Cinq cas de blessures au poisson-pierre (stonefish) – plus connu dans le jargon mauricien comme laffe la boue – ont été recensés en quelques jours. Cette série noire a commencé dimanche dernier à la plage publique d’Albion, quand une adolescente de 17 ans s’est faite piquer. Les deux jours suivants, un enfant de 11 ans, un touriste français d’une trentaine d’années, un Réunionnais et un autre enfant ont été piqués, alors qu’ils nageaient dans le lagon entre Trou-aux-Biches et Mon Choisy. Cette situation ne manque pas de susciter de vives inquiétudes chez la population, d’autant que les baignades en mer demeurent la distraction préférée de nombreux Mauriciens, surtout en cette période de forte chaleur. Dans les milieux des pêcheurs et des spécialistes de la mer, plusieurs hypothèses sont avancées: certains parlent de dégradation de l’environnement; d’autres, d’une situation courante en cette période estivale. Week-End s’est intéressé de près à cette affaire.
Afin de mieux comprendre ce qui se passe dans le milieu marin eu égard aux laffes, Week-End a rencontré la famille Massé de Grand-Baie. Cette dernière, composée du père, Eddie Massé, 62 ans, et de ses deux fils, Valentino, 38 ans, et Dorino Massé, 39 ans, s’est bâtie une solide réputation de « soigneurs » de piqûres de laffe sur le littoral nord. Eddie Massé est pêcheur depuis l’âge de 10 ans. Ça fait plus d’un demi-siècle qu’il soigne les victimes des laffes. Selon lui, il a soigné des milliers de blessés. Bien plus qu’un service qu’il rend gratuitement, précise-t-il, c’est d’abord et avant tout « une vocation ». Une vocation qui se transmet de génération en génération et qui reste dans le cercle familial. « Se mo tonton No?l Brasse ki ti transmet moi sa secret-l?. Par la suite, mone transmet li mo deux gar?ons Valentino ek Dorito », confie-t-il.
Pêcheur expérimenté, Eddie Massé est d’avis que la présence des poissons-pierres au bord de nos côtes n’est pas un phénomène nouveau. « G?n?ralement, dan sa p?riode l?, ena buku ti poissons ki koste. Ek poisson-pierre, li kuma dir crocodile, li ress en plas li veye zot pou li manz zot », dit-il.  Selon lui, ces poissons sont présents un peu partout sur les côtes mauriciennes, raison pour laquelle on le sollicite aux quatre coins du pays. La veille, intervient son fils Valentino Masssé, il s’était personnellement occupé de deux personnes, dont un Réunionnais.
Vulnérable
« Avant de soigner une personne bless?e, je lui demande toujours s’il est diab?tique. C’est important de savoir car dans ce cas pr?cis, la personne est beaucoup plus vuln?rable. Apr?s, mo pran enn lame, mo coupe so lipied kot blessure-l? inn fini fer enn trou. Bizin laisse sa du sang-l? couler pour ki venin-l? sorti », explique-t-il. Ensuite, une pommade préparée à base de plantes (dont la préparation est secrète) est appliquée sur la plaie. Tout est fait de manière hygiénique. « Nou servi l?gant, nou acheter lame dan la pharmacie, l’alcool pou d?sinfecter, etc », assure Dorito Massé. La personne souffre tellement de la piqûre qu’elle sent à peine la lame du couteau sur la plante de ses pieds. « Au fur et ? mesure que le sang coule, la douleur s’estompe. En g?n?ral, cela prend 5 minutes », précise-t-il. C’est, dit-il, la cicatrisation de la plaie qui prend un peu plus de temps. « Tout d?pend de la personne. Ena prend plis l? temps, ena moins. Pou enn diab?tik, li kapav pren ziska 1 mois. Mais en g?n?ral, se moins ki enn semen », dit Eddie Massé.
Toutefois, la famille Massé est souvent confrontée à certaines difficultés, surtout si le blessé s’est dirigé à l’hôpital. « Il faut que le bless? s’adresse directement ? un p?cheur apte ? le d?livrer du venim et non pas se diriger ? l’h?pital. Le traitement administr? n’est pas le m?me. C’est beaucoup plus douloureux et cela prend plus de temps. » Pour soutenir ses propos, Valentino nous montre quelques photos de la gravité de certaines blessures qu’ils ont dû soigner. Si le venin n’est pas extrait, indique-t-il, la plaie noircit et peut infecter plusieurs parties du corps. « Kan dimunn-l? inn ale lopital, apre vinn get nou, nou gagne boku difficult?s pou soigner. Sa pran boku plis le temps. Dan cas kot bann touristes vinn get nou, nou donn zot la pommade pou zot ram?ne lacaz », dit-il.
Etant vénimeux, le poisson-pierre est déconseillé à la consommation. Mais il demeure néanmoins, selon les pêcheurs expérimentés, un excellent mets, à condition de savoir le nettoyer. Selon la famille Massé, la chair de la laffe est tendre et succulente. « Se gran gajack bann pesers. Nou fer enn touff? ek zepiss, cannelle, girofle, l’ail, gingembre… », dit Valentino en riant.
De son nom scientifique Synanceia Verrucosa, le poisson-pierre est considéré comme le poisson le plus dangereux au monde, qui peut se révéler fatal pour l’être humain. S’il vit principalement en mer, à savoir dans des baies, le lagon et sur la pente extérieure des récifs, il n’est pas rare de trouver certaines espèces dans des rivières. Le poisson-pierre n’attaque pas mais se défend à l’aide de ses 13 épines dorsales qui relâchent du venin. Il passe souvent inaperçu dû à sa capacité de camouflage. Il se transforme et prend la couleur de son environnement. Il est normalement entre 30 et 40 cm de long.
Lorsque le poisson-pierre est piétiné accidentellement ou est pris pour une roche et ramassé par l’humain, l’accident est inévitable. La sensation est presque instantanée, causant une douleur atroce pouvant entraîner un choc éventuel, la paralysie et la mort des tissus, en fonction de la profondeur de la pénétration. Les symptômes pouvant confirmer que la sensation de brûlure provient d’une piqûre de laffe sont: nausées, vomissements, diarrhée, faiblesse, maux de tête, pouls irrégulier et chute drastique de la température du corps. Toutefois, la sévérité du cas dépend de multiples facteurs, notamment de l’espèce, du nombre de piqûres, de l’âge et des conditions de santé de la victime.
Eau chaude
Les scientifiques du Centre de Recherche d’Albion recommandent que le blessé soit installé en position allongée et que la partie blessée du corps soit élevée au-dessus du reste du corps. Le membre peut être aussi immergé dans de l’eau chaude (pas inférieure à 45° C).  Il a été également établi que l’eau chaude détruit le venin. Dans des cas extrêmes, des antivenins sont utilisés. On recommande surtout que le patient se dirige vers un hôpital pour une assistance médicale d’urgence. Mais à Maurice, la croyance populaire est la suivante: les pêcheurs sont les plus doués pour traiter ce genre de problème.
Du côté du National Coast Guard (NCG), l’on suit la situation de près et on recommande la plus grande prudence au public. Des membres du NCG concèdent, toutefois, qu’il est vraiment difficile de localiser la menace représentée par ce type de poisson, qui n’a pas son pareil pour se dissimuler dans les rochers, voire pour s’enfouir dans le sable. En cas de piqûre, ils recommandent que le blessé ne s’affole pas et que la partie piquée soit maintenue vers le haut, tout en le transportant rapidement vers l’hôpital le plus proche. « C’est difficile de remarquer ce type de poisson dans l’eau. En cette p?riode, nous recommandons au public de se chausser avant d’entrer dans l’eau. C’est peut-?tre une solution au probl?me », fait-on ressortir dans le milieu.
Cependant, dans au moins un des cas enregistrés cette semaine, il ressort que des membres du public ont rouspété contre le manque de réaction de la part de certains officiers du NCG. « Ils ne pouvaient rien faire pour emmener une personne piqu?e ? l’h?pital. Zot dir zot pena transport, ki transport ki zot ena la zot transport personnel-sa. S? bann membres public ki finn bizin amenn dimunn-la lopital », a-t-on déclaré à Week-End. En face de cette critique, des membres du NCG rétorquent: « C’est vrai que nous ne disposons pas de beaucoup de moyens, mais nous n’avons jamais refus? d’aider qui que ce soit ».
En attendant, fer atantion laffe laboue…
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Une lune de miel qui aurait pu très mal se terminer…
Le Westmoreland Gazette, titre de presse régional en Angleterre, raconte, dans sa livraison du 20 octobre dernier, les déboires de Jamie Kelly, qui était en lune de miel à Maurice peu avant, en compagnie de son épouse. Jamie Kelly faisait de la plongée quand il a été piqué à un orteil par une laffe. « Doctors told me I could have died if I hadn’t seen them so quickly », fait-il état dans son récit. Ci-dessous, l’article du Westmoreland Gazette, intitulé: Burneside man stung by ‘deadly’ fish on honeymoon, rédigé par la journaliste Kate Proctor.
A BURNESIDE newly-wed has spoken of his brush with death after stepping on the world’s most poisonous fish.
Jamie Kelly was snorkelling off the coast of Mauritius when the spine of a deadly stone-fish speared his foot and injected him with a poison that is known to kill within hours.
« Within half an hour, the pain was unbearable, » he said.
« It just kept spreading until my whole leg was swollen.
« Doctors told me I could have died if I hadn’t seen them so quickly. »
Medics on the Indian Ocean island quickly recognised his injury and injected him with anti-venom as his wife, also called Jamie, looked on.
The couple were near the end of their two week honeymoon after marrying at The Inn on the Lake Hotel, Glenridding.
« I’d been following a group of fish for a while and then stood up on the sand and felt a pin-prick on my toe, » said Mr Kelly.
« I looked under the water but couldn’t see anything but disturbed sand so I started to walk back to the sun lounger.
« By the time I walked about 15 metres, it was already seriously hurting.
« The hotel manager called an ambulance and at hospital, they attached me to a drip and injected me with anti-venom.
« They kept me in overnight but the pain didn’t stop. »
The former Queen Katherine School pupil had to stay on the island for another two days until given clearance to fly home.
He added: « It spoiled the end of our honeymoon. It was a nightmare. »
Masters of camouflage, stone-fish bury themselves in the sand and only attack if pressure is exerted on one of their 13 spinal spikes.
Last year, a diving instructor on the Japanese island of Okinawa died after stepping on one.
Mr Kelly, a self-employed tiler, is now being treated at Westmorland General Hospital where he has daily antibiotic injections.

L’article peut être consulté à l’URL suivant: http://www.thewestmorlandgazette.co.uk/news 9314711.Burneside_man_stung_by__deadly__fish_on_honeymoon/