cette boutade est ancienne et elle en dit long sur la réputation de la compagnie. Ce sureffectif est le fruit de plusieurs années de népotisme, clientélisme,  de laxisme et de pression venue du politique pour caser qui un cousin, un frère ou une relation
souvent à des postes de responsabilité. Air Mauritius à la longue, est devenue, version luxe, ce que furent les relief workers naguère. Pléthore de managers, duplication de fonctions, empilement d’incompétence, dilution de responsabilités sont autant de maux qu’aucun des huit directeurs généraux qui se sont succédé ces dernières années n’a réussi à traiter. Non pas parce qu’ils n’avaient pas conscience du problème mais parce que l’ingérence du politique ne leur en laissait pas la latitude. Tant qu’Air Mauritius sera soumis au fait du prince, cette situation perdurera. La situation exige une totale autonomie de gestion et une confiance tout aussi totale en l’équipe de direction de la part du politique; actionnaire principal, son rôle devrait se limiter à nommer le Président du Conseil d’Administration. A charge pour celui-ci de constituer son équipe, de fixer un cap, de définir une vision pour le transporteur au service et au profit de la collectivité.
Air Mauritius doit pouvoir choisir en toute indépendance les  destinations qui lui semblent les plus porteuses de succès par opposition à servir les ambitions de la politique étrangère du pays, satisfaire certains lobbies économiques et ethno politiques, ou suivre benoîtement la MTPA dans sa quête de promotion dans des pays  à potentiel touristique limité. Ainsi, il aurait
été mieux venu de consacrer les moyens financiers  au développement des marchés émetteurs traditionnels comme l’Europe, au lieu de courir, par exemple, la chimère chinoise avec l’ouverture extrêmement coûteuse de liaisons vers ce pays.
De même sa politique de renouvellement de flotte doit se faire en toute indépendance après analyse rigoureuse par ses spécialistes des besoins projetés et en ligne avec la vision, l’audace et l’ambition définies. Nul besoin « d’experts »  fussent-ils recommandés par un ex-Président français, pour mener à bien une tâche mettant en concurrence deux constructeurs, une
poignée d’institutions financières et de loueurs d’avions. Le contrat signé pour les appareils futurs dans des conditions méritant investigation, doit être revu et amendé. Air Mauritius ne peut se permettre dans la conjoncture actuelle, d’attendre  deux ans pour commencer à exploiter des avions  plus performants. Une palette de solutions à court terme est disponible. Et à
plus long terme, l’ambition serait de  se positionner, toutes proportions gardées, à la hauteur de transporteurs  comme Emirates  tant dans  la composition de la flotte, la fréquence des vols et surtout, le niveau des services en vol et au sol, qui, somme toute, conditionne  et signe le succès d’une compagnie aérienne. La recherche d’un partenariat stratégique (comme celle entre la corde et le pendu ?)  est une perte de temps. La solution ne peut venir que d’Air Mauritius. Il y a de nombreux talents au sein de la compagnie qui ragent de constater  le déclin de leur entreprise. Ils n’ambitionnent que de voir leur compétences utilisées  de façon optimale et leur compagnie débarrassée de toutes les branches mortes et sclérosées qui entravent  son essor. La futur n’a que trop attendu.