Partout où il se rend à travers le monde, le grimpeur Alain Robert, alias l’homme araignée, crée un véritable événement. Considéré par les médecins comme paralysé à 66 % à la suite d’une chute lors d’une descente en rappel due à noeud mal fait, l’homme ne s’est pas découragé et a réalisé plusieurs exploits comme l’ascension du plus haut gratte-ciel du monde, le Burj Khalifa (828 mètres), sans oublier l’Empire State Building (381 mètres) et les Petronas Twin Towers (452 m). Une belle leçon de vie qui inspire des milliers de personnes dans les conférences qu’il anime. Passionné d’escalade depuis son enfance, l’homme araignée estime qu’il n’y a que dans la passion qu’on arrive à se surpasser. Rencontre…
Qui est Alain Robert ? Pouvez-vous nous raconter votre parcours ?
Alain Robert, c’est un mec qui a la passion de l’escalade depuis l’âge de 11 ans. J’ai commencé à grimper des falaises en 1975, après la haute montagne. J’ai eu l’opportunité en 1994 de passer à des gratte-ciel. L’idée venait d’un fabricant de montres Suisse qui avait basé à l’époque toute sa communication sur les sports extrêmes et qui faisait des films sur différents athlètes/disciplines. Il souhaitait avoir quelqu’un qui grimpe mais il voulait avoir quelque chose de différent de l’escalade traditionnelle. Comme j’étais déjà connu pour mes escalades en solitaire sur du rocher, on m’a proposé de faire la même chose cette fois-ci sur des gratte-ciel. J’ai trouvé ça un peu fou comme demande. On m’a payé un voyage aux États-Unis pour repérer les gratte-ciel. J’ai vu que ça pouvait être réalisable et qu’il y avait un gros potentiel. La compagnie s’est ensuite chargée d’obtenir les autorisations pour grimper les bâtiments. Mais on n’arrivait pas à les avoir. Les propriétaires refusaient à tous les coups. Au bout d’un mois et demi, la compagnie a changé de stratégie. On a parlé aux avocats et on leur a demandé ce qui se passerait si je les grimpais illégalement. On nous a expliqué que j’allais être interpellé, voire passer une nuit ou deux en détention, mais rien de bien grave. D’ailleurs j’ai trouvé ça assez sympathique.
Vous escaladez en solo à mains nues des gratte-ciel depuis 1994, qu’est-ce qui vous motive à réaliser de tels exploits ?
Toute ma vie a été vouée à l’escalade. Depuis mon enfance, il y a une notion qui m’a interpellé qui est celle du courage. Le tout est de savoir comment j’allais devenir courageux. On peut être courageux de différentes façons. Le courage dans un sens plus large et profond pour moi c’est les gens comme Mère Teresa ou Soeur Emmanuelle. Mais je ne me prends pas pour Mère Teresa.
Combien de gratte-ciel avez-vous escaladé ?
J’ai escaladé à peu près 130 gratte-ciel durant ma carrière.
Quelle a été l’expérience qui vous a le plus marqué ?
J’ai adoré grimper les tours Petronas en Malaisie. C’est une ascension qui s’est faite en trois temps ; deux échecs en 1997 et 2007 et finalement la réussite en 2009 en sachant que je risquais cinq ans de prison en Malaisie. Comme j’avais déjà fait des séjours très courts en prison, je savais pertinemment que je risquais gros. Mes avocats n’étaient pas trop optimistes.
Quel est votre état d’esprit lorsque vous voyez un édifice ? Êtes-vous tout de suite animé par la volonté de le grimper ? Quels sont vos critères ?
Je regarde la faisabilité lors de mes balades en ville. Je regarde si les bâtiments sont éventuellement grimpables et c’est quelque chose que je peux attester à l’oeil nu. Si je compte le faire illégalement, je vais faire un essai la nuit quand il n’y a personne. Je regarde comment la sécurité évolue autour du building, le nombre de caméras. Par rapport à ça, je fais mes essais.
Est-ce que cela fait de vous une persona non grata ?
Un tout petit peu (Rires)… Dans des endroits comme Hong Kong, dès que j’entre, les gens sont rapidement avertis. Un mécanisme d’alerte est déclenché entre le service de l’immigration à l’aéroport et les dirigeants des grands buildings. En Malaisie, on me laisse entrer, mais les services de l’Immigration me bloquent pendant 45 minutes systématiquement parce qu’ils doivent informer la Police pour l’aviser qu’ils vont m’autoriser à entrer dans le pays. Je serais autorisé à entrer de nouveau en Chine dans une dizaine de jours. En Australie, je suis interdit pendant 10 ou 15 ans.
