Sizonin est un vent de fraîcheur qui nous vient de Rodrigues. Cet album— dont le titre est aussi le nom du groupe— qui est à découvrir, est une petite merveille qui perpétue de manière honorable le folklore musical de l’île. D’ailleurs, deux titres: Mang sale et Elizenn Toutounn, puisés du patrimoine rodriguais se sont glissés dans le répertoire de Sizonin. Mais au-delà d’être une oeuvre musicale recherchée, l’album est également un clin d’oeil à la tradition orale. Ainsi, comme nous le raconte Marcel Poinen, initiateur du projet Sizonin, des expressions d’autrefois enfouis dans la mémoire, ont été retrouvés pour reprendre vie. En ouvrant le tiroir du passé, Marie-Claude Jolicoeur, une des quatre voix féminines de Sizonin et ses collègues du groupe, ont ramené en surface des mots qui ont été transposés sur un arrangement musical qui fait place uniquement à des instruments traditionnel du pays. Notamment, l’accordéon diatonique, le mayos, le tambour et le triangle. Sizonin, expression qui veut dire rassemblement, ne fait pas de place à la modernité. Même la voix aigüe du quatuor féminin évoque un passé lointain. Mais l’histoire de Sizonin, le groupe, est, elle, récente… Il y a deux ans, lors d’une fête à Rodrigues, ceux présents, parmi la musicologue Odette Ernest Dias et Marcel Poinen, sont séduits par des voix qui reprenaient des chansons dans le style polyphonique. « Odette m’a lancé: Marcel, il y a quelque chose à faire! », raconte encore Marcel Poinen. Partagent l’opinion de la musicologue, celui-ci trouvera quelques mois plus tard l’occasion de concrétiser les paroles d’Odette Ernest Dias. « Avant de quitter Rodrigues, j’ai demandé à Marie-Claire Jolicoeur, une des personnes qui chantaient, de faire un travail de recherche qui consistait à retracer des textes oubliés. Quelques temps plus tard, l’adjoint au maire de St-Denis, à la Réunion, me contacte et me parle du festival créole qui allait se tenir en juillet 2012. Je lui ai alors suggéré la participation rodriguaise, tout en ayant en tête les voix entendues précédemment. De là, j’ai demandé à Marie-Claire Jolicoeur de réunir des personnes qui pourraient constituer un groupe et se présenter au festival créole de la Réunion. » Sizonin: quatre femmes, chanteuses et musiciennes et deux musiciens respectivement, voit le jour et se produit aussitôt à La Réunion. Et ce avec l’aide de la Commission de la Culture de Rodrigues. Sur place, la prestation de l’ensemble rodriguais, explique Marcel Poinen, le conforte dans l’idée d’un album. Complètement séduit par le groupe, Marcel Poinen l’est davantage lorsque Sizonin partage la même scène et le micro avec Danyel Waro.
C’est à Maurice au studio Geda Music que Sizonin a enregistré son premier album. Le groupe qui a débarqué en studio avec ses instruments traditionnels a mis en boîte sept morceaux inédits. Notamment, le titre éponyme, Kok lapat kase (Marie-Claude Jolicoeur), Semiz kaki/Samarel, Mo pake linz, Fam 3 mari/Mama pingo (Marie Jacqueline Allas), Polka 52 kontour (Marcel Poinen/ Wendy Speville et Gérard Louis) et Nou fyerte (Wendy Speville). « Nous avons veillé à ce que ces chansons soient des compositions authentiques et originales. Mais que les expressions et paroles soient celles d’autrefois, ce qui fait la particularité et renforce le caractère folklorique de cet album », précise Marcel Poinen. Sizonin, qui porte le label Geda Records est en vente sur le marché local depuis quelques jours déjà.