Kiltir melanze est un album à l’image de Jasmine Toulouse. Militante chevronnée, mère épanouie, amoureuse passionnée, fille reconnaissante, femme de tous les combats revendiquant ses racines mélangées. Un 9-titres sur lequel la chanteuse multiplie les couleurs musicales dans un partage métissé, oscillant entre séga, dancehall, zouk et rythmes africains. Avec ce projet musical, elle aborde un autre chapitre de sa vie. De nouveaux défis l’attendent, de nouveaux combats qu’elle compte bien affronter en n’esquivant pas les coups, avant de convoler en justes noces aux côtés de son cher et tendre.

Cette pépite révélée par Denis Fricot en 2009 continue de se raffiner sans se dénaturer. Jasmine Toulouse évoque pour nous son parcours exemplaire. Elle a aujourd’hui du métier. Des années d’expérience ont appris à la femme engagée à ne plus se laisser porter par les circonstances de la vie. Pour cet album dont elle parle avec une fierté non dissimulée, la chanteuse s’est investie corps et âme dans la réalisation, l’écriture, l’arrangement, la pochette, et dans une interprétation généreuse.

Richesse du métissage.
Kiltir Melanze, le titre éponyme présenté au Festival Kreol l’année dernière, est une invitation à cultiver notre culture mélangée. Plusieurs instruments de musique se côtoient – triangle, tabla, maravanne, ravanne – pour mettre en avant “ce métissage de la culture mauricienne, qui commence par notre musique riche et colorée. Nous vivons dans un pays trop divisé. Il est important pour nos enfants de promouvoir ce vivre ensemble et cette harmonie”. L’une des batailles de la travailleuse sociale se passe dans son quartier à la Cité EDC à Rivière Noire, affectée comme tant d’autres par les fléaux sociaux. “Mais c’est une cité qui a une âme, une bonne entente et une solidarité que je ne retrouve nulle part ailleurs.”

Elle était à l’affiche de Koze Fam et Sister Act, trois ans plus tôt. Après Ase Koz Kouler en (2010), Rev brise, avec Jah Wes (2012), Envie d’y croire (2014), Leve Fam Dan Zil (2016), Kiltir Melanze arrive dans le paysage musical après presque trois ans d’absence. Loin de chômer, la travailleuse sociale a poursuivi le combat sur le terrain, obtenu son diplôme en management, devenant un exemple au-delà de la périphérie de sa cité. Elle a aussi attendu les bonnes inspirations en vue de ce nouvel opus, en prenant tout son temps. L’on y remarque une grande polyvalence dans la composition et une écriture toujours aussi touchante, qui traite de son vécu, sa famille, ses combats, ses amours… Toutes les chansons reflètent la femme qu’elle est aujourd’hui.

Prise de conscience.
Revey Twa est un seggae qu’elle affectionne particulièrement, car les paroles résument son vécu et sa prise de conscience. Jasmine Toulouse est engagée auprès des femmes victimes de violence domestique. “Je constate que beaucoup d’entre elles se murent dans le silence. J’ai vécu cette honte de marcher dans la rue, de cacher coups et blessures, de peur d’être jugée et stigmatisée. J’essayais en même temps de protéger ma famille et l’honneur de mon bourreau, alors que je tuais ce que j’étais à petit feu.” Sur cette chanson porteuse d’espoir, interprétée avec une profondeur presque déconcertante, elle exhorte les femmes à se réveiller avant qu’il ne soit trop tard. Comme elle le chante, “personn pa pou fer twa krwar to pena valer. To merit existe”. Un message qui s’adresse aussi à cette société de faux-semblants, où l’on préfère cultiver les apparences plutôt qu’être à l’écoute des victimes. “Quand votre fille de trois ans caresse vos blessures sur le visage pour vous consoler, vous êtes obligée d’avoir un déclic.”

Pour cette mère célibataire depuis 2011, sa fille Melody (12 ans) est son cheval de bataille. La chanteuse à la tignasse épaisse et magnifique a, dans son enfance, longtemps détesté l’image que lui renvoyait le miroir. Enfermée par les canons de la beauté et désorientée par des paroles malveillantes, elle a douté “de mon existence et de ma beauté naturelle”. Elle s’est aussi demandé si elle “serait plus jolie si mes cheveux étaient plus droits ou ma peau plus claire”. Un mal-être qu’a aussi vécu Melody récemment. Le zouk Afro style est ainsi une requête pour que “nos filles s’acceptent comme elles sont, avec leurs cheveux naturels et leur couleur de peau, car enn fam natirel, sa li enn zoli model”. À l’époque, “si on m’avait parlé de notre culture et de nos racines (qu’elle célèbre par ailleurs sur Rythmic Africain), je n’aurais pas été mal dans ma peau”.

