La direction d’Air Mauritius a désamorcé in extremis la mise à exécution de la menace de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP) d’« occuper » l’Air Mauritius Building en envoyant une lettre à la fédération syndicale en réponse à ces deux demandes. La CTSP réclamait l’intégration des employés d’Airmate au sein d’Air Mauritius et le gel des licenciements à Airmate. L’ultimatum syndical expirait ce midi. La CTSP a en revanche signifié son intention d’intensifier sa campagne contre « la discrimination » dont sont victimes les employés d’Airmate Ltd.
Dans sa réponse aux syndicalistes de la CTSP, Air Mauritius les informe qu’« en attendant le rapport de l’Human Resource Audit que le board a commandité et qu’on attend d’ici deux semaines, la compagnie continuera ses opérations comme elle l’a fait jusqu’ici ».
« Air Mauritius nous fait ainsi comprendre que l’exercice de retrait des employés d’Air Mauritius des départements où travaillent également ceux d’Airmate Ltd, exercice qui était en cours, a été suspendu en attendant le rapport d’un audit des ressources humaines de la compagnie que le board a commanditée d’ici deux semaines », a commenté le président de la CTSP, Reeaz Chuttoo, lors d’une conférence de presse qu’il animait ce midi sur les marches de l’Air Mauritius Building, à Port-Louis. Selon le syndicaliste, Air Mauritius accède ainsi à la première demande de la fédération.
Suivant la seconde requête de la CTSP réclamant le gel des licenciements des employés d’Airmate et le rappel des lettres de licenciement déjà envoyées, la direction d’Air Mauritius a répondu à la fédération syndicale que cette question sera référée au board Airmate Ltd, car c’est une affaire qui concerne Airmate Ltd. « C’est une réponse qui nous laisse sceptiques. D’autant plus que nous savons que Airmate Ltd est une compagnie qui appartient à 100% à Air Mauritius et que toutes les décisions stratégiques concernant Airmate Ltd sont prises par la direction générale d’Air Mauritius. Cette réponse nous laisse malheureusement comprendre que la direction d’Air Mauritius s’en lave les mains avec le sort des employés d’Airmate Ltd. Cette position rejoint celle du ministre Xavier-Luc Duval qui, à l’Assemblée nationale, a exprimé sa sympathie pour les employés d’Airmate Ltd, mais a fait comprendre qu’il faut considérer le contexte financier d’Air Mauritius. C’est un aveu de taille démontrant que le gouvernement n’est pas du côté des employés d’Airmate Ltd », a-t-il expliqué.
Dans ce contexte, a poursuivi pour sa part la secrétaire de la CTSP, Jane Ragoo, la CTSP intensifiera sa campagne sur le terrain. « Vendredi matin, nous serons à Plaine-Magnien et la semaine prochaine à Ébène, au siège d’Airmate Ltd », a-t-elle annoncé. Rappelons que la Private Enterprises Employees Union (PEEU), une affiliée de la CTSP, représente les employés d’Airmate Ltd.
Airmate Ltd était, à sa création en 2008, un centre d’appels appartenant à 100% à la compagnie d’aviation nationale. Par la suite, elle a commencé à diversifier ses activités et à recruter du personnel pour d’autres tâches. « Le problème, c’est que les quelque 700 employés d’Airmate Ltd sont payés trois fois moins que les employés de la compagnie d’aviation nationale alors qu’ils font le même travail et dans les mêmes conditions. C’est une discrimination inacceptable », s’offusque la CTSP. La centrale syndicale et la PEEU estiment que cette « flagrante discrimination » envers les employés d’Airmate Ltd est une « violation » de la Section 20 de l’Employment Rights Act (ERA). Celle-ci stipule, entre autres, que « work of same value should be equally remunerated ».