Hong Kong avant (à gauche) et après le coronavirus…

Le coronavirus, qui a aujourd’hui mis le monde à genou, a aussi paradoxalement de bons côtés. En l’occurrence, le confinement forcé aura permis une amélioration conséquente de notre environnement. La question demeure cependant : que fera-t-on lorsque cette crise sanitaire sera passée ?

L’actualité n’apporte pas que des mauvaises nouvelles : le confinement forcé provoque déjà une impressionnante amélioration de notre environnement. Mais conserver ce retour de la nature nécessitera des sacrifices. La France, qui compte parmi les pays les plus touchés, plonge ainsi, contrainte, dans une ère lugubre dont nul ne connaît la durée ni l’issue. Les mauvaises nouvelles sont claironnées chaque soir, à heure fixe, à des Français hypnotisés par leur télévision qui les libère, le temps d’une conférence de presse, des saillies numériques de cet harceleur portable qui leur notifie le pire, minute après minute, d’un bruit de clochette funeste.

Dans certaines villes, un pas supplémentaire a été franchi dans les mesures de confinement : celui du couvre-feu, qui a d’ailleurs été rapidement mis en place chez nous. A Arras, par exemple, dans le Pas-de-Calais, des trompettes de l’Apocalypse résonnent le soir dans les rues désertes, répandant dans les foyers reclus ce vacarme familier que l’on entendait “avant guerre” d’une oreille distraite, le premier mercredi de chaque mois.
Certains ne sont déjà plus témoins des bouleversements de notre quotidien. Leur langueur n’est plus, ils sont morts. Dans cette guerre contre le coronavirus, “nous partîmes 500, mais par un prompt et inopportun renfort, nous nous vîmes 3 000, puis 30 000 et bien davantage”.

Venise renaît

Les motifs de réjouissances sous ces ladres auspices sont en effet bien maigres mais, pourtant, la nature reprend son souffle quand l’homme cherche le sien. C’est d’une tristesse infinie, mais c’est un fait : partout où l’activité humaine est en berne, les rivières se repeuplent, l’air se purifie, la faune investit les villes et la flore s’empare de nos murs. Pour la première fois depuis l’invention des bateaux à moteur, les eaux de Venise, d’ordinaire aussi sombres et malodorantes qu’un égout à ciel ouvert, retrouvent un aspect cristallin et la délicieuse odeur des reflux marins.

Ici comme à Cagliari, en Sardaigne, un dauphin a été aperçu. A grand renfort de cygnes et de poissons qui réinvestissent les lieux désormais protégés des déjections anthropiques, la nature s’est emparée de Venise. Partout ou les hommes ont arrêté leurs activités, la nature s’invite. En Chine comme dans le nord de l’Italie, le taux du suffocant dioxyde d’azote est en chute libre. La cacophonie mécanique des moteurs vrombissants a laissé place aux murmures printaniers des oiseaux dans les boulevards parisiens. A New-York ou San Fransisco, l’air semble, déjà, de nouveau respirable.

Chaque année à travers le monde, l’air sale cause de graves lésions pulmonaires et cardiaques, provocant la mort prématurée de plus de 8 millions de personnes. Le coronavirus va tuer les humains par milliers, mais la pureté retrouvée de l’air, même épisodique, pourrait en sauver des milliers d’autres… si nous parvenons à tirer des leçons de cette catastrophe sanitaire. Le jour d’après, les gouvernants du monde devront prendre acte de ce cataclysme psychologique sur les hommes : nous pensions naïvement que les grandes pandémies resteraient à jamais prisonnières des livres d’Histoire. Le coronavirus fait à peine son entrée dans nos vies, mais dès qu’il en sera sorti, nous devrons peut-être sacrifier un certain confort matériel pour continuer à nous émerveiller des bienfaits de la nature retrouvée.

Comment jouir du confort que nous apporte la vie moderne, par définition polluante, et du retour de la nature en ville ? Si le rêve des écologistes se réalise, c’est au prix d’un cauchemar pour l’humanité. De nombreux défis, économiques, industriels, sociétaux, nous attendent. Parmi eux, la recherche d’une relation gagnant-gagnant entre l’homme et la nature.

Le coronavirus entraîne le report voire l’annulation de nombreuses manifestations politiques, économiques, sociales et culturelles. Qu’en est-il des temps forts internationaux de l’écologie en 2020 ? Peu à peu, le monde semble s’arrêter et se confiner afin de se concentrer sur l’urgence sanitaire du Covid-2019. Cette année était pourtant placée sous le signe de la biodiversité et du climat, avec de grandes attentes dans ces deux domaines.
Étant donné l’évolution rapide de la situation, les événements prévus de longue date peuvent se voir reporter ou annuler. Le quotidien britannique The Guardian a ainsi évoqué les appels au maintien de la COP26 sur le climat prévu à Glasgow en novembre 2020. Tout dépendra bien sûr de l’évolution de la situation. Certains pensent n tout cas qu’un report pourrait donner un peu plus de temps à la diplomatie pour trouver un compromis sur l’application de l’Accord de Paris sur le climat.

Il faut cependant savoir qu’une COP réunit entre 20 000 et 30 000 personnes du monde entier. Un ancien membre de délégations présent lors des précédentes négociations sur le climat joint par GoodPlanet Mag explique que rien n’est encore décidé sur la session de Bonn, qui doit accueillir 2 000 à 4 000 personnes au mois de juin pour préparer la COP26. Il craint que sans celle-ci, « il ne soit pas possible de préparer la COP26, qui a deux dimensions, soit une technique et une politique ».

Deux événements majeurs au sujet de la biodiversité sont aussi au programme de 2020 avec le Congrès mondial de l’Union Internationale pour la Conversation de la Nature (UICN) en France et la COP15 de la Convention sur la Diversité biologique (CBD), qui doit fixer un agenda pour préserver la biodiversité au niveau mondial d’ici 2050. Là aussi, aucune certitude quant à leur maintien.