La listed Companies Minority Shareholders Association (LCMSA) ainsi que des syndicalistes ont dénoncé ce matin des nominations récentes à Air Mauritius. Ils réclament une enquête notamment sur la nomination de l’EVP HR, « qui a déjà été sanctionné dans le passé et qui aujourd’hui se voit à la tête de ce département. » Cette personne ne répondrait pas, selon eux, aux critères requis dans l’appel à candidatures. « Il faut faire une enquête avant de reprendre des gens qui étaient partis, afin de vérifier si les allégations qu’il y avait contre eux étaient vraiment infondées. » Quant à la nomination prochaine du CEO, ils ont exprimé leur crainte que soit nommée une personne qui en a affiché le souhait. « Zordi, enn CEO ki’nn koul konpani-la pe rod revini. »
Selon le président de la LCMSA, « les récentes nominations, une en particulier, nous interpellent. C’est un problème que nous jugeons très grave. Nous n’avons rien contre les personnes qui font acte de candidature pour avoir un poste. Mais est-ce que MK a bien respecté son cahier des charges?? », demande-t-il. Selon lui, des documents attestent que la personne en question « a déjà été sanctionnée par MK. Il a été en Cour pour contester et il a perdu son procès. Et, aujourd’hui, c’est cette même personne qui se trouve à la tête du département de HR. »
La LCMSA a rappelé que, selon les critères demandés pour ce poste d’EVP HR, il était mentionné : « a minimum of 12 years practical experience in Human Resources Management in a large organisation out of which at least a substantial portion (10 years) has been spent in managing a major HR function at a senior managerial position. » Or, selon les informations de la LCMSA et des syndicalistes présents, la personne concernée ne répondrait pas à ces critères.  « Le peuple a opté pour un changement dans ce pays. Il y a eu un nouveau board à Air Mauritius. Nous demandons au Premier ministre de bien vérifier ses informations, car nous pensons que certaines sont erronées. Nous demandons à ce qu’elles soient revues. »
De manière plus générale, selon Awadh Balluck, dans une compagnie gouvernementale, « si cinq personnes sont qualifiables pour un poste et qu’une est plus qualifiée, mais que celle-ci a un lourd passé, la prend-on quand même?? Il faut une enquête. » Pour Awadh Balluck, il est nécessaire de rendre publique la manière dont cette personne a été recrutée. « Certaines têtes devraient changer au sein du board car elles refilent peut-être de mauvaises informations », avance-t-il.
Pour sa part, le secrétaire de la LCMSA, Raj Ramlugun, qui a travaillé à MK pendant 28 ans, est d’avis que « MK ne peut être gérée au petit bonheur. C’est la première fois que nous avons un ministre de la Bonne gouvernance. Il faut que les faits se traduisent dans la pratique. » Selon lui, les employés de MK ont le droit d’aspirer à des promotions. Il a déploré le fait qu’« à chaque fois que le gouvernement change, il y a des changements à MK. Dans le passé on parlait de “7-step plan”, aujourd’hui on parle d’autre chose. » Raj Ramlugun s’est demandé comment il peut y avoir de la discipline dans une compagnie où il n’y a pas de CEO. « Zordi, enn CEO ki’nn koul konpani-la, avek fierte mo sipoze, akoz li’nn dekore GOSK, pe rod revini. » Le secrétaire de la LCMSA estime que MK devrait passer sous le PMO car, selon lui, « sir Anerood Jugnauth pourra apporter la discipline et prendre des décisions avec des risques calculés. »
Reprenant l’annonce de l’appel à candidatures pour le poste d’EVP HR, Raj Ramlugun estime que les critères ont d’emblée « éliminé des candidats internes parce qu’aucun d’eux n’a dix ans dans une “major HR function at a senior managerial position” vu qu’ils ne sont jamais promus. » Par ailleurs, il dénonce les anciens membres du board de MK : « ceux qui ne siègent plus ne peuvent pas avoir des billets à vie pour eux et leur famille. »
De son côté, Ram Maheswar, du syndicat AMSA, a décrit la « déception des syndicats ». « Nous nous attendions à du sang neuf pour remplir les postes à haute responsabilité et pour faire face aux défis qui guettent la compagnie. » Il a rappelé que durant les dix dernières années, MK a eu 7 CEO et 5 EVP HR. « Ce n’est pas concevable que dans une aussi prestigieuse compagnie, il n’y ait pas de continuation au niveau du senior leadership, car la compagnie ne peut prospérer comme il le faut. » Ram Maheswar est d’avis que « la bonne gouvernance doit primer à MK. Nous lançons un appel au Premier ministre et au ministre de la Bonne gouvernance pour qu’ils jettent un oeil particulier sur MK. Les droits des employés ne sont pas respectés. L’increment de 2015 avec arrérages n’a toujours pas été payé. Les employés attendent depuis bientôt un an. »
Ivor Tan Yan, négociateur syndical, a attiré l’attention sur la particularité de la conférence de presse qui était singulièrement animée par des syndicats et des actionnaires. « C’est parce qu’ils appréhendent la même chose », devait-il décrire. Ivor Tan Yan a également fait allusion au Casino de Maurice pour plaider que MK ne connaît pas le même sort. « L’an dernier, l’ancien directeur est revenu en triomphe. Aujourd’hui, il y a des employés qui perçoivent leur salaire, mais qui restent chez eux parce que le Casino de Grand-Baie n’est pas encore opérationnel. En sus de cela, les employés n’ont pas eu leur bonus », rappelle-t-il. Ivor Tan Yan s’est par ailleurs demandé si « l’objectif de MK est de faire progresser la compagnie ou de gratifier certains petits copains. Le mot “petit copain” revient un an après l’entrée au pouvoir du gouvernement, après que le peuple en avait marre des “petits copains” ». Pour lui, « le « mismanagement” n’est plus un obstacle aujourd’hui pour avoir une promotion. »