La dernière Private Notice Question (PNQ) de cette session parlementaire a porté sur la difficile situation financière de la compagnie d’aviation nationale. Répondant aux questions du leader de l’Opposition, Paul Bérenger, le ministre du Tourisme, Xavier-Luc Duval, n’a pas écarté la possibilité pour la compagnie d’avoir un partenaire stratégique. Interrogé quant à des éventuels licenciements au sein d’Airmate, une filiale d’Air Mauritius, XLD a répondu que « rien ne sera écarté. Nous étudierons toutes les mesures possibles. Air Mauritius se trouve dans une situation très difficile ». Il a par ailleurs indiqué que la compagnie va de l’avant avec l’achat de nouveaux Airbus. Six Airbus A 340-300 seront remplacés par des Airbus A 350-900 qui ont des coûts de maintenance plus bas alors que les économies en termes de fuel sont estimées à 25 %. Deux de ces appareils entreront en service en 2017 alors que les quatre autres ont été achetés d’Airbus, dont deux seront livrés en 2019 et deux en 2020.
Le leader de l’Opposition a demandé au ministre du Tourisme : « En ce qui concerne Air Mauritius Ltd, est-ce que la compagnie se trouve dans une situation financière urgente étant donné les pertes accumulées, les dettes et le découvert bancaire ? Si tel est le cas, quelles sont les mesures correctives qui sont prises par rapport à cette situation ? Est-ce qu’un nouvel accord de hedging est en vigueur ? Est-ce que l’achat d’une nouvelle flotte est en cours et est-ce que la compagnie détient des détails concernant la nouvelle politique du gouvernement pour une approche plus libérale en vue d’ouvrir l’accès aérien et enfin, l’actuelle composition du board de la compagnie et le statut du Chief Executive ».
Le Premier ministre adjoint, Xavier-Luc Duval, a rappelé d’entrée qu’Air Mauritius est une compagnie publique incorporée sous la Companies Act et est gérée par un conseil de direction. De plus, elle est cotée à la bourse des valeurs où elle compte quelque 13 000 actionnaires, dont le gouvernement. Il rappelle que, conformément aux règles boursières, les informations sensibles susceptibles d’affecter la valeur boursière doivent être communiquées en priorité à la SEM. Et que par conséquent il ne peut communiquer les informations tenant compte des paramètres légaux. Le ministre a ainsi indiqué que l’industrie de l’aviation mondiale est marquée par une compétition farouche dans un environnement économique en pleine dépression en particulier en Europe et des prix de carburant volatiles.
Sur le plan régional, le Premier ministre adjoint a noté des développements majeurs avec les investissements d’Etihad dans Air Seychelles et le renflouement de SAA, de Kenya Airways par les gouvernements de ces pays. « C’est dans cet environnement extrêmement volatile qu’Air Mauritius est appelée à opérer et à entrer en compétition avec une flotte vieillissante. En effet les A340 sont des quadrimoteurs utilisés pour les longs trajets et sont des gros consommateurs de carburant et demandent un entretien constant », a dit XLD. Il rappelle que les résultats financiers annuels d’Air Mauritius depuis 2010-2011 ont été comme suit : des profits de 9,9 millions d’euros en 2010-2011, perte de 29,2 millions d’euros en 2011-2012, perte de 3,6 millions d’euros en 2012-2013, et des profits de 7,3 millions d’euros en 2013-2014. Depuis décembre dernier, la compagnie a enregistré des pertes de l’ordre de 9,1 millions d’euros. Indépendamment des résultats enregistrés durant les années précédentes, la compagnie a été en mesure de disposer de revenus de l’ordre de 36,4 millions d’euros. De plus, selon le conseil de direction, la compagnie avait suffisamment de fonds et des facilités bancaires pour respecter toutes ses dettes et ses obligations financières comme indiqué dans un communiqué diffusé le 4 mai dernier. Les directeurs sont également pleinement au courant de la situation difficile dans laquelle se trouve actuellement la compagnie et ont pris une série de mesures pour assurer la viabilité de la compagnie. Ces mesures comprennent la nomination d’une firme de consultant internationale pour revoir son « business model », l’amélioration de l’efficience de la productivité, l’organisation d’un audit des ressources humaines, l’organisation d’un « forensic audit » du cargo, l’amélioration de la qualité, la réduction des coûts en général, l’amélioration des alliances conclues avec des compagnies aériennes sur toutes les destinations, l’achat de nouveaux appareils et la planification des mesures pour améliorer le produit et la compétitivité de la compagnie.
Le ministre du Tourisme a indiqué que, le 13 janvier 2015, son ministère a demandé au ministère de la Bonne gouvernance de mener une enquête sur l’acquisition d’une nouvelle flotte. Le même ministère mène une autre enquête sur le département cargo de la compagnie. Xavier Duval a rappelé qu’en février 2012, un 7-step recovery plan avait été mis sur pied pour le redressement de la compagnie. Ce plan de redressement visait entre autres à surmonter le problème de dépréciation de l’euro vis-à-vis du dollar et des autres devises. Mais, en dépit de tout cela, dit-il, « le cash flow d’Air Mauritius est stable et le gearing ratio conforme aux industry norms. La compagnie génère suffisamment d’argent pour honorer ses obligations financières. De plus, elle a des secured banking facilities sur lesquelles elle peut compter en cas de besoin ».
XLD a par ailleurs indiqué que les activités de hedging ont été effectuées conformément au « legal and regulatory framework under the International swaps and derivatives association master agreement ». Paul Bérenger voulant obtenir confirmation que les chiffres en termes de perte pour la période se terminant à mars 2015, soit Rs 800 M, le ministre a tenu à préciser que les chiffres qui circulent sont des « unaudited figures » dont certains ont été véhiculés par des « rumeurs ».
S’agissant de l’évocation de possibles licenciements à Airmate, Xavier Duval a indiqué que même si la situation inspire la sympathie, « cela doit être placé dans le contexte général, avec des pertes qui sont occasionnées et la nécessité de préserver autant d’emplois que possible. Ce sera au board de directeurs de prendre la décision ». Interrogé quant à d’éventuels partenaires stratégiques, le ministre a répondu que « c’est toujours une option. Nothing is being left out. Laissons-les venir et nous déciderons ».
Concernant l’acquisition de nouveaux Airbus, le ministre a indiqué qu’un Memorandum of Understanding a été signé le 6 juillet 2014 et une commande faite une semaine avant les législatives. Interrogé quant au nombre supplémentaire de vols qu’il y aura dans le cadre de l’ouverture de l’accès aérien, le ministre a indiqué qu’il y a l’accès aux marchés principaux et l’accès au marché régional. « Hopefully, there may be susbstantial developments between China and Mauritius, India/Mauritius and Africa/Mauritius ».
De son côté, le leader des rouges au Parlement, Shakeel Mohamed, a demandé au ministre de se pencher sur tous les items coûteux pour la compagnie à commencer par les avantages accordés aux « high flyers, les présidents et vice-présidents » en vue de réduire les dépenses. Le ministre a répondu que « le board se penche sur les mesures et personne ne sera épargné ». Le député Ameer Meea a voulu savoir si les subsidiaires de la compagnie pourraient aider à combler ses pertes. Le ministre a répondu que tel pourrait être considéré. Le whip de l’Opposition, Rajesh Bhagwan, a cherché l’assurance du ministre pour qu’il n’y ait pas d’interférence politique dans l’achat d’équipements à la compagnie d’aviation. Ce à quoi, le ministre a répondu : « La compagnie se trouve dans une situation très difficile et devra retrouver sa stabilité sans aucune interférence ».