Un bloc, une bûche, une souche. Pour Alberto François, des trésors d’où peuvent jaillir des histoires, au gré de ses mains et de son imagination. Déjà dix ans qu’il a plaqué son emploi pour communiquer essentiellement avec le bois. En toute discrétion, ce natif de Moka a transformé sa passion en gagne-pain à travers sa marque, Rasta Chic. Il propose des sculpteurs, des luminaires et des meubles en palettes.
C’est dans son atelier de fortune, où les premiers coups de ciseaux ont été donnés, qu’il reçoit Scope. Pour parler du bois, la seule matière capable de le faire s’exprimer.
Pour raconter son histoire, il n’y a rien d’autre que le bois. Depuis qu’Alberto François est tombé amoureux de cette matière noble, ce jeune sculpteur s’est construit une vie autour d’elle. Au cours de ses dix dernières années, il a fait de chaque pièce son défi. Défi et inspiration ne font qu’un pour lui. “J’aime me dépasser d’une œuvre à l’autre, peaufiner la technique, mais surtout renouveler le plaisir de créer.”

Voir naître une œuvre.

Sans plaisir, les réalisations d’Alberto François, ne dégageraient pas toute cette énergie et cette force qui leur donnent un caractère unique. Au-delà de la technique et de la quête personnelle de perfectionnement qui l’anime, le plaisir est le moteur principal de sa création artistique. Le plaisir de jouer avec le bois, de l’écouter, de voir naître une œuvre, qu’il élabore au gré de ses émotions, de son imagination, de sa sensibilité artistique. Mais aussi le plaisir de rencontrer des gens qui s’arrêtent sur son stand lorsqu’il participe aux expo-ventes, de leur parler des histoires que racontent ses œuvres et de voir la même satisfaction dans leurs regards lorsqu’il leur remet leurs commandes.
À travers sa marque Rasta Chic, c’est un véritable hommage à la nature que l’artisan de 34 ans nourrit sa vie d’artiste. Certains ont eu du mal à comprendre son choix dans un domaine où “la tirelire est plus souvent à sec que remplie. Mais dans la vie, il y a des déclics et des signes qu’il faut oser. Dans mon cas, cela est survenu par hasard, alors que je faisais un détour par Le Caudan et lorsque j’ai aperçu les créations de PEM”.

Une âme de bricoleur.

Du jour au lendemain, Alberto François décide de ranger ses couteaux de cuisinier pour s’acheter un set de ciseaux de sculpteur. Sans formation, ni repère et encore moins de projet concret en tête, il se met à débusquer et récupérer des morceaux de bois qui sont des diamants bruts à ses yeux. De ses premiers “ti-bonom”, qu’il fait valider par PEM, en passant par des cendriers en bambou qu’il met en vente, la route se révèle quelque peu corsée. Il se voit contraint de travailler parallèlement comme maçon ou peintre car ses réalisations de débutant n’attirent pas l’attention des clients.
Mais Alberto François ne lâchera pas prise. Il décide aussi de se tourner vers la menuiserie, en fabriquant des meubles à partir de palettes. Une matière ayant la cote dans le milieu de la décoration intérieure. Cela fait trois ans que l’artisan a vu les pages de son carnet de commandes se remplir. Surtout depuis que sa femme, Elise, s’est chargée de créer son site web et sa page Facebook pour exposer ses créations.
Dans sa vie, Alberto François a fait “un peu de tout. J’ai cette âme de bricoleur. Mo enn traser”. Il fait perpétuellement confiance aux idées qui lui viennent en tête. “Je suis à fond dans ce que je fais, non pas pour satisfaire uniquement la clientèle, mais pour que le travail achevé soit à la hauteur de ce que j’ai rêvé au départ.” Le plus souvent à l’extérieur, dans son atelier à Moka, entouré de bananiers et de cannes à sucre, ou sous sa véranda à Flic à Flac où il a élu domicile.

“Chaque sculpture a son histoire”.

Une planche, une souche, une branche de bois d’eucalyptus, de cyprès, du bambou. Bref, à partir de tous les types de bois et équipé de ses ciseaux, sa scie, son tournevis et d’autres outils, le sculpteur accouche d’une création inédite. Pièce par pièce, Alberto François laisse le bois lui dicter le chemin à suivre. Cette matière présente parfois des particularités “et possède surtout un éventail incroyable de possibilités”. Des nœuds, des morceaux qui s’effritent, des zones vides, des racines, des rainures. Comme il le dit, “chaque sculpture a son histoire”. Il doit parfois étoffer ses recherches afin que ses créations traduisent le respect qu’il a pour le bois. C’est d’ailleurs sa précision, le “finish à la fois roots, chic et soigné et écolo” qui impressionne les clients.

Des sculptures et des luminaires, il en a partout. Sa réserve est une vraie caserne d’Ali Baba. “J’ai plus appris après l’école, que j’ai dû arrêter très tôt. Ce n’est plus un handicap car j’ai réalisé que j’avais un don et que toute mon intelligence se trouvait dans mes mains.” Ce qu’Alberto François fait, c’est pour lui. “Le plus important est d’avoir quelque chose qui vous passionne dans la vie et de persévérer.” Il espère inspirer d’autres jeunes à “croire en eux en donnant un souffle au domaine de l’artisanat”.