Femme de caractère.
Cette grande timide lorsqu’elle était enfant est devenue une grande gueule au cœur tendre. “Je dis aujourd’hui ce que je pense. Je ne peux plus garder des choses sur mon cœur pour que, par la suite, ce soit moi qui me fasse mal.” Une franchise que nous avons l’occasion de constater lorsque nous rencontrons la jeune femme à l’École des Techniciennes de Maison de Caritas, où elle est engagée depuis quelques années pour l’épanouissement des femmes. Assise à son bureau, elle ne peut s’empêcher de pester à haute voix contre ces internautes qui balancent sur Facebook des commentaires désobligeants sur un de ses amis artistes.

Jasmine, c’est une femme de caractère, à la sensibilité à fleur de peau. Quand elle aborde Rekonesans, le titre qu’elle chante aux côtés de son père Jean Daniel Toulouse, la jeune femme a du mal à contenir son émotion. Elle a perdu sa mère, il y a un an et demi. Sa relation avec son père a souvent été pudique, avec une certaine difficulté à se dire les choses, d’un côté comme de l’autre. Rekonesans offre à Jasmine et à son père l’occasion d’avoir un dialogue à cœur ouvert. “Je suis dans la musique grâce à lui. J’aime mon père autant que j’aimais ma mère, mais il est souvent difficile de dire “je t’aime” à ceux qu’on aime.” Celle qui a su tirer des leçons de la vie veut désormais profiter de chaque instant avec son père et lui dire tout ce qu’elle ressent pour lui. En bonus sur l’album, elle nous offre Nu Fierte Nu Sega, écrit et composé par son père.

Les combats d’une vie.
Le temps de la maturité a aussi fait comprendre à Jasmine Toulouse que tout vient à point à qui sait attendre. À l’horizon : ce nouvel album parsemé de messages percutants, de nouveaux projets portés vers le peuple, et un mariage qu’elle prépare avec minutie et passion. Depuis bientôt sept ans, Jasmine Toulouse est en couple avec le boxeur Cédric Olivier. Lors des Jeux des Îles de l’Océan Indien, “mem san biye, me lor trasman”, elle a suivi, soutenu et encouragé le médaillé d’or dans tous ses combats. Une relation qui a pris un nouveau tournant l’année dernière, avec une demande en mariage publique, en plein milieu du premier concert de la chanteuse au Big Willy’s. Lui boxe sur un ring; elle mène un combat de tous les instants dans la vie réelle. Elle n’esquive plus les coups en restant tranquille, mais les affronte de front. Zis To La résume très bien ce sentiment. Une ballade teintée de rythmes africains, écrite et composée par Nicolas Larché en guise de cadeau de fiançailles.

La femme qui a longtemps été blessée dans son âme et sa chair ne veut plus être cette fleur qui perd ses couleurs. Comblée aujourd’hui avec son boxeur, elle chérit cet être qui l’accompagne à chaque étape, dans ses réussites et succès, dans les bons comme les mauvais moments. Des sentiments qu’elle exprime aussi sur le zouk Je suis là, aux côtés de David Ramen.

Kiltir Melanze se lance aussi sur les traces d’un Saser Tang de St-Hilaire. Avec ce grand rire qui la caractérise, Jasmine Toulouse nous invite aussi à découvrir Gagn pis. Un dancehall où la jeune femme souligne que toutes les modes ne sont pas bonnes à suivre.

Cet opus d’inspiration plurielle sera dans les bacs le 10 août. Le début d’une longue et belle aventure pour cette jeune femme dont vous n’avez pas fini d’entendre parler cette année.

Revey Twa
Un concert pour sensibiliser
Revey Twa est une campagne de sensibilisation organisée par Jasmine Toulouse, dont l’objectif est de conscientiser la société, à commencer par la région de Rivière Noire, sur les ravages occasionnés par les fléaux sociaux. Ce projet en deux volets a débuté samedi dernier avec une journée de sensibilisation qui s’est tenue à Lakaz Social Rivier Noir. Des intervenants de plusieurs organisations ont abordé les thèmes suivants : drogues, violence domestique, alcool au volant, éducation, VIH/Sida, piratage et droits d’auteurs. “Nous ne pouvons plus continuer à subir et rester passifs devant les fléaux qui gangrènent notre quotidien. Cela fait vraiment mal de voir tous ces jeunes qui sont touchés.

Aujourd’hui, ce n’est peut-être pas notre enfant, mais nous pouvons demain nous retrouver dans cette situation. En ne disant rien, nous sommes un peu complices. Nous devons être en mesure de nous réveiller et dire NON”, confie Jasmine Toulouse.
Le deuxième volet de Revey Twa est un concert qui se tiendra le samedi 10 août sur le terrain de football de Rivière Noire, de 15h à 22h. Une belle brochette d’artistes abordera ces mêmes thèmes dans leurs chansons. Entre autres artistes présents : OSB, The Prophecy, Clarel Armelle, Blakkayo, Ras Minik. Entre les passages de ces artistes, le public pourra apprécier la troupe Komiko.