Trois ans et demi après son lancement, Al Rashid Industrial Bakery Ltd (ARIB) a fait du chemin. Cette compagnie produit et commercialise plusieurs variétés de pain et de viennoiseries grâce à un concept de précuit surgelé portant la marque “Copain” à partir de son usine de Plaine-Lauzun. Cette entreprise est présente dans certaines grandes surfaces commerciales et dans une quarantaine de « points frais », qu’elle a aidés à mettre en place. Son directeur, Nazir Hosany, a maintenant comme objectif la démocratisation de cette industrie « dans le sens où tout le monde peut devenir son propre boulanger ».

C’est la famille tout entière qui est derrière le projet ARIB après que le patriarche, Nazir Hosany, avec ses 35 années d’expérience dans le domaine, aura montré la voie du produit « frais et chaud, disponible à tout moment, tout en respectant l’hygiène et la qualité ». Aujourd’hui, dit le patron d’ARIB, « nous sommes assez présents sur le marché ». Il explique : « Nous développons des mini-boulangeries qui sont à la portée de la population. Ce sont aussi des “one-stop shop”, où les consommateurs peuvent obtenir tous les produits de la boulangerie, comme de la viennoiserie, des baguettes, du pain maison, du pain rond et autres sandwiches, buns et wraps, tant cuits que précuits. Ils obtiennent des produits frais à tout instant. »

Nazir Hosany observe que les Mauriciens ne dérogent pas à leur tradition de manger un pain chaud et que, la plupart du temps, ils ne l’obtiennent ni dans les boulangeries traditionnelles ni en grandes surfaces commerciales. « Par contre, dans une mini-boulangerie que sont les points frais, ils obtiennent des produits frais et chauds à toute heure, en sus de la qualité. Nous travaillons aussi avec des moyennes surfaces qui découvrent l’avantage du précuit surgelé, concept qui a été développé en Europe et qui a fait ses preuves sur le Vieux Continent », relate-t-il.

Selon notre interlocuteur, les consommateurs n’ont qu’à acheter du pain précuit surgelé, le mettre au frigo puis, lorsqu’ils en ont besoin, le mettre à cuire pendant dix minutes au four. « Ils obtiennent ainsi un pain frais et chaud en même temps directement chez eux. Ils ne doivent pas sortir tous les matins pour se rendre à la boulangerie. Li osi fasil ki sa. L’autre avantage est le “zéro gaspillage” car le pain rassis n’existe pas et on ne jette pas le “Copain” », fait ressortir Nazir Hosany.

S’il semble y avoir un problème d’adaptation à Maurice, selon notre interlocuteur, « il n’y a toutefois aucune raison pour que le précuit surgelé ne marche pas chez nous » car l’adaptation « pe vini dousman dousman ». Mais certaines grandes surfaces, déplore-t-il, ne jouent pas le jeu et ne distribuent pas ses produits. « Elles ne trouvent pas un espace d’un mètre carré dans leurs magasins pour exposer nos produits. Pourtant, leur clientèle elle-même en cherche. C’est aberrant. Nous n’allons pas cannibaliser leurs produits. Au contraire, ils amènent de nouveaux clients vers eux », souligne le directeur d’ARIB.
C’est ainsi que cette entreprise a lancé sa stratégie qui consiste à mettre en place des « points chauds » à travers l’île. Elle en compte pour l’instant huit franchisés et 35 autres qui achètent ses produits et les vendent aux consommateurs. « Nous lançons un appel aux moyennes surfaces de saisir cette opportunité d’acheter le précuit surgelé, de le faire cuire dans un four et de le vendre à la clientèle. Il n’y a pas, dans ce commerce, l’investissement d’une boulangerie. Rien qu’avec un petit four et un freezer, ils peuvent offrir le service d’une boulangerie. » De plus, nul besoin d’une main-d’œuvre qualifiée car n’importe qui peut faire le travail, et ce « après une petite formation », souligne Nazir Hosany. « Je suis confiant que de nombreux autres points chauds ouvriront leurs portes bientôt dans tout le pays. »

« La maladie du siècle »

Notre interlocuteur revient sur les difficultés auxquelles font face toutes les grandes boulangeries, dont une production en baisse constante, et ce parce que, selon lui, une grosse part du marché a été conquise par les grandes surfaces, qui fabriquent elles-mêmes leurs pains. « Les boulangeries sont en train de perdre du terrain sur ce marché du pain. Nous l’avons vu venir. Raison pour laquelle nous avons développé le précuit surgelé », dit-il.

Un autre défi auquel fait face cette industrie est celui que Nazir Hosany appelle « la maladie du siècle », c’est-à-dire le manque de main-d’œuvre. « Sans les étrangers, nous serions foutus. Les Mauriciens n’auraient pas de pain pour manger le matin », soutient-il. Pour lui, cette industrie a besoin du soutien du gouvernement car, dit-il, elle est d’une première nécessité. « ARIB pallie quelque peu ce problème grâce au concept de précuit et surgelé », affirme-t-il. Le directeur de ARIB trouve aussi nécessaire la mise en place d’une école de formation à la boulangerie, qui compterait environ 200 entités, comme il y en a dans l’hôtellerie, dans le sport et dans d’autres secteurs. « Kouma pou fer si pena dimounn pou travay ladan ? Il y a de l’avenir dans cette industrie car les gens ne vont pas arrêter de consommer du pain. Je pense qu’une école de formation viendrait aider ce secteur. Ce qui malheureusement a été “looked down” par les autorités. La Réunion a son école de formation, alors pourquoi pas Maurice  ? » se demande-t-il.

Pour Nazir Hosany, “Copain” « représente l’avenir » car « les boulangeries traditionnelles sont incapables de répondre à la demande et à l’exigence de la clientèle avec ses problèmes tels la main-d’œuvre, la qualité, la facilité et la variété dans les produits ». Et d’ajouter : « Pour nous, la qualité n’est pas un problème. Notre usine est certifiée HACCP et “halaal certified”. Nous travaillons aussi pour obtenir d’autres certifications ISO par rapport à la qualité et l’hygiène. » ARIB opère six jours la semaine, de 6h à 20h, et ce à partir des commandes obtenues et selon sa planification quotidienne. Elle emploie une quinzaine d’étrangers, qui assurent la production. Des Mauriciens s’occupent, eux, de la distribution dans trois véhicules réfrigérés. L’administration est également mauricienne.
Malgré sa longue carrière dans la boulangerie traditionnelle, Nazir Hosany affirme que “Copain” n’aurait pas été possible sans l’aide de ses quatre enfants. « Sans eux, mo ti pou fel », relate-t-il. Ce sont eux qui pilotent cette usine, ayant tout appris sur le tas aux côtés des nombreux techniciens venus installer les machines. « La technologie, c’est pour les jeunes », lâche-t-il.