Vous adorez prendre des risques, quelle est votre philosophie de la vie ?
M’amuser le plus possible. J’aime les situations dangereuses, je ne le cache pas, ça donne du piquant à la vie.
La peur, le vertige, la poussée d’adrénaline, cela vous fait quelque chose ?
Quand vous êtes dans une situation où vous êtes entre la vie et la mort, le temps s’arrête. C’est des moments très intéressants. Même si ça ne dure que quelques secondes, ces moments les plus intenses se décuplent. Ces quelques minutes d’adrénaline suffisent pour raconter beaucoup de choses, pour écrire un bouquin…
Jeudi, vous avez escaladé la Mauritius Telecom Tower avec du matériel de sécurité et des ventouses et non pas à mains nues comme vous le faites habituellement, est-ce que vous vous êtes senti inhibé ?
Même si je savais que ça n’allait pas être l’escalade la plus excitante de ma carrière, ce n’était pas désagréable. J’ai vu que les gens réagissaient bien. Cela a émerveillé beaucoup de personnes et pour moi cela représente une belle compensation. La deuxième compensation est que j’ai pu réaliser une escalade de plus dans un pays nouveau. J’avais la possibilité hier de grimper le bâtiment sans ventouses, voire sans corde mais l’endroit idéal ne figurait pas dans le champ de vision du public et Orange a convenu que l’ascension allait se faire avec du matériel de sécurité.
Quelle technique utilisez-vous lors de vos escalades ?
C’est la même technique qu’on utilise pour l’ascension des rochers, c’est-à-dire étudier la surface des bâtiments et il y a des prises qu’on attrape de différentes manières. J’étudie les choses que je peux utiliser avec les mains et les pieds.
Vous êtes-vous déjà retrouvé dans une situation difficile à mi-parcours d’une ascension ?
Il m’est arrivé de me retrouver avec des bâtiments où il manquait des pièces. J’ai eu une galère à Hong Kong au 59e étage où la structure avait changé. Cela m’avait échappé lorsque j’ai observé la surface du bâtiment avec mes jumelles. Il y a d’ailleurs une vidéo sur Youtube où on voit que je suis coincé, que je n’arrête pas de monter et de redescendre et au bout de la cinquième minute, j’ai tenté quelque chose de fou et il se trouvait que c’était ça la solution.
Avez-vous peur de la mort ?
Oui, mais j’essaie de l’éviter (Rires). Il y en a beaucoup qui vous diront que je ne prends peut-être pas le meilleur chemin. Je l’évite en étant le plus préparé possible physiquement et mentalement. Mais par contre, oui je vais au-devant du danger. La vie je la conçois comme cela. J’aime le décalage entre les grands hôtels, les escalades dangereuses, la police, la prison, les réceptions avec les présidents, les ministres… Ma vie est très variée.
Avez-vous eu l’occasion de marcher dans les rues de Port-Louis et de repérer quelques bâtiments potentiellement grimpables ?
Non pas vraiment, nous allons le faire tout à l’heure (rires). (ndlR) : vendredi après-midi)
Quels sont vos projets ?
J’ai un projet au Qatar, à Dubaï et deux ascensions en Chine. J’anime également pas mal de speechs de motivation pour des banques, des compagnies d’assurance, pharmaceutiques et d’autres entreprises. J’ai un speech prévu à Barcelone le lendemain de mon arrivée à Paris.
Quel message souhaitez-vous véhiculer à travers vos exploits ?
Mon parcours inspire les gens. J’ai eu beaucoup d’accidents. J’étais condamné par les médecins suite à un accident en 1982 à un taux d’invalidité de 66 %, j’ai un vertige chronique car mon oreille gauche interne a été endommagée durant la chute. Et tout cela donne un contenu à mes speechs et les gens à qui je m’adresse retiennent un message fort. Il n’y a que dans la passion qu’on arrive réellement à se surpasser !
Après avoir réussi l’exploit d’escalader le Burj Khalifa, le plus haut bâtiment du monde, trouvez-vous encore excitant d’escalader d’autres édifices ?
Pour moi il n’y a pas de fin et pas d’aboutissement. L’aboutissement pour moi c’est de m’amuser le plus longtemps possible tant que j’aurai la santé pour le faire. Je privilégie une qualité de vie qui me correspond. Même si je grimpe comme jeudi un bâtiment de 80 mètres, j’ai du plaisir à le faire. Je ne considère pas cela frustrant lorsque je le compare avec le Burj Khalifa en me disant que je suis tombé bien bas aujourd’hui. Au contraire.