Vols, agressions, bagarres à répétition sont devenus récurrents sur la plage d’Albion située devant le Club Med. Des fauteurs de trouble, particulièrement des bandes de jeunes sous l’influence de l’alcool, sèment la panique régulièrement et font preuve d’un comportement désinvolte pouvant nuire à l’image de Maurice. La question de la sécurité est évoquée et l’incivisme de certains de nos concitoyens est pointé du doigt. Le “dimanche Quasimodo”, des agents de sécurité de l’hôtel ont été tabassés par des jeunes récemment pris en flagrant délit de vol dans l’enceinte de l’établissement. Les habitants, hôteliers et opérateurs touristiques réclament d’urgence des patrouilles policières musclées.
La plage d’Albion est appréciée pour sa tranquillité et son intimité. D’un côté, l’espace fréquenté habituellement par les locaux sous les arbres et de l’autre l’hôtel Club Med avec son boathouse, ses transats et un ponton. Pour accéder à la plage, il faut prendre une passerelle. C’est sur celle-ci justement qu’un incident a éclaté dimanche d’avant, laissant craindre le pire pour ceux fréquentant les lieux et qui a attiré l’attention sur le niveau d’insécurité grandissante sur cette plage.
La situation comprend plusieurs dimensions : d’abord la sécurité des lieux qui est remise en question et les conséquences pour l’hôtel Club Med et ses résidents. Selon les dires de plusieurs personnes interrogées, ces jeunes viendraient d’autres régions. Une fois éméchés, ils peuvent se montrer incontrôlables, menaçants et violents. Et les choses dérapent…
« Ils ne respectent rien »
Selon un témoin qui affirme n’avoir jamais vu une chose pareille depuis 10 ans de métier dans l’industrie touristique, ces jeunes n’hésitent pas à s’installer librement sur les kayaks et bateaux de l’hôtel placés sur la plage ou même de s’installer sur les transats de l’hôtel. « Ces gens-là ne respectent rien. Zot sikann dimounn. Ou per pou amenn ou tifi isi. Zot pena manier », raconte un habitué des lieux. Son ami abonde dans le même sens : « Ou sorti lwin ek ou fami pou kas enn poz trankil, ou bizin tann ek trouv sa bann zafer-la. Li sagrinan ek bien vilin. »
« Certains piquent même les serviettes de plage de l’hôtel et se promènent avec librement sur la plage alors qu’ils ne sont pas des clients », affirme Pascal Toussaint, Resident Manager du Club Med. Les toilettes aménagées par l’hôtel sont devenues des toilettes publiques. Le ponton construit par l’hôtel est aussi accaparé par certains venus faire un pique-nique. Le niveau de désinvolture ne s’arrête pas là, puisque même la piscine de l’hôtel a été prise récemment d’assaut par une vingtaine de personnes qui n’ont pas hésité à s’y baigner alors que celle-ci est réservée uniquement aux résidents, explique Lucas Bouladoux, Assistant responsable technique du Club Med.
Par ailleurs, plusieurs cas de vol ont été rapportés. Des jeunes arrivent en groupe et volent des objets de valeur, même les rideaux et des fauteuils installés sur la plage. Un témoin raconte comment il a dû interpeller verbalement un voleur qui tentait d’emporter un plateau de l’hôtel avec des verres et des assiettes.
Interceptés pour vol
La situation s’est détériorée ces derniers mois, selon les témoignages concordants de ceux fréquentant les lieux et des responsables de l’établissement hôtelier. Mais le pire s’est produit le “dimanche Quasimodo” vers 18 heures, lorsque des individus ont volé cinq bouteilles de vin du restaurant de l’hôtel pour les consommer sans aucune peur ni gêne sur la plage devant l’hôtel. Ils ont été identifiés sur les caméras de surveillance. Un des agents de sécurité en poste raconte comment deux de ses collègues ont tenté de les intercepter pour leur demander de restituer les bouteilles de vin. Ne l’ayant pas apprécié, ces jeunes ont commencé à se montrer menaçants et, graduellement, la tension est montée d’un cran et d’autres jeunes sont venus en renfort. L’agent de sécurité et son collègue ont été vite assaillis par une douzaine de personnes et ont été tabassés. Ils ont dû être transportés à l’hôpital après avoir subi des coups et blessures. Les agresseurs en question avaient entre 14 et 20 ans, selon les responsables de l’hôtel que nous avons rencontrés. Une déposition a été consignée à la police. Cette situation cause un climat d’insécurité et de malaise sur cette petite plage fréquentée pour les touristes résidents à l’hôtel Club Med et ceux venus se détendre sur la plage en famille.
Les opérateurs touristiques, qui conservent leurs bateaux dans le lagon, déplorent également la situation. Un d’entre eux raconte que des « têtes brûlées » n’hésitent pas à monter sur les embarcations et les bateaux sans permission et endommagent le matériel. « Nous devons assister impuissants à ce genre de scène », se désole-t-il. Rappeler ces jeunes à l’ordre engendre parfois des prises de bec, qui provoquent une certaine crainte face au manque de sécurité quant à leurs activités et commerces. Les propriétaires de bateaux doivent donc se résoudre à se taire.
Plus de patrouilles policières réclamées
Les dimanches et les jours fériés, alors que la plage est bondée, les bagarres ne manquent pas. « Certaines peuvent être violentes voire sanglantes », racontent des habitants qui fréquentent cette plage. Sur les rochers situés après le ponton, ces lieux sont devenus les repaires de ceux qui s’adonnent à la prise de substance comme la drogue ou qui consomment des joints. « CID bizin vini. Sak weekenn, bizin ena patrouy. Lerla bann-la pou per », affirme un témoin. Pour ce dernier, des caméras de surveillance devraient être installées sur cette plage comme à Flic-en-Flac. Tous sont pour le renforcement de la sécurité et faire appel à des patrouilles policières. « Ce n’est pas bon pour l’image du pays. Notre économie dépend grandement du tourisme », souligne ce même témoin. « Mais le poste de police d’Albion serait en sous-effectif », déclarent nos interlocuteurs.
Sur la toile et sur les réseaux sociaux, comme Trip Advisor, les commentaires s’enflamment, ce qui n’augure rien de bon pour la destination touristique qu’est Maurice. Certains anciens résidents et clients de l’hôtel y laissent des commentaires peu flatteurs. Les médias français s’intéresseraient même à cette situation.
Le Club Med a constitué pour sa part un dossier pour trouver une solution à la situation. Une lettre a été adressée récemment au Commissaire de Police, Mario Nobin, pour l’informer de l’insécurité qui règne sur cette plage, avec une copie adressée au Premier ministre, sir Anerood Jugnauth. Les différentes autorités comme le ministère du Tourisme, la National Coast Guard ont également été alertées.
Steeve Magdelin, District Counsillor pour le village d’Albion, dans une déclaration au Mauricien dénonce le sentiment grandissant d’insécurité sur la plage. Une rencontre avec la police est prévue bientôt pour soulever la question, indique-t-il.
L’affaire a par ailleurs été soulevée au Parlement mardi soir à l’ajournement des travaux par le député MMM de la circonscription Franco Quirin. Faisant état de la situation avec des cas de vol et d’agression en hausse, il a fait comprendre  que la police se retrouve souvent dépassée pas les événements. « Cette situation n’a que trop duré et je compte sur le PM pour porter une attention particulière à ce problème », a-t-il déclaré.