Après quinze années à encadrer les enfants, le groupe Abaim a sorti un livre-album d’accompagnement scolaire la semaine dernière. Vingt morceaux, leurs textes, leurs analyses thématiques et musicales, ainsi que des activités liées sont présentés dans ce premier volume intitulé « Zoli letan pou zanfan ». Cet album se veut un outil pour aborder l’apprentissage en s’appuyant sur la culture de l’enfant.
Ti Marmit, Tizan, Zakana zakana… jusqu’ici, le groupe Abaim avait axé son travail sur la revalorisation du patrimoine oral. Le succès remporté par ses différents albums ont témoigné de l’impact qu’ont ces morceaux issus de leur enfance sur les Mauriciens. Après un tel parcours, la réalisation d’un album à but pédagogique était devenue la suite logique. Pourtant, Abaim a hésité, avant de s’embarquer dans une telle démarche, souligne Alain Muneean, un des responsables du groupe. Mais avec l’entrée du kreol à l’école et la nécessité de développer des outils pédagogiques, le groupe a senti la nécessité de partager l’expérience de ses années de travail auprès des enfants.
Ce qui amène Alain Muneean à dire que la publication de ce livre-album est le « couronnement de notre parcours d’accompagnement des enfants du Saturday Care Project. Nous avons vu comment nous pouvons progresser en nous imprégnant de la culture mauricienne. Aujourd’hui, nous voulons le partager à d’autres. »
Pour Alain Muneean, il est impossible d’apprendre des choses à un enfant sans reconnaître son identité. « Cela représente une violation de ses droits. » Bâtir sur le vécu de l’enfant et son héritage culturel, est le point de départ de toute pédagogie efficace. « Autrement, nous continuerons à produire des générations d’enfants à capacités limitées. Il nous faut les libérer et leur donner la connaissance dans une forme qui rejoint leur réalité. Pour cela, il est important de créer des espaces de créativité. Il ne faut pas brimer les enfants, mais chercher des méthodes d’apprentissage qui les mettraient à l’aise et les permettraient de s’exprimer. »
Différents concepts
Zoli letan pou zanfan s’inscrit dans cette logique. Différents concepts partant de la notion du temps aux voyelles, en passant par les mathématiques, sont abordés à travers des chansons composées avec la collaboration des enfants. « Il faut donner les moyens aux enfants de participer à la réalisation du matériel pédagogique. »
Pour Pran letan pou zanfan, Abaim a utilisé les textes et poèmes écrits à partir des sujets discutés lors des rencontres du Saturday Care. « Au bout de dix ans, nous nous sommes ainsi retrouvés avec un matériel important. » Tout ceci, poursuit Alain Muneean, a atterri à l’atelier de musique d’Abaim qui a mis deux ans et demi à le travailler.
Mais cet album ne se limite pas à la musique. Son livret d’accompagnement permet d’apprendre les textes, d’en faire une analyse thématique et musicale, de découvrir les différents instruments utilisés et de faire les différentes activités proposées.
C’est pour cette raison que le livret adopte un design épuré, afin de laisser la place aux enfants pour s’exprimer. « Les enfants peuvent apporter leurs touches personnelles. Ils pourront par exemple, peindre les dessins, donner des noms, compléter des dessins… », précise Marousia Bouvéry.
Parmi les activités proposées, on retrouve, par exemple, un calendrier des événements nationaux à compléter, après avoir écouté la chanson. Un autre tableau montre les pronoms possessif en kreol et les enfants sont appelés à noter leurs équivalents en anglais et en français. Sur une autre page, on découvre des arbres et l’activité consiste à donner le nom d’une plante endémique à chacun.
Reconnaissance de la langue
Faisant une analyse de ce livre-album pédagogique, le Dr Nita Rughoonundun-Chellapermal, responsable de la Kreol Unit au Mauritius Institute of Education (MIE), souligne qu’il s’inscrit dans l’objectif d’Abaim qui est de permettre aux tout-petits de vivre leur enfance avec bonheur. « L’école a été créee afin de permettre aux enfants de grandir et de bien se développer. Mais le véritable challenge est de faire en sorte que l’apprentissage soit un plaisir. C’est justement à cela que s’est attelé Abaim. »
Premier aspect important de ce livre-album, poursuit Nita Rughoonundun-Chellapermal, est la reconnaissance de la langue. « L’enfant est accueilli tel qu’il est, avec son patrimoine linguistique. » De même, relève-t-elle, Pran letan pou zanfan comporte de nombreux éléments permettant de faire de l’école un endroit child friendly. « Les livres seulement ne suffisent pas pour apprendre des choses à un enfant. Il faut du matériel complémentaire. C’est justement ce que fait Abaim. »
Au-delà du simple apprentissage académique à travers les différents concepts abordés, Pran letan pou zanfan permet également de développer une sensibilité à la musique. « Les explications techniques sur chaque morceau permettra aux enfants d’apprendre à écouter, apprécier et développer une sensibilité musicale. »
Faisant une petite confidence sur ses nouvelles responsabilités, Nita Rughoonundun-Chellapermal affirme : « Le projet du kreol à l’école a transformé ma vie. »
De son côté, Cyril Dalais, représentant de l’Unicef à Maurice, souligne qu’il faut plus de productions pour soutenir la pédagogie kreol. Il a également émis l’idée du développement d’un programme pour l’apprentissage de l’enfant vers l’adulte.
Pran letan pou zanfan – le livre et le CD -– est en vente à Rs 250 en librairie et chez les disquaires. Il peut aussi être commandé chez Abaim au 4664006.
Ce livre-album a été réalisé avec la collaboration de la State Bank of Mauritius, Gamma Foundation, Tandrayen Pillay, MWT et Tool Box.