À partir de ce week-end, les dés sont jetés de manière définitive dans les procédures pour l’extradition de Nandanee Soornack, placée en état d’arrestation à Parme, Italie, le jeudi 16 avril dernier. En effet, deux officiers du Central CID, le chef inspecteur Tritrudeo Dawoodharry et l’inspecteur Goparlen Goinden, devaient prendre l’avion dans la soirée d’hier pour se rendre en Italie pour engager de manière formelle avec les autorités judiciaires de ce pays l’extradition de Madam Ou Kone ki Mwa. Cette décision fait suite à l’échec des négociations engagées avec l’intermédiaire d’une Mutually Trusted Party pour tenter de faire venir cette suspecte et complice présumée de Navin Ramgoolam dans de cas allégués de trafic d’influence et de blanchiment de fonds, notamment avec le contrat de gestion et d’approvisionnement des boutiques hors taxes de la Mauritius Duty Free Paradise.
Dans leurs bagages, les deux officiers de police, affectés à la section locale d’Interpol, apportent des Charge Sheets en vue de convaincre les autorités italiennes d’accéder en faveur de l’extradition de Nandanee Soornack, celle que Navin Ramgoolam a reconnue comme étant « une de ses erreurs » lors d’un point de presse lundi dernier. Ces accusations prennent à contre-pied la déclaration de Me Yahia Nazroo, qui a soutenu publiquement que sa cliente ne fait face à aucune inculpation provisoire.
Les recoupements d’informations effectués par Le Mauricien auprès de sources concordantes indiquent que l’ancienne patronne d’Airway Coffee fait face à trois charges provisoires, soit de blanchiment de fonds pour un montant initial de 430 000 euros (environ Rs 18 millions), de trafic d’influence lors de l’octroi de contrats majeurs à l’aéroport et de Conspiracy. La décision des autorités de passer à la vitesse supérieure pour réclamer l’extradition de Nandanee Soornack fait suite à un Breakdown dans des tractations en vue d’arriver à un accord avec le central CID pour un « retour en douceur » de celle-ci avec en contrepartie une coopération à toute épreuve dans principalement les enquêtes sur les commissions alléguées versées avec les contrats alloués à la compagnie Dufry de Suisse pour les boutiques hors taxes et les filières de transferts de devises étrangères pour le compte de l’ancien Premier ministre.
Des sources bien renseignées avancent que les contacts établis entre les autorités, représentées par deux émissaires, et Nandanee Soornack, à travers une « Mutually Trusted Party » avait atteint un stade bien avancé avant que n’intervienne le gel depuis le début de cette semaine. La principale condition imposée par celle d’où est venue la chute de Navin Ramgoolam était qu’elle devait pouvoir rentrer en Italie vu que sa benjamine y a déjà entamé sa scolarisation dans le système scolaire. Elle devait également bénéficier de protection policière lors de son séjour à Maurice.
Pas de grosse objection majeure formulée par rapport à cette demande, considérée comme étant des plus légitimes sauf que la teneur de sa déposition et de ses révélations sur les dessous des transferts de fonds et de blanchiment de fonds devait se matérialiser. Néanmoins, l’intervention d’une tierce partie mettant Nandanee Soornack en garde contre un « éventuel piège des autorités » a nettement refroidi celle-ci. Cette même source lui a également donné la garantie qu’en aucune façon, Maurice allait pouvoir concrétiser cette demande d’extradition brandie comme une menace.
Depuis les révélations sur des commissions de Rs 100 millions versées à la société Dryfu, incorporée en Suisse au nom de Nandanee Soornack, cette dernière avait soutenu, par la voix de ses conseils légaux, dont Me Raj Boodhoo, basé à Londres, qu’elle n’était qu’un prête-nom dans ces transactions et qu’elle n’avait pas bénéficié de ces commissions comme il a été allégué. Les émissaires engagés dans ces négociations pour faire venir à Maurice la patronne d’Airway Coffee avec un éventuel statut de Star Witness affirment avoir eu des contacts avec la Most Trusted Party et également avec des proches de Nandanee Soornack en personne et au téléphone en pas moins de treize occasions. Un des lieux de contacts privilégiés a été le Sir Seewoosagur Ramgoolam International Airport Terminal, en particulier les locaux d’Airway Coffee.
Les révélations présumées devaient porter sur les détails d’un Agency Sales Agreement entre la société helvétique Dufry, fournisseur attitré de la Mauritius Duty Free Paradise Co Ltd et Frydu. Le montant des commissions versées d’octobre 2012 à janvier de cette année s’élève à Rs 100 millions (2 129 688 euros). Ces commissions représentent 4,2 % des ventes de whisky et de produits de luxe réalisées par la Mauritius Duty Free Paradise à l’aéroport de Maurice et de Rodrigues. La dernière commission de 296 466.70 euros a été versée bien après les dernières élections générales, soit exactement le 16 janvier en Suisse. Six transferts de fonds avaient été effectués entre le 25 octobre 2012 (431 000 euros) et le 16 janvier de cette année. La plus importante commission de 469 719 euros avait été versée le 21 octobre 2013.
Mais avec l’extradition éventuelle de Nandanee Soornack, la partie devra se jouer autrement avec son interrogatoire Under Warning et une éventuelle objection à sa remise en liberté provisoire vu que depuis le 11 décembre dernier, soit le jour de la proclamation des résultats des élections générales, cette suspecte avait quitté Maurice avec douze valises enregistrées en son nom.
En tout cas, la bataille de l’extradition sera initiée devant les instances appropriées en Italie dès ce week-end…