Alain Tourail, 61 ans, est un ancien gardien de prison converti en artiste-peintre entrepreneur. Cet habitant de Riche-Terre est féru d’art et de peinture depuis qu’il est tout petit. Toutefois, après sa scolarité secondaire, il décroche un emploi comme gardien de prison à Beau-Bassin et entame une belle carrière qui a duré 38 ans. Depuis sa retraite il y a un an et demi, il s’est entièrement consacré à la peinture pour vivre pleinement sa passion. Il produit des tableaux et les vend à son réseau de clients, devenu ainsi artiste-peintre entrepreneur.

Originaire de Sainte Croix, Alain est un grand passionné de l’art depuis sa tendre enfance, à tel point qu’il aspirait à devenir artiste-peintre. Ce père de famille raconte qu’il a hérité du talent d’artiste de son père. « Mon père n’était pas un professionnel, mais je constatais qu’il aimait faire des petits dessins. Petit, je griffonnais partout et quand je dessinais sur mon ardoise, mon père m’aidait à améliorer mon œuvre. C’est à partir de là que j’ai compris que l’art est quelque chose que je voudrais pratiquer. Constatant mon grand intérêt pour l’art, même mes parents m’ont encouragé dans ce domaine à cette époque, en m’achetant des équipements pour dessiner et peindre », relate Alain.

Admis au collège Bhujoharry à Pointe-aux-Sables, Alain prend l’art comme matière principale, grâce à laquelle il a pu se perfectionner dans le domaine. Toutefois, il ne devient pas artiste-peintre. En revanche, il décroche un emploi comme gardien de prison à Beau Bassin après son HSC. Une opportunité qu’il saisit sans hésitation, au détriment de sa passion.

« Le métier de gardien de prison est très exigeant. Mais, malgré mon emploi du temps très chargé en tant que gardien de prison, j’ai toujours réussi à trouver un peu de temps pour pratiquer le savoir-faire dont je me passionne énormément, l’art. Je me faisais aussi un devoir de prendre part à des concours d’art organisés sur le plan national et régional. J’ai d’ailleurs remporté plusieurs prix. J’ai aussi exposé mes œuvres à la National Art Gallery quand il y avait des évènements ou des concours », dit-il. Alain a travaillé pendant 38 longues années à la prison de Beau-Bassin. Il a pris sa retraite il y a un an et demi environ. L’occasion pour lui maintenant de vivre pleinement sa passion.

« Depuis que je suis à la retraite, je me suis entièrement consacré à mes tableaux. J’ai profité de tout mon temps libre pour faire des tableaux, une façon pour exprimer ma passion. J’ai d’ailleurs organisé une exposition de mes œuvres à la poste de Port-Louis récemment. Cet évènement a marqué mon début comme artiste-peintre entrepreneur car j’ai eu plusieurs personnes qui ont non seulement fait part de leur intérêt pour mes tableaux mais ont aussi avancé leur intérêt pour les acheter. J’ai eu des Mauriciens comme des touristes comme clients », avance notre interlocuteur.

Inspiré de tout ce qu’il voit autour de lui, Alain n’a aucune particularité pour le choix de ses tableaux. « Je fais de tout, portrait, paysage local, objets, entre autres. Dans un premier temps, je passais le plus clair de mon temps à dessiner des portraits, surtout des acteurs d’Hollywood. Par conséquent, je me suis spécialisé dans ce domaine. Au fil des années, j’ai essayé de dessiner des paysages avec de la peinture à l’huile et le résultat était fascinant. Depuis, j’ai commencé à toucher à tout. L’art est un savoir-faire très vaste et j’ai tout fait pour devenir un artiste peintre professionnel et accompli. Ce n’est pas dans l’intérêt d’un artiste de se spécialiser dans une seule chose », soutient Alain.

Comment notre artiste-peintre, autrefois gardien de prison, est-il devenu entrepreneur ? Alain relate que depuis sa retraite, il a réalisé plusieurs œuvres qu’il a rendu visibles au public, notamment à travers son exposition. De plus, de bouche à oreille, la nouvelle de son talent et de son savoir-faire s’est répandue. « Quand des amis ont vu mes tableaux, ils étaient impressionnés et m’ont demandé à en produire pour eux. Mais, un tableau coûte cher. Les équipements, notamment le canevas, les peintures, les pinceaux, entre autres, le sont. J’ai fait comprendre à mes amis que je pourrais bien évidemment leur produire des tableaux, selon leur choix mais il fallait qu’il me paie. Ils ont accepté. C’est ainsi que ma nouvelle aventure comme entrepreneur a débuté », avance Alain.

Très vite, son réseau de clients s’agrandit et Alain se voit avec plusieurs commandes de tableaux. « Produire des tableaux et les vendre est une source de revenus, quoique je ne le pratique pas à grande échelle. Je ne compte pas sur cet argent pour faire bouillir la marmite. Je l’utilise plutôt pour acheter mes équipements », précise-t-il.

Comment procède-t-il avec ses clients ? Alain explique que certains de ces clients choisissent parmi les tableaux qu’il a déjà produits, d’autres lui proposent de dessiner un paysage particulier ou le portrait d’une personne. « En ce qui concerne mes choix, je prends des photos des paysages intéressants pendant mes trajets locaux ou des voyages à l’étranger et je reproduis cette vue sur le canevas. Sinon, de temps en temps, j’emmène tous mes équipements à un endroit et je commence à reproduire la vue. Idem pour les clients, ils peuvent me demander de reproduire une vue ou un paysage », dit-il. Et d’ajouter qu’il peut réaliser un portrait en un jour mais prendre au moins trois jours pour reproduire un paysage.

Par ailleurs, Alain relate qu’il a converti une maison qui se trouve dans l’enceinte familiale en galerie, où il réalise, expose et met en vente ses œuvres. Toutes les pièces de cette maison contiennent des tableaux de différents modèles et différentes dimensions. Alain pratique aussi la pyrogravure. « Quand je suis devenu peintre, j’ai vu une annonce dans le journal au sujet d’une formation en pyrogravure. Je me suis inscrit à ce centre de formation artistique à Plaine des Papayes pour augmenter mes compétences d’artiste. J’ai appris à faire des tableaux en pyrogravure, qui sont aussi très prisés parmi mes clients. Récemment, j’ai eu la proposition de dispenser des cours de pyrogravure à un groupe de troisième âge », dit-il.

Interrogé sur ses projets d’avenir, Alain indique qu’il prépare en ce moment une autre exposition solo, qui mettra en valeur ses œuvres et son talent d’artiste. « J’ai déjà mon réseau de clientèle mais je souhaite devenir plus connu. Je tiendrai cette exposition dans un endroit très fréquenté, comme le Caudan Waterfront ou encore le Plaza à Rose-Hill », dit-il. Alain aspire aussi à devenir formateur en peinture. « Je dispense déjà des cours dans une école d’autistes. Cela m’inspire à devenir formateur », souligne l’entrepreneur. Pour conclure, Alain souhaite lancer un message aux jeunes. « Si vous vous passionnez de l’art, ne prenez pas le temps de vous lancer, surtout si vous souhaitez entamer une carrière en ce sens. Je vis ma passion après ma retraite et je dois, à cet âge lutter pour rendre mon talent et mes tableaux visibles. Saisissez l’occasion qui se présente à vous; une carrière d’artiste peintre entrepreneur est aussi belle que n’importe quelle carrière », conclut-il.