Les animateurs de la Confédération des Travailleurs du Secteur Privé (CTSP) et des employés d’Airmate Ltd ont manifesté ce midi devant l’Hôtel du gouvernement pour alerter l’opinion publique sur « la discrimination flagrante » dont seraient victimes les employés de cette filiale appartenant à 100% à Air Mauritius Ltd. Jane Ragoo, secrétaire de la CTSP, situe cette manifestation dans le cadre de leur campagne contre la précarité au travail.
« Si on laisse une compagnie appartenant à l’État comme Air Mauritius créer une compagnie subsidiaire pour pouvoir exploiter honteusement les travailleurs en introduisant ainsi la précarité au travail (voir encadré), imaginez ce qui passerait dans le pays demain si les compagnies du secteur privé commençaient à l’imiter », s’alarme, dans une déclaration au Mauricien, la secrétaire de la CTSP, centrale syndicale à laquelle est affiliée la Private Enterprises Employees Union (PEEU), qui représente les intérêts des quelque 700 employés d’Airmate Ltd. Initialement un centre d’appel, Airmate Ltd est une compagnie appartenant à 100% à la compagnie d’aviation nationale. Par la suite, elle a commencé à diversifier ses activités et à recruter du personnel pour d’autres tâches.
Jane Ragoo rappelle qu’à partir de 2008, Airmate Ltd a embauché des personnes pour faire le même travail que celles employées par Air Mauritius, « mais elles sont payées trois fois moins que les employés d’Air Mauritius pour faire le même travail et dans les mêmes conditions ». La CTSP et la PEEU estiment qu’il s’agit d’une « flagrante discrimination » envers les employés d’Airmate Ltd et une violation de la Section 20 de l’Employment Rights Act (ERA), qui stipule, entre autres, que « work of same value should be equally remunerated ».
Cette affaire a pris une tournure légale quand la nouvelle s’est répandue qu’Air Mauritius Ltd se proposait de vendre les actions qu’elle détient dans Airmate Ltd à une tierce compagnie. « Nous avons décidé de contester cette décision en justice, à travers une injonction, parce que cela aurait d’une part permis à Air Mauritius de se tirer d’affaire et, d’autre part, aurait privé la CTSP de protéger les intérêts des employés d’Airmate, qui se seraient alors retrouvés sous une nouvelle administration », explique Jane Ragoo. Elle se félicite que les représentants légaux d’Air Mauritius aient pris l’engagement devant la juge Rita Teelock de ne pas aller de l’avant avec la décision de la compagnie nationale de céder ses parts dans Airmate Ltd.
« Pour nous, la création d’Airmate n’est rien d’autre qu’une ruse d’Air Mauritius pour dépouiller les employés de leurs droits légitimes. C’est pourquoi nous n’avons pas hésité à qualifier Air Mauritius de “gangster de l’économie”, de par la façon dont les droits des employés d’Airmate Ltd ont été lésés pour maximiser les profits de la compagnie d’aviation nationale », a déclaré la syndicaliste. À noter que l’expression “gangsters de l’économie” a été inventée par Raymond Fisman et Edward Miguel dans leur livre Les gangsters de l’économie : Corruption, violence et pauvreté des nations (2008) pour dénoncer les gouvernements, bureaucrates et trafiquants qui détournent l’aide au développement et exploitent les travailleurs.
« Nos hommes de loi nous ont bien fait comprendre que si l’on permet à une compagnie nationale comme Air Mauritius de créer une compagnie subsidiaire comme Airmate Ltd afin de confisquer les droits fondamentaux des employés, cela créera ce qu’ils appellent en droit “un précédent diabolique”. Demain, selon nos hommes de loi, toutes les autres compagnies de Maurice pourraient alors créer de telles compagnies subsidiaires pour porter atteinte aux droits fondamentaux des employés. La création d’Airmate Ltd, estiment nos hommes de loi, est ce qu’ils appellent en droit un “colourable device” pour faire des économies sur le dos des travailleurs. Car, ne l’oublions pas, Airmate Ltd est le bébé du scandale de “hedging” dans le sens que cette compagnie permet à Air Mauritius de diminuer ses frais en faisant sa main-d’oeuvre de travailler dans des conditions précaires », poursuit Jane Ragoo.
La syndicaliste a annoncé que, lors d’une récente rencontre avec le nouveau président du board d’Air Mauritius, Arjoon Suddhoo, celui-ci leur a demandé un délai afin de pouvoir se familiariser avec ce dossier. « Nous pouvons comprendre cela. Mais comme jusqu’ici il n’y a rien de concret pour ces pauvres employés, nous continuons notre mobilisation sur le terrain contre le travail précaire